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    Finances-Banques

    Baldoméro Valverde: «Les taux vont rester durablement bas»

    Par Franck FAGNON | Edition N°:4900 Le 17/11/2016 | Partager
    En cause, la politique monétaire, la concurrence et la maturation du marché
    Crédit du Maroc va accélérer son développement dans la bancassurance
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    Baldoméro Valverde, président du directoire du Crédit du Maroc: «Pour contrecarrer la baisse des marges et donc des revenus, il n’y a pas d’autres solutions que de diversifier nos sources de revenus et d’innover. Par exemple, nous voulons faire de la bancassurance notre deuxième métier» (Ph. L’Economiste)

    La politique monétaire accommodante de Bank Al-Maghrib entraîne une pression sur les marges d’intérêts des banques. La maturation du marché et l’émergence de nouveaux acteurs vont accentuer la pression sur les revenus. En outre, la réglementation place la barre de plus en plus haut en termes de liquidités et de fonds propres. Baldoméro Valverde, président du directoire du Crédit du Maroc, analyse les mutations en cours.
    - L’Economiste:  A quoi imputez-vous le rebond du crédit depuis juillet?
    - Baldoméro Valverde: Il y a trois moteurs derrière la reprise de l’activité depuis l’été. Les crédits d’investissement repartent à la hausse. A première vue, c’est une bonne chose. Mais, dans le détail, l’on remarque que ce sont quelques gros projets qui tirent la croissance plutôt que le tissu des PME. Le deuxième moteur se trouve dans les crédits à la consommation qui évoluent toujours à un rythme élevé. Enfin, les prêts à l’habitat se comportent bien. Cela tient en partie aux taux d’intérêt relativement bas qui favorisent l’acquisition immobilière.

    - La concurrence vous reproche l’excès d’agressivité sur le crédit immobilier. Que répondez-vous?
    - Nous avons simplement suivi la baisse du taux directeur de la banque centrale. Il nous semble logique d’accompagner cette impulsion et d’en faire profiter l’ensemble des Marocains, y compris les acquéreurs.

    - Y a-t-il encore un potentiel de baisse des taux ou avons-nous atteint le plancher?
    - Le problème n’est pas de baisser les taux. L’enjeu aujourd’hui est de s’en donner les moyens. Nous avons beaucoup travaillé sur nos coûts. Le système bancaire fait face à trois défis majeurs pour son avenir. Le premier est lié à la baisse des marges. Nous sommes entrés dans une phase dans laquelle les taux vont rester durablement bas avec une accentuation de la pression sur les marges. Et il va falloir que l’on s’adapte à cet environnement. Le deuxième défi est d’ordre réglementaire. Le Maroc veut se rapprocher à juste titre des standards internationaux. Cela suppose des exigences supplémentaires de fonds propres, des résistances à des stress tests, des investissements technologiques et humains supplémentaires... Le troisième défi qu’il faudra relever est celui du digital. Les choses sont en train de s’accélérer et nous le ressentons dans toutes nos activités. Ces trois défis sont structurels et imposent aux banques de revoir en profondeur leur business model pour aboutir à des process plus efficaces, avoir des délais plus courts, gagner en productivité, être encore plus orientées vers la satisfaction des clients... A ce moment, elles vont gagner de la compétitivité. Quand se posera la question d’une nouvelle baisse des taux, on le fera si on réussit à être compétitif. La première fois, nous avons suivi le signal de la banque centrale. Mais, si les taux doivent continuer à baisser, c’est le fonctionnement des banques qui doit changer en profondeur. Nous avons la chance d’appartenir à un groupe de taille mondiale qui a déjà connu les transformations auxquelles le secteur bancaire marocain est confronté. Cela nous permet d’être en avance sur le marché.

    - Quelle sera votre riposte face à la pression sur les marges?
    - Pour contrecarrer la baisse des marges et donc des revenus, il n’y a pas d’autres solutions que de diversifier nos sources de revenus et d’innover. Par exemple, nous voulons faire de la bancassurance notre deuxième métier. Pour cela, nous avons modifié notre stratégie sur cette activité en nous alliant avec un partenaire unique, Saham Assurance, pour être plus efficaces et pouvoir développer des synergies. C’est un métier que nous connaissons bien au sein du groupe Crédit Agricole France qui est leader en Europe. Nous allons développer ce partenariat puisque nous lancerons une quatrième vague de produits au premier trimestre 2017 et ainsi proposer à nos clients toute la gamme des produits d’assurance. C’est important pour nous d’avoir ce deuxième métier.

    - Quelle serait sa contribution aux revenus à moyen terme?  
    - Dans les références que nous avons à l’étranger, la bancassurance représente un peu moins de 20% du produit net bancaire. Dans un premier temps, nous visons une contribution aux alentours de 10%.
    - Les dations en paiement se sont développées. Faut-il s’en inquiéter?
    - Le montant des dations se chiffrerait entre 11 et 14 milliards de DH pour l’ensemble des banques. En tout cas, ce sont des montants significatifs qui peuvent fragiliser les banques. Il convient de prendre des mesures pour immuniser les établissements et l’activité contre le risque que cela représente. Nous faisons confiance à la banque centrale et au GPBM pour trouver une solution qui n’ait pas un impact brutal sur les bilans des banques. Ce n’est dans l’intérêt de personne. Au Crédit du Maroc, les actifs reçus en paiement des crédits sont proche de zéro et sont totalement couverts.

    Banque participative: «Une opportunité d’être innovant»

    EN attendant le sésame, les banques peaufinent leur dispositif pour la finance participative. Des équipes sont dédiées exclusivement à ce chantier. La plupart des banques travaillent sur le système d’information. En outre, la formation et le recrutement des équipes ont déjà démarré. «C’est presque la création d’une deuxième banque», confie Baldoméro Valverde. Mais au-delà des investissements en informatique et dans les ressources humaines, «cette activité est une aubaine pour travailler sur les concepts les plus modernes possibles. Nous n’avons pas le poids du passé dans le fonctionnement puisque l’on part d’une feuille blanche», se réjouit le président du directoire de Crédit du Maroc. Pour les banques, le piège à éviter est de dupliquer simplement les procédés de la banque classique à la finance participative. «Nous avons vraiment une opportunité d’être innovants et de ne pas essayer de reproduire les schémas de fonctionnement de la banque classique», relève Valverde. Malgré l’enthousiasme que suscite cette nouvelle activité, c’est aussi un peu un voyage vers l’inconnu pour les banques. «Le plus difficile dans la mise en œuvre de cette activité est de ne pas connaître la profondeur du marché», admet le patron de Crédit du Maroc.

    Propos recueillis par
    Franck FAGNON

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