Analyse

Fruits et légumes: La production en hausse, l’export décroche

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5405 Le 05/12/2018 | Partager
La filière victime du déficit de valorisation et de la désorganisation du marché local
Des pistes de redressement explorées par les professionnels
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Sur 9 millions de tonnes, l’export porte sur moins de 1,2 million alors qu’il s’établissait à 1,5 million de tonnes, il y a une décennie. Pour les légumes, l’écart est plus important. A peine 345.000 tonnes sur un volume produit de l’ordre de 7,5 millions

 

Une assemblée générale pas ordinaire que celle de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (Apefel). Contrairement aux rencontres souvent limitées à l’examen des rapports d’activité et financiers, les professionnels ont focalisé le débat sur l’avenir de leur secteur, qu’ils considèrent menacé.

Et pour cause! La production s’inscrit en hausse soutenue alors que la valorisation et la distribution ne suivent pas. Un marché local désorganisé et des limites avérées au niveau de la diversification des débouchés extérieurs. (Voir infographie ci-contre). Le diagnostic établi par des cabinets d’experts est sans appel: la solution réside dans la réforme des marchés de gros, longtemps différée, et la pénétration de manière formelle  du débouché africain. (Voir aussi article page suivante)

A défaut, c’est l’acquis de la stratégie agricole qui risque de s’effriter. Et à ce niveau, l’unanimité est faite pour l’ensemble des secteurs agricoles d’exportation: agrumes, primeurs et divers légumes. Ce qui fait dire au président de Comader (Confédération marocaine du développement agricole), Ahmed Ouayach, «le plan Maroc Vert est victime de sa réussite». Selon lui, autant la production augmente autant la part exportable stagne, voire recule.

Avec à la clé une dégradation de la recette du producteur  combinée à l’aggravation des coûts pour le consommateur. A tel point, qu’à «certaines périodes les prix payés au producteur chutent de manière catastrophique», dénonce un primeuriste. Le phénomène prend encore de l’ampleur lorsque le climat s’en mêle. C’est le cas cette année. La clémentine est négociée à moins de 1DH/kg et la tomate peine à décrocher le même prix sur le marché intérieur. Un marché qui absorbe plus de 80% des volumes produits.

A titre d’exemple, la caisse de tomates (28 à 32 kg) se vend actuellement entre 15 et 20 DH alors que le coût de production du fruit est estimé entre 2 et 2,30 DH/kg. Car, une aberration spécifique aux marchés de gros de la région du Souss tient au fait que les transactions sont réalisées sur la base de caisses et plateaux et non pas l’unité de pesage, universellement reconnue: le kilogramme. Cela permet au marchand de faire le gain de 3 à 5 kg par caisse de tomate. Ce que les producteurs dénoncent avec force.

Or l’enjeu est de taille.  La filière des fruits et légumes occupe une superficie de plus de 1,3 million d’hectares dont plus de 1 million de plantations fruitières et 240.000 ha de cultures maraîchères. Elle enregistre une production de 9 millions de tonnes dont 7,5 millions pour les légumes. Au total, la filière exploite le 1/3 de la superficie agricole utile et assure un rendement moyen de 67 tonnes/ha selon les cultures et les régions.

A elle seule, la région Souss-Massa assure 60% de la production nationale des fruits et légumes : 2,3 millions de tonnes. Sa part à l’export s’élève à 84% du total des expéditions marocaines. Une contribution qui passe à 96% pour ce qui est des tomates. Lors de la dernière saison, pas moins de 530.000 tonnes ont été réalisées par la région.

Des efforts de diversification ont été déployés, notamment en direction de Russie et des pays du Golfe, mais une forte concentration reste exercée sur les marchés de l’UE qui absorbent près de 90% des volumes exportés.  Avec toutefois une large pénétration de la grande distribution.  

Sur les marchés de gros locaux, la région assure un approvisionnement d’environ 5 millions de tonnes de légumes. Ceci, directement via les volumes tout venant ou indirectement à travers les écarts de triage dégagés par les stations de conditionnement.

Or si les volumes transitant par les stations peuvent s’avérer indemnes de résidus chimiques (la cueillette se fait après la période de rémanence des produits de traitement), il n’en est pas de même pour ceux qui proviennent directement des exploitations agricoles.

A cet effet, l’organisation des producteurs sur les dangers sanitaires que cela représente. Selon la profession  nombreux sont les exploitants qui traitent avec de «véritables poisons». Des produits non-homologués et pour la plupart interdits à l’importation mais qui ont l’avantage d’être commercialisés à très bas prix. D’où l’appel aux organismes de contrôle dédiés de prendre les mesures qui s’imposent, à commencer par des  prélèvements et analyses des produits sur les marchés de gros. En attendant, bien entendu leur réforme.

A.G.

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