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    Casablanca/Marchés publics: Tirs groupés sur les Turcs

    Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4827 Le 03/08/2016 | Partager
    Les opérateurs marocains dénoncent «l’invasion»
    Ils font prévaloir la préférence nationale
    Le marché de la plus grande trémie remporté par Makyol
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    Le tracé de la trémie Almohades totalise plus de 2,2 km de longueur, dont 1.890 m en souterrain. Son budget est de l’ordre de 600 millions de DH, réparti entre l’Intérieur (50 millions de DH), la commune (60 millions), la CGI, en direct ou à travers sa filiale Al Manar (240 millions) et Wessal Capital Asset Management (250 millions) (Source: Casa Aménagement)

    L’offensive turque sur les marchés publics fait encore des mécontents dans le BTP. Les entreprises du pays d’Atatürk continuent de rafler les marchés de la métropole, au grand dam des entreprises locales. Première et 2e ligne du tram, super-collecteur, autoroutes… Les plus gros marchés BTP sont en train de leur passer sous le nez, selon leurs dires.
    Avec son plan de développement 2015-2020, doté de plus de 34 milliards de DH, Casablanca est aujourd’hui un chantier à ciel ouvert. Plusieurs projets structurants y sont menés de front dont le Grand théâtre, le pont à haubans de Sidi Maârouf, le Nœud A (face au siège de l’OCP), le super-collecteur Ouest (protection contre les crues de Bouskoura)… sans oublier les nombreux chantiers de voiries, les 7 lignes de tramway, parkings, espaces verts… Des milliards de DH sont en jeu et plusieurs marchés à prendre pour les entreprises du secteur BTP.  Mais c’est le dernier marché en date, celui de la trémie Almohades (qui vient d’être attribué au turc Makyol) qui a ravivé l’ire des opérateurs marocains. Il s’agit en fait de la plus grande trémie de Casablanca (située devant la Marina, la mosquée Hassan II et la gare Casa-Port). Un emplacement stratégique et un gros marché qui attise les appétits des plus grands groupes  à l’échelle nationale: SGTM, TGCC, Seprob, Houar, Copisa, Bioui Travaux… Certains d’entre eux comptent à leur actif de gros projets comme les tours Maroc Telecom, Twin Center (SGTM), le futur port Nador West, dont le budget dépasse les 9 milliards de DH (SGTM), le pont à haubans, les autoroutes Beni Mellal et Marrakech-Agadir, la voie maritime de Zenata (Seprob), ou encore la trémie de Dakar pour Copisa Maroc.
    Pourtant, ces groupes ont été écartés dès la 1re phase de présélection, devant leurs 2 concurrents turcs (Makyol et Yepi-Merkesi). «Ni leurs solides références, ni leur expérience reconnue au niveau national et international n’ont été pris en considération lors de l’attribution de ce marché», s’insurge le dirigeant de l’une des entreprises éjectées. Les entreprises affiliées à la FNBTP ne voient pas d’un bon œil ce qu’elles qualifient de «stratégie d’invasion et d’élimination des concurrents, fussent-ils marocains».  
    S’estimant «lésés», les groupes ont décidé de réagir sous la bannière de leur fédération. Celle-ci s’apprête à saisir officiellement le ministère de tutelle (l’Intérieur). La décision a été prise vendredi suite à une réunion qui a regroupé une cinquantaine d’entreprises membres. «Nous sommes scandalisés que des entreprises marocaines soient écartées d’un appel d’offres comme celui-là, avant même l’ouverture des plis», s’indigne Mustapha Miftah, directeur délégué de la Fédération nationale du bâtiment et travaux publics (FNBTP). Pour lui, il n’y a aucune raison valable pour éliminer de la compétition des groupes ayant réalisé des ouvrages beaucoup plus complexes tels des barrages, ponts, tunnels, ports…
    L’un des groupements soumissionnaires (Copisa Maroc/Seprob), qui a fait constater l’ouverture des plis par huissier, serait même prêt à porter l’affaire devant les tribunaux. Pour l’heure, les concernés tempèrent en attendant les résultats de leurs démarches auprès des autorités de tutelle. «Ce marché a été lancé dans les règles de l’art avec des exigences techniques spécifiques auxquelles seules deux entreprises ont répondu: Makyol et Yepi-Merkesi», tient à préciser Driss My Rchid, DG de la SDL Casa-Aménagement, maître d’ouvrage du projet. Et c’est finalement Makyol qui l’a obtenu en présentant une proposition 5% inférieure à l’estimation. «Dès le départ, notre souci était d’éviter la fermeture de cet axe très fréquenté, avec plus de 54.000 véhicules /jour, en optant pour une technique bien spécifique», souligne-t-il. Selon lui, cette méthode top down consiste à poser les parois de la trémie et le tablier (couvercle de la trémie), avant d’ouvrir la voie à la circulation, en continuant les excavations. «Les entreprises non retenues voulaient travailler de la même manière que pour la trémie de Dakar (rond-point Chimicolor), c’est-à-dire avec une tranchée ouverte et en bloquant la circulation», explique My Rchid, ajoutant que 90% des marchés de la SDL sont dévolus à des entreprises marocaines. «Sur un total de  5 milliards de DH d’engagements, 4,2 milliards sont attribués à des entreprises marocains dont TGCC, VIAS, STAM… Aujourd’hui, 3 entreprises étrangères travaillent sur les chantiers de la SDL. Il s’agit de Makyol, le français AMG (en charge du volet scénique du Grand théâtre) et le portugais Vibeiras (qui a obtenu la partie plantation des voiries). Avec ses 2 km en voie souterraine, la trémie des Almohades, dont la mise en service est attendue en août 2018, promet d’être la plus longue de Casablanca. Son tracé se situe en plein centre-ville sur une zone appelée à connaître un trafic de plus en plus important, notamment avec la Marina, les projets Wessal, l’ancienne médina, le quartier Casa-Port, le terminal de croisière, le port… L’ouvrage va relier les boulevards Almohades, Sidi Mohamed Ben Abdellah et Zaid ou Ahmed. Ces deux artères sont parmi les  axes  stratégiques  les  plus  importants  de  la  métropole,  et  font  partie  de  la  route côtière  qui  dessert  la  corniche  de  Casablanca.

    Solution trop chère et polluante?

    Selon l’un des concurrents évincés, la solution retenue pour la construction de la trémie est non seulement chère, mais aussi dangereuse pour l’environnement. Le soutènement en paroi moulée présente des inconvénients majeurs, selon une étude du LPEE. En effet, les vibrations, occasionnées par l’hydrofraise, risquent d’endommager les constructions mitoyennes de l’ancienne médina et les matériaux à base de bentonite (spécifiés par le cahier des charges) peuvent contaminer la nappe phréatique de Casablanca.

     

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