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Chronique

Confrontation, guerre civile... les nouvelles angoissantes de France

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4823 Le 28/07/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

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On peut le dire sans aucun risque d’emphase ou d’exagération. L’attentat de Nice, les scènes d’horreur et les traumatismes qu’il a créés ont été un grand tournant dans la perception qu’ont les Français, toutes tendances confondues, de la menace terroriste et de ses possibles conséquences sur la cohésion nationale. Non seulement l’union nationale sacrée qui s’est forgée au lendemain des attentats de Paris s’est fissurée, mais Nice a été le théâtre, outre de scènes d’horreur qui ont traumatisé la mémoire nationale, de violents affrontements politiciens. 
Ce combat fut livré entre une opposition de droite qui crucifie ce qu’elle considère comme, au mieux, de l’angélisme amateur de la gauche au gouvernement et, au pire, son incompétence atavique sur les questions de sécurité, et une gauche, incarnée par Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, qui, par ses multiples dénégations, participe à jeter la confusion et à nourrir les débats malsains.
Déjà avant Nice, les services de sécurité français, contrairement aux hommes politiques contraints par les limites de l’expression politique, commençaient à évoquer l’hypothèse d’un scénario catastrophe qui plongerait la société française dans un cycle de violence qui lui rappellerait ses heures les plus sombres. L’hypothèse d’une grande confrontation entre des radicaux de l’extrême droite et ceux qui pourraient se revendiquer de la galaxie radicale islamiste était dans tous les esprits.  
Une énorme alerte a été lancée lorsque les autorités ukrainiennes avaient annoncé en mai  l’arrestation d’un jeune Français, Grégoire M, un Lorrain de 25 ans, sympathisant de l’extrême droite, et qui s’apprêtait à faire venir en France un inquiétant arsenal: 5 Kalachnikov, plus de 5.000 munitions, deux lance-roquettes antichar, 125 kg de TNT et 100 détonateurs. Pour ne pas donner à cet événement une ampleur dramatique, il a été savamment noyé dans un halo d’analyses et

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L’attentat de Nice, les scènes d’horreur et les traumatismes qu’il a créés ont été un grand tournant dans la perception qu’ont les Français, toutes tendances confondues, de la menace terroriste et de ses possibles conséquences sur la cohésion nationale (Ph. AFP)

d’interprétations qui a mêlé une volonté ukrainienne de faire briller sa diplomatie à l’égard de Bruxelles et de Paris et un banal trafic d’armes auquel se livrent les grands réseaux mafieux d’Europe et dont l’Ukraine, militarisée à outrance, est devenue une plateforme et un supermarché presque à ciel ouvert. 
Aujourd’hui, avec les inquiétudes ouvertement exprimées de voir se déclencher une confrontation communautaire motivée par l’esprit de vengeance sur fond de xénophobie exacerbée par les attentats, ce genre d’événement prend une angoissante tournure. D’ailleurs, dans les pages éditoriales de la presse française, il n’y a plus d’hésitation ou de retenue à évoquer le scénario d’une guerre civile alimentée par l’infernal cycle de la confrontation communautaire. Quelques signaux récents, glorifiant une islamophobie assumée, vont dans le sens de l’escalade sécuritaire.
Ironie de ce présent sanglant qui marque les esprits et menace de faire voler en éclats petits compromis et grands consensus, c’est exactement le scénario fantasmé par des organisations terroristes comme Daesh: celui de créer les conditions de grandes tensions communautaires au sein des pays européens pour capitaliser ensuite sur les ruines de cette confrontation. Le grand défi pour des pays européens comme la France, visée par l’installation d’une déflagration communautaire, est justement de ne pas tomber dans ce piège. 
Les déclarations des principaux leaders politiques, motivés par les agendas des multiples primaires, vont dans le sens de la surenchère sécuritaire. Une sorte de concours invisible à qui proposera les mesures les plus fermes et les plus déterminées pour lutter contre cette ambiance délétère qui prépare les esprits aux pires scénarios. Sans aucun doute, la séquence électorale présidentielle est pour beaucoup dans cet effet de loupe grossissant les dangers et les angoisses. Mais les nouvelles formes que prennent les actions violentes, qu’elles soient motivées par des raisons sociales ou obéissant à un agenda terroriste, mettent les sociétés européennes sur un vrai fil de rasoir. En particulier la société française où la cohabitation pacifique entre ses différentes composantes et le vivre ensemble égalitaire seront mis à rude épreuve.

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(Ph. AFP)

La colère de Cazeneuve

AU cœur de ce maelström post-attentat que vit la France, un homme semble cristalliser toutes les tensions. C’est le ministre de l’Intérieur et des Cultes, Bernard Cazeneuve. Violemment critiqué par la droite de ne pas avoir pris les mesures adéquates pour protéger les Français des attentats, accusé par une policière de Nice d’exercer des pressions sur elle pour modifier son rapport sur le dispositif de sécurité autour de la Promenade des Anglais ce 14 juillet, Bernard Cazeneuve, le calme, le tempéré, est sorti de ses gonds et décide de contre-attaquer et de porter l’affaire devant la justice: «La campagne acharnée qui est menée contre moi est une campagne dont je sortirai renforcé, car c’est une campagne de vilenies, de calomnies face à laquelle je rendrai coup pour coup. Je n’accepterai pas qu’on continue à mettre en cause mon honneur et ma dignité de ministre de l’Intérieur». L’extrême droite avait demandé sa démission tandis que la droite classique s’est contentée d’utiliser ses déclarations pour enfoncer la gouvernance de François Hollande et essayer de le discréditer davantage aux yeux de l’opinion pour enterrer définitivement ses espoirs pour un second mandat.

 

 

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