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Financer des tuk-tuks plus écologiques en Inde

Par Sangeetha CHENGAPPAN | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
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Les triporteurs à moteur «verts» tels que ceux-ci sont économes en carburant et coûtent moins cher à entretenir, permettant à leurs propriétaires d’augmenter leur revenus  (Ph. Courtesy of TWU)

Narasimhamurthy R., un chauffeur indien de tuk-tuk, sera bientôt le propriétaire du véhicule à trois roues de 200 cm3 et équipé d’un moteur à quatre temps, qui lui permet de gagner sa vie. Pendant près de deux décennies, ce conducteur de Bengaluru (ancien Bangalore) louait son véhicule de service.

Mais, dans huit mois, il paiera la dernière mensualité du prêt sur quatre ans accordé par Three Wheels United IndiaPrivate Ltd (TWU), une société financière non bancaire qui aide les chauffeurs de tuk-tuk à acheter des véhicules plus écologiques.

En 2015, l’agent régional Jayalakshmi, de Three Wheels United, est entré en contact avec le chauffeur de 45 ans pour l’aider à acheter un tuk-tuk qui rejette moins de CO2 que celui qu’il louait. Narasimhamurthy a d’abord décliné cette offre mais la représentante a su le persuader. Trois mois plus tard, il s’inscrivait au programme de financement de TWU, «Namma Auto» (Notre véhicule).

Moteur à quatre temps

En Inde, les chauffeurs qui louent des tuk-tuks équipés d’un moteur à deux temps gagnent généralement l’équivalent de huit dollars par jour. Narasimhamurthy touche lui jusqu’au double, puisque les tuk-tuks avec un moteur à quatre temps consomment moins de carburant, ce qui réduit les coûts de maintenance. Une fois son prêt remboursé, son salaire atteindra l’équivalent de près de 15 dollars par jour.

«Près de 50% des chauffeurs de tuk-tuk doivent louer leur véhicule à cause de solutions de financement inadaptées, ce qui limite leurs revenus et leur capacité à choisir une voiturette moins polluante», explique Cedrick Tandong, PDG de TWU. Les conditions d’obtention d’un prêt ne conviennent pas aux conducteurs à faible revenu, qui ont des difficultés à épargner et n’ont souvent pas de compte bancaire.

Les tuk-tuks offrent une alternative pratique et abordable à l’offre insuffisante de transports publics dans les villes émergentes, et sont devenus particulièrement populaires dans les pays d’Asie du Sud tels que l’Inde, le Bangladesh, l’Indonésie, le Pakistan et la Thaïlande. Mais ils polluent énormément. Une étude commandée par l’Union européenne a révélé que le total des émissions annuelles des 120.000 tuk-tuks de Bengaluru s’élève à 0,45 million de tonnes de CO2, 1.445 tonnes d’oxyde d’azote et 164 tonnes de particules fines PM10. Bien que seuls 20% des ces tuk-tuks soient équipés d’un moteur à deux temps, ils sont responsables d’environ 25% des émissions totales de CO2 et presque 70% des émissions de PM10.

Un tuk-tuk avec un moteur à quatre temps coûte près de 175.000 roupies (soit presque 2.400 dollars). TWU prête 150.000 roupies aux chauffeurs à un taux d’intérêt de 10,5%, ces derniers devant avancer le reste. L’entreprise contacte les chauffeurs grâce à son équipe de 16 agents régionaux sur le terrain, et indirectement au travers de partenariats avec des ONG locales qui militent pour l’inclusion sociale, telles que WomenHealth and Development (WHAD) et Payana.

Le programme Namma Auto va au-delà de l’offre de solutions de financement. Il encourage les chauffeurs à épargner 500 roupies (6,8 dollars) par mois en rejoignant des groupes d’entraide de 15 à 20 conducteurs. La somme est ensuite déposée sur un compte bancaire joint, dédié aux économies du groupe, chez la société coopérative de crédit Kanartaka NammaSouharda.

«Les intérêts obtenus sont prêtés aux membres du groupe avec un taux de 2%, plafonnés à 10.000 roupies, uniquement disponibles en cas d’extrême nécessité, qu’il s’agisse des frais scolaires des enfants, d’un dépôt de garantie pour un logement ou de frais d’hospitalisation. Cette responsabilité commune permet aux chauffeurs de ne pas tomber dans les griffes de prêteurs sur gage qui pratiquent des taux d’intérêt exorbitants, supérieurs à 36%», souligne Jayalakshmi, ajoutant qu’en cinq ans, tous les groupes à qui elle a prêté de l’argent ont remboursé leur emprunt. Étant donné que les conditions d’obtention de prêt de TWU ont été conçues pour les chauffeurs, la société affiche un taux de défaut de paiement record de moins de 1% (au lieu de 10% il y a deux ans), alors que les banques peuvent enregistrer des taux de 40% pour des prêts similaires.

Un écosystème de 15.000 chauffeurs

Three Wheels United a été fondée en 2014 par le fonds d’investissement danois Enviu, et depuis, la société a créé un écosystème de 15.000 chauffeurs et a financé plus de 2.000 véhicules, la plupart dans des Etats du sud de l’Inde comme Karnataka et Tamil Nadu. Elle affirme avoir réduit les émissions de CO2 de près de 22.000 tonnes. «D’ici 2022, nous espérons financer 11.700 véhicules supplémentaires, dont 25% seront électriques», explique Cedrick Tandong. Pour y parvenir, la société doit lever près de 130 millions de dollars de nouveaux capitaux.

«Nous avons collaboré avec Bangalore Metro Rail Corporation pour offrir un an de parking gratuit et des bornes de recharge électrique, ainsi qu’avec Mahindra Electric Mobility (qui fait partie du conglomérat de Mahindra Group) suite au récent lancement de leurs trois roues équipés de batteries au lithium-ion», ajoute-t-il. TWU espère pouvoir financer 1.000 de ces véhicules d’ici mars 2019.

La société a réalisé un chiffre d’affaires de 523.500 dollars lors de l’année fiscale indienne 2018 (d’avril 2017 à mars 2018), et espère atteindre 31 millions de dollars d’ici 2022. En attendant, les six millions de tuk-tuks en circulation en Inde lui permettraient de prêter 13,8 millions de dollars à un marché potentiel annuel de 500.000 trois-roues.

Par Sangeetha Chengappa

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