International

L’ordonnance du FMI contre la désinflation

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4867 Le 30/09/2016 | Partager
Politique monétaire accommodante, mesures budgétaires propices à la croissance…[scald=6933:sdl_editor_representation]
Un défi que doivent relever les banques centrales
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L’inflation en zone euro est restée stable en août 2016, les prix progressant de 0,2% sur un an, comme en juillet. Ce chiffre reste très éloigné de l’objectif que s’est fixée la BCE d’une inflation de presque 2%, niveau jugé bénéfique à l’activité économique. Au Maroc, l’inflation a été de 1,6% en août. Elle devrait s’établir en moyenne à 1,6% sur l’ensemble de l’année 2016 et ralentir à 1,2% en 2017, sauf évolution au niveau de la réforme des subventions (sucre et gaz butane) notamment

Que ce soit aux Etats-Unis, au Japon ou dans la zone euro, l’inflation et la croissance restent le casse-tête des banques centrales. Des mesures d’urgence s’imposent.  En effet, la Banque du Japon (BoJ) va désormais cibler les obligations à 10 ans, dans le but de prévenir une baisse trop forte de leur rendement qui mine les banques et la confiance des consommateurs. Elle s’assure en même temps une plus grande flexibilité dans ses rachats d’actifs.  Il y a quelques jours, la Réserve fédérale américaine a laissé ses taux d’intérêt inchangés tout en laissant entendre qu’elle pourrait durcir sa politique monétaire. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait changer les règles du jeu qui restreignent actuellement le nombre de titres qu’elle s’autorise à acheter. Elle vient d’ailleurs d’accorder plus de 45 milliards d’euros aux banques via son programme de prêts. Au total, 249 banques ont saisi l’occasion d’emprunter à bon marché auprès de l’institution de Francfort, qui a lancé sa deuxième série de prêts à long terme sur quatre ans dit TLTRO II. La BCE veut ainsi les encourager à faire circuler ces fonds dans l’économie réelle. Et ce, en prêtant aux entrepreneurs pour financer leurs investissements ou aux particuliers, et ainsi faire repartir l’économie et l’inflation en zone euro.
Le risque de la persistance d’une faible inflation s’intensifie dans les pays dont la politique monétaire est jugée entravée, selon une nouvelle étude du FMI. Ce ralentissement n’a jusqu’à présent eu qu’un impact limité sur les anticipations inflationnistes. La baisse de l’inflation s’explique par le ralentissement persistant des activités économiques intérieures, dû à l’atonie de la demande et à la morosité de la croissance et à la baisse des cours des produits de base. Le volant de ressources industrielles inutilisées dans les grands pays exportateurs peut aussi avoir contribué au ralentissement de l’inflation en abaissant les prix mondiaux des biens échangeables. La désinflation est plus évidente lorsque l’on considère les prix des biens de consommation échangeables, comme les voitures et les télévisions, plutôt que les services, comme les communications et les services financiers.
Faut-il s’inquiéter de cette désinflation? Si elle est de courte durée, elle n’a rien de préoccupant, relève le FMI. Un ralentissement temporaire de l’inflation dû, par exemple, à une baisse des prix de l’énergie liée à l’offre ou à des gains de productivité, peut avoir des répercussions favorables. Si, toutefois, par suite d’une désinflation répétée, les entreprises et les ménages révisent à la baisse leurs anticipations des prix, ils peuvent décider de remettre à une date ultérieure leurs dépenses et leurs investissements. Et ainsi entraîner une contraction de la demande qui exacerbe les pressions déflationnistes.
A terme, une désinflation «persistante» peut engendrer de coûteux cycles déflationnistes. Comme au Japon, où la faiblesse de la demande et la déflation ont mutuellement renforcé leurs effets pour accroître le fardeau de la dette et entraver l’activité économique et la création d’emplois.
La possibilité pour les banques centrales d’ancrer les anticipations inflationnistes à moyen terme sur leurs cibles d’inflation peut permettre d’éviter une désinflation coûteuse. Aussi, conseille le FMI, les autorités doivent mener une action résolue pour éviter que l’inflation ne devienne chroniquement inférieure aux cibles et érode la crédibilité de la politique monétaire, en particulier dans les pays avancés. Cela signifie, qu’il faut non seulement poursuivre une politique monétaire accommodante mais aussi accompagner cette dernière de mesures budgétaires propices à la croissance. En plus de mesures axées sur les revenus (dans les pays où les niveaux de rémunération stagnent) et de réformes structurelles visant à soutenir la demande, tout en remédiant aux séquelles de la crise (surendettement et prêts bancaires improductifs). L’efficacité avec laquelle la politique monétaire permet de lutter contre une désinflation persistante pourrait diminuer dans les pays dont les taux d’intérêt sont proches de zéro.
Enfin, le risque que la désinflation généralisée actuellement observée se transforme en piège de déflation est encore faible. Sachant, toutefois, qu’il est difficile d’inverser une évolution déflationniste une fois que celle-ci s’est établie, les pays ne peuvent pas se permettre de relâcher leur vigilance.

 

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