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Au Maroc, la révolution de l’irrigation contre le réchauffement climatique

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
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Pour faire face à la problématique de l’eau, la région du Sous Massa a misé sur la généralisation de l’irrigation localisée. Un système de subvention allant de 80 à 100% a été mis en place dans le cadre de la stratégie publique, le Plan Maroc Vert, et qui a abouti à équiper 85% des superficies agricoles de la région en système d’irrigation localisée (Ph. SB)

C’est une expérience innovante dans l’irrigation que mène depuis quelques années la région du Souss Massa dans le sud du Maroc pour faire face à la pénurie de l’eau. La recette: une combinaison de plusieurs solutions permettant à la fois la rationalisation et la durabilité des modes de consommation, la coopération entre les acteurs publics et privés pour contrer les effets du réchauffement climatique.

En 1980, 2.500 m3 d’eau potable étaient disponibles par personne au Maroc. Aujourd’hui, le niveau ne dépasse pas les 500 m3 par personne, en raison du stress hydrique dû au réchauffement climatique. La température moyenne de la planète a augmenté de 1,1 °C ce dernier siècle selon la NASA, provoquant des sécheresses plus nombreuses.

Pour faire face à ce défi, le secteur de l’irrigation agricole explose au Maroc depuis plusieurs années.  Donnant ainsi à des entreprises la possibilité de surfer sur la vague des politiques publiques, favorables au développement du marché, telles que celles inscrites au Plan Maroc Vert. Cette stratégie publique vise à faire passer 550.000 ha de terres agricoles en irrigation goutte-à-goutte (une technique d’irrigation localisée qui apporte de l’eau aux racines des cultures de manière précise) sur 10 ans. Plus d’une soixantaine d’entreprises travaillant dans le secteur témoignent de cette tendance. Même les collectivités locales s’y mettent.

Dans la région du Souss-Massa-Drâa (dans le sud du pays) qui contribue à 60% des exportations d’agrumes et 80% des exportations de primeurs au Maroc, les relevés hydrographiques montrent, depuis les années 2000, une baisse dramatique et inexorable des nappes phréatiques locales, particulièrement de ses deux nappes principales, Souss et Chtouka.

Face à cela, la région a misé sur la généralisation de l’irrigation localisée. Un système de subvention allant de 80 à 100% a été mis en place dans le cadre du Plan Maroc Vert et qui a abouti à équiper 85% des superficies agricoles de la région en système d’irrigation localisée. Les 15% restantes bénéficieront d’un projet de modernisation des systèmes d’irrigation traditionnels, financé par le Fonds vert pour le climat de l’ONU avec un budget de 425 millions de DH (environ 44,8 millions de dollars).

Néanmoins, les subventions agricoles et la modernisation des systèmes ne peuvent être bénéfiques que si elles sont bien utilisées en tant qu’outils de gestion pour optimiser l’irrigation et protéger l’environnement. Dans le cas contraire, elles entraînent des distorsions dans les pratiques agricoles et l’utilisation de l’eau, comme cela a été le cas après l’introduction du goutte-à-goutte.

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Le Souss Massa a été la première région au Maroc et au nord de l’Afrique à utiliser la technologie des stations météorologiques dans l’irrigation. Chaque station météo enregistre quotidiennement les données météorologiques pour la zone (température, humidité, rayonnement global, vitesse et direction du vent, pluviométrie).
Couvrant un rayon de 2.000 ha, ce système innovant permet aux agriculteurs d’économiser plus de 25% d’eau d’irrigation, et par conséquent d’économiser les dépenses liées à l’énergie consommée (Ph. SB et Archives L’Economiste)

«L’irrigation localisée limite l’évapo-transpiration (rejet de vapeur par les plantes), certes, mais elle induit aussi un changement dans le choix des cultures, qui s’est soldé ces dernières années par l’abandon de céréales, par exemple, à la faveur d’autres cultures plus rentables, mais plus consommatrices d’eau comme les fraises, les tomates, le maïs ou les pastèques. Au lieu d’économiser les ressources en eau, on finit par les surexploiter», explique Abdelkrim Anbari, président du réseau Raccord, fédération des usagers de l’eau agricole et des coopératives de producteurs agricoles au Maroc.

Si l’irrigation localisée participe à la bonne gouvernance des ressources en eau, elle nécessite d’autres mesures d’accompagnement pour être plus efficace. L’instauration des quotas dans les volumes d’eau consommés, l’installation de compteurs au niveau des puits pour contrôler la consommation, avec la mise en place d’un système de facturation de l’eau agricole, selon la situation hydrique de chaque région, sont des pistes pour limiter les dégâts de la pénurie d’eau.

Le territoire du Souss Massa a été précurseur dans ce domaine. En 2006, l’association Agrotech Souss Massa Drâa a été créée par le Conseil régional dans le but d’accompagner et encadrer l’agriculture dans cette région. En plus de sensibiliser aux enjeux climatiques, Agrotech est impliquée dans la recherche scientifique et la mise en place de projets relatifs à l’efficience dans le secteur agricole, explique un représentant du Conseil.

Souss Massa fut ainsi la première région au Maroc et au nord de l’Afrique à  utiliser la technologie des stations météorologiques dans l’irrigation. Il s’agit d’un réseau de stations météorologiques couvrant un rayon de 2.000 ha qui enregistre quotidiennement les données météorologiques. Un SMS est envoyé quotidiennement aux agriculteurs, leur indiquant le taux d’évaporation prévu pour le lendemain et leur permettant ainsi d’estimer les besoins en eau de leurs cultures.

Pour un agriculteur de la région, cette technologie innovante permet de piloter efficacement l’opération d’irrigation localisée pour l’ensemble des exploitations des agrumes dans la région. «Elle nous permet d’économiser plus de 25% d’eau d’irrigation et, par voie de conséquence, d’économiser les dépenses liées à l’énergie consommée», assure-t-il. Avec le goutte-à-goutte, la consommation d’eau pour un hectare d’agrumes est passée de 12.000 m3/an à 8.000 m3/an. Avec les stations météo, combinées aux systèmes d’irrigation localisée, elle est passée à 6.000 m3/an.

Subventions jusqu’à 100%

Le Fonds de développement agricole, qui représente le mécanisme financier du Plan Maroc Vert, subventionne l’équipement en système d’irrigation localisée, aussi bien pour les projets réalisés à titre individuel que pour les projets collectifs, et allant de 80 à 100 %. Le secteur bancaire, de son côté, et à travers la banque du Crédit Agricole du Maroc, a mis en place «Saquii» comme solution au financement des aménagements hydo-agricoles modernes. Il s’agit d’un produit conçu dans le cadre d’un partenariat avec l’Association marocaine de l’irrigation par aspersion et goutte-à-goutte ( AMIAG), explique le management de l’établissement bancaire. Il finance jusqu’à 100% du programme d’investissement dans l’équipement hydraulique en couplant le crédit au préfinancement de la subvention. Le crédit est composé à 80% d’un préfinancement sur subvention du Fonds de développement agricole et à 20% d’un crédit amortissable, pour une durée maximum de 10 ans.

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Par Sabrina BELHOUARI

 

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