Analyse

Sahara: Quelle issue après la reprise des discussions?

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5406 Le 06/12/2018 | Partager
La rencontre de Genève ambitionne essentiellement de «briser la glace»
L’Algérie continue à se dérober de ses responsabilités
Rabat fait preuve de dynamisme au moment où les autres parties campent sur les mêmes positions

Après plus de 6 ans d’immobilisme, les pourparlers autour de l’affaire du Sahara ont repris, hier à Genève. Officiellement, il ne s’agit pas de négociations formelles. L’objectif de mettre les différentes parties prenantes autour d’une table ronde est essentiellement de «briser la glace». En clair, il s’agit d’éviter de «mettre trop de pression et d’attentes sur cette rencontre». 

Pour l’ONU, «c’est un premier pas vers un processus renouvelé des négociations en vue de parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable». Le porte-parole d’Antonio Guterres a déclaré, la veille de cette réunion, que le SG de l’ONU a appelé les parties à «s’engager dans les discussions, sans conditions préalables et dans un esprit constructif».

Horst Kohler, l’envoyé personnel de Guterres a du pain sur la planche. Surtout que, face au dynamisme du Maroc, présentant des initiatives concrètes pour dépasser le statu quo, les autres parties continuent de camper sur leurs positions.

Au moment où le Maroc s’est félicité de la convocation de l’Algerie à cette réunion, en tant que partie prenante, les responsables algériens continuent leur entêtement, en annonçant, à la veille de cette rencontre, qu’ils y participent en tant «qu’Etat voisin». Ce qui risque de plomber les efforts onusiens en vue de favoriser un dialogue direct entre Rabat et Alger pour aboutir à une solution à ce conflit qui n’a que trop duré.

Surtout que la dernière résolution du Conseil de sécurité «consacre la centralité du rôle de l’Algérie», a souligné Mounia Boucetta, secrétaire d’Etat en charge de la Coopération internationale, lundi dernier à la Chambre des représentants. Pour elle, cette rencontre est une «opportunité de trancher la question des mesures de rétablissement de confiance».

Or, il paraît difficile d’aboutir à un changement dans les positions des autres parties, particulièrement de l’Algérie qui traverse une zone de turbulences au niveau interne. «La lutte pour le pouvoir et l’approche des élections présidentielles rendent difficile l’évolution de la position algérienne», explique Mohamed Amrani Boukhobza, professeur des relations internationales à l’Université Abdelmalek Saâdi de Tanger.

Depuis quelques mois, l’ONU a mis les points sur les i, notamment en «réaffirmant les paramètres du processus politique, définis depuis 2007, confortant les acquis du Maroc, notamment la prééminence de l’initiative d’autonomie et l’appel au recensement des populations des camps de Tindouf».

Au moment où le Maroc multiplie les efforts pour assurer le développement économique et social des provinces du Sud (voir repères), le Polisario et l’Algérie continuent de défendre des thèses dépassées, de l’avis même des responsables onusiens. Dans ses différents discours, le Souverain a insisté sur la mobilisation du Maroc pour aboutir à une solution politique durable, marquée par un esprit de compromis, mais dans le respect de l’intégrité territoriale.

Face à l’absence de propositions réalistes de la part du Polisario et de l’Algérie, le rôle de l’envoyé personnel du SG des Nations unies sera décisif dans l’orientation des discussions. L’ordre du jour de cette réunion ambitionne de favoriser l’implication des Etats de la région du Maghreb dans la résolution de ce conflit.

Les questions inscrites sont liées à «la situation actuelle, à l’intégration régionale et aux prochaines étapes du processus politique». Au moment où nous mettions sous presse, les discussions de la première journée se poursuivaient encore.

Les projets de développement des provinces du Sud

  • 80 milliards de DH mobilisés pour la réalisation des projets de développement dans le Sahara, soit plus que les 77 milliards prévus initialement
  • 42,2 milliards de DH destinés à la région de Laâyoune-Sakia Al Hamra pour 255 projets
  • 21 milliards de DH concernent Dakhla-Oued Eddahab pour 137 projets
  • 11,7 milliards de DH destinés à Guelmim-Oued Noun pour 251 projets

(Source: Ministère des Finances)

Chronologie depuis 2007

  • Avril 2007: Le Maroc propose le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine
  • Mars 2012: Réunion informelle entre le Maroc et le Polisario à Manhasset qui s’achève sur une impasse
  • Mars 2016: Protestation du Maroc contre les dérapages de l’ex-SG de l’ONU Ban Ki-moon
  • Mars 2017: Christopher Ross, envoyé personnel du SG de l’ONU, présente sa démission
  • Août 2017: Nomination de Horst Kohler nouvel envoyé personnel pour le dossier du Sahara
  • Septembre 2018: Horst Kohler effectue une visite dans la région, pour inviter le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie à une table ronde à Genève.

                                                                                

Légitimité démocratique

Le choix des membres de la délégation marocaine participant à la table ronde autour de l’affaire du Sahara, tenue à Genève, est plein de symboles. L’idée est de mettre en avant la légitimité démocratique des participants à cette rencontre. Outre Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de Omar Hilale, ambassadeur représentant permanent du Royaume auprès de l’ONU, d’autres personnalités, élues au niveau des provinces du Sud, prennent part à ces discussions. Il s’agit notamment de Sidi Hamdi Ould Errachid, président de la région Laâyoune-Sakia El Hamra, de Ynja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab, et de Fatima Adli, membre de la société civile et élue au conseil municipal de Smara.

M.A.M.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc