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Reboiser l'Amazonie: Des entreprises relèvent le défi

Par Sérgio Adeodato | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
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Amata exporte 95% de sa production et respecte les normes environnementales des marchés européens et américains (Ph. courtesy of Amata)

Le Brésil espère reboiser 12 millions d'hectares d'ici 2030 (presque la taille de l'Angleterre) afin de lutter contre le réchauffement climatique. Des entreprises et des initiatives sociales redoublent d’efforts et se mobilisent.

Il y a une trentaine d’années, le grand-père de Henrique Carneiro a acheté les 44.000 hectares sur lesquels s’étend la ferme Fazenda Vera Cruz do Xingu, dans l'État brésilien du Mato Grosso. Aujourd'hui, Henrique Carneiro y plante des arbres parmi les champs de soja, maïs et coton et sur de vastes pâturages.

Plus du tiers de la forêt qui couvrait l’exploitation a été abattue au fil du temps. Mais désormais, en collaboration avec l'association locale Instituto Socioambiental, l'agriculteur espère trouver le moyen de restaurer une partie de cette parcelle d'Amazonie, la plus grande forêt tropicale au monde.
Jusqu'à présent, 40% des 12.200 graines de 67 espèces indigènes d’arbres qu’il a semées ont poussé. «C'est un travail méticuleux qui implique aussi les agriculteurs voisins», explique-t-il.

Dans le cadre de l'accord de Paris pour le climat, le Brésil s'est engagé à reboiser 12 millions d'hectares – presque la taille de l'Angleterre  –  d'ici 2030, un défi de taille. Le Plan national de récupération de la végétation indigène (Planaveg) du gouvernement, annoncé en novembre 2017, prévoit la plantation de 390.000 hectares de forêt vierge sur quatre ans.

Le plus grand projet de
reboisement de la planète actuellement en cours

D’autres acteurs tentent eux aussi d'aider le pays à honorer sa promesse par des moyens économiques, environnementaux et sociaux. L'un d’eux est l'Alliance pour la reforestation en Amazonie, un partenariat de plus de 50 organisations de la société civile, entreprises, instituts gouvernementaux et de recherche. Son objectif – planter 73 millions d'arbres sur 300.000 hectares – en fait le plus grand projet de reboisement de la planète actuellement en cours. «Il est clé de réduire les coûts de reforestation et de passer de projets individuels à des projets à plus grande échelle, qui offrent des opportunités de revenus», explique Rodrigo Medeiros, vice-président en charge des partenariats stratégiques pour Conservation International, une ONG membre de l'alliance.

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Amata utilise l’imagerie satellite pour identifier et choisir les arbres pouvant être abattus avec le plus faible impact possible et étiquette les bûches, permettant ainsi à l’acheteur de connaître la provenance précise du bois (Ph. Courtesy of Amata)

Le festival de musique Rock in Rio, de notoriété mondiale, contribue à diffuser le message en compensant son empreinte carbone par la plantation d'arbres. Des pays étrangers contribuent également, telle la Norvège, qui soutient le Fonds Amazonie et son projet d'injecter 200 millions de réais (54 millions de dollars) dans des projets associant reboisement et logique commerciale. «Les revenus dérivés des forêts sur pied empêcheront de nouvelles destructions massives dues aux activités prédatrices observées dans le passé», note Rodrigo Medeiros.

Cependant, les taux actuels de déforestation continuent d’anéantir tous les efforts. Selon l'Institut Imazon de l'homme et de l'environnement, les activités d'exploitation forestière ont augmenté de 40% d’août 2017 à juillet 2018: 300.000 hectares de perdus, soit la superficie que l'Alliance pour la restauration en Amazonie espère replanter.

Des images satellites montrent que 83% de la superficie déboisée, y compris dans les réserves environnementales et autochtones, sont devenus des pâturages ou des terres cultivées. «Les accords avec les filières de production, notamment de viande bovine et de soja, qui étaient censées mettre un frein à la déforestation, se sont affaiblis», explique Carlos Souza, coordinateur du suivi de l'Institut Imazon.

La technologie numérique permet même aux particuliers de surveiller ce qui se passe dans la forêt tropicale. Terras, une entreprise basée à Belém, a développé une application permettant de croiser les données environnementales et de production des exploitations agricoles. Elle donne également accès à des prêts octroyés par des banques qui refusent de financer la déforestation. La startup a ainsi mis 18.000 fermes en contact avec Banco da Amazônia, et prévoit d'atteindre 200.000 fermes dans la région d'ici 2020. Distinguée par NatureVest, un programme mondial d'investissement en faveur de la préservation de l’environnement, Terras se veut un exemple pour les personnes qui œuvrent en faveur de la déforestation zéro.

Une autre application mobile, Alerta ClimaIndígena, est utilisée par diverses tribus autochtones. Certaines surveillent l'agriculture illégale, d'autres traquent les incendies et la pêche clandestine, notant au passage leurs références géographiques par satellite.
«Il en résulte plus d’autonomie pour accéder à l'information, sans dépendre des agences gouvernementales», explique Fernanda Bortolotto, coordinatrice du projet de développement des applications à l'Institut de recherche de l’Amazonie.

D’autres innovations portent, par exemple, sur la production durable de bois de construction. Dans la forêt nationale de Jamari, où des terres fédérales sont disponibles pour une utilisation économique durable, la société Amata utilise l'imagerie satellite pour identifier et sélectionner les arbres qui peuvent être abattus avec un impact aussi faible que possible. Pour préserver l'intégrité de la forêt, l'entreprise s’est fixé comme limite d'exploitation 15 mètres cubes de bois par hectare, soit moitié moins que la quantité autorisée par la loi.

D'autres misent sur l'utilisation de substituts aux produits forestiers. Loin de l'Amazonie, dans la ville de Guaramiranga, l'hôtel Vale das Nuvens est construit en bois synthétique fait de plastique recyclé. Son fondateur, l'ingénieur civil Joaquim Caracas, se dit fier d'avoir utilisé une technologie permettant de préserver les arbres, et du plastique destiné à la décharge.

«Pour lutter contre la déforestation, l'économie doit peser en faveur de la forêt, pas contre elle», déclare Beto Veríssimo, directeur des programmes du Centre pour l'entrepreneuriat en Amazonie. Sa conviction est qu’une combinaison de technologies peut ajouter de la valeur aux forêts et contrer les activités qui les détruisent. «Nous sommes 20 millions d'habitants [dans les neuf Etats du bassin amazonien], nous ne pouvons pas toujours attendre que ce soit le gouvernement qui agisse».

Par Sérgio Adeodato

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