Culture

Hicham Lahlou au Vitra Design Museum

Par L'Economiste | Edition N°:4482 Le 13/03/2015 | Partager
Le designer représente le Maroc en Allemagne du 14 mars au 13 septembre
Il est également nommé membre du comité consultatif de l’exposition

Hicham Lahlou, architecte d’intérieur et designer. Il est l’un des  précurseurs du design industriel et urbain au Maroc

«Je vous jure, je me pince, je n’y crois toujours pas !», explique le designer Hicham Lahlou de passage dans les bureaux de L’Economiste. Ce précurseur du design au Maroc fait une entrée historique dans l’un des plus importants musées de design au monde, le Vitra Design Museum, en Allemagne, dans le cadre de l’exposition itinérante «Making Africa – A Continent of Contemporary Design».  L’évènement se  poursuivra par la suite dans le prestigieux Guggenheim Museum Bilbao. Pour la première fois, le design d’un continent est à l’honneur, s’appuyant sur les œuvres de plus de 120 designers et artistes. L’exposition souligne comment le design peut accompagner, voire favoriser, le tournant économique et politique du continent.

- L’Economiste: Que ressent-on lorsqu’on expose dans des musées aussi prestigieux que le Vitra Design Museum? Est-ce une consécration ou une étape normale dans votre parcours?
- Hicham Lahlou:
C’est une nouvelle consécration, et un beau cadeau pour mes 20 ans de parcours. C’est également une consécration pour l’Afrique. Cet évènement démontre que ce continent est important. Aujourd’hui, l’un des plus grands musées de design au monde a travaillé pendant deux ans pour monter cette énorme exposition qui s’installera ensuite dans le plus grand Guggenheim après celui de New York. Le musée de Bilbao a fait revivre la ville, il reçoit près d’1 million de visiteurs par an, ce qui démontre bien l’importance de la culture. Je tire une immense joie et fierté du fait de me retrouver au Vitra, un lieu incontournable de la scène du design mondial, pour après exposer au Bilbao. A ma grande surprise, j’ai également été choisi dans le conseil consultatif, parmi les experts en la matière. On dit souvent que la reconnaissance vient de l’extérieur, et à juste titre, elle vient d’immenses experts. Je suis très ému en tant que designer international et en tant que Marocain d’entamer cette nouvelle étape dans mon parcours.

- Selon vous, en quoi ce type de manifestation peut booster la carrière d’un designer ou encore du design africain?
- L’exposition est organisée par l’une des plus grandes institutions du design mondial. C’est une institution colossale, avoir son nom greffé à celui du Vitra est immense, aussi bien pour moi que pour tous mes confrères africains. En plus, cette exposition est mondiale et itinérante, ce qui engage une double consécration. Le Vitra, ce sont des experts très pointus. Pour moi c’est très important, cela consolide mes 20 ans de parcours, dont 15 ans à l’international. Cela m’apporte également une nouvelle assise pour pouvoir me déployer vers de nouvelles perspectives. Cela dit, quelque chose me perturbe.
Pour beaucoup de Marocains, la référence est Dubaï, c’est curieux. Les références sont quelque part biaisées. La plateforme du design est greffée en Europe. Aujourd’hui c’est l’Europe qui met à l’honneur l’Afrique. Si le design africain est connu aujourd’hui, c’est grâce à l’Afrique du Sud, qui a toujours fait la promotion des designers africains. Une deuxième plateforme qui a joué un rôle important est Dak’Art. Il y a aujourd’hui des pôles importants qui ont servi à faire émerger ces talents africains.

- Que vous inspire votre nomination en tant que membre du comité consultatif de l’exposition?
- Je l’ai découvert dans le dossier comme tout le monde (rires). J’étais très ému. Ce comité est composé de grands experts, notamment des représentants de grandes universités, du directeur artistique d’art contemporain de Londres… Ils ont reconnu d’abord mon parcours en tant que designer et ma contribution en étant le fondateur du premier Award de design en Afrique qui porte le nom d’Africa Design Award. Ils m’ont considéré comme quelqu’un qui a apporté sa pierre à l’édifice. L’expertise marocaine est reconnue par le Vitra. En même temps au Maroc, on fait curieusement appel à des experts étrangers. Un exemple encore qui va peut-être servir à décomplexer certains.

- Quelle est votre vision en tant que designer?
- Je reste fidèle à ce que je dis depuis 20 ans. J’ai toujours dit que les nations émergentes auront un jour leur mot à dire dans la scène du design mondial et marqueront l’histoire. Et c’est ce qui est en train de s’écrire aujourd’hui. Les talents sont multiples, avec le design de voiture, de montre, de produit, de packaging…

- Design urbain, design de produits, créations, signatures, identités visuelles… Sur quoi planchez-vous en ce moment?
- Je viens de présenter une très belle collection pour Daum, une marque de luxe française, dont le cristal  est unique au monde. Je finalise une collection de tapis pour «Nodus Rug». Je démarre aussi un projet d’hôtel au Sénégal. J’ai des projets de design urbain en discussions pour l’Afrique, et des projets d’agro-industrie. Je travaille également sur des workshops d’artisanat en Afrique. En ce moment, je suis également sur la 1re édition des Africa Design Days, et la 2e édition des Africa Design Award.
Propos recueillis par Aïda BOUAZZA

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc