Economie

Les producteurs du cahier demeurent convaincus du dumping

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
Pas d’inquiétude en cas de recours à un arbitrage international
«Légère baisse des prix» à la prochaine rentrée scolaire

Jusqu’à quel degré le recours à un arbitrage international inquiète les producteurs marocains de cahier? «Il est naturel que la Tunisie en fasse la démarche si elle s’estime lésée. Je ne pense pas qu’elle puisse avoir gain de cause à l’OMC. Le dumping est tellement flagrant malgré le débat sur certains chiffres», estime Jalil Benddane, président de l’Association des fabricants de cahier au Maroc (AFCM).

Leurs concurrents «ne laissent aucune place» aux autres exportateurs étrangers «incapables de pratiquer des prix aussi bas sur le marché marocain», indique le département du Commerce extérieur deux jours avant le lancement des investigations (cf. L’Economiste n°5019 du 9 mai 2017).

Le débat sur la similarité entre produit tunisien et marocain est loin d’être épuisé: grammage de papier entre 55 et 120 gr/m2, feuilles assemblées ou rattachées.... Ces caractéristiques techniques ont été déterminantes dans l’enquête antidumping. «Celle-ci n’a pas tenu compte de toutes les caractéristiques physiques affectant la comparabilité des prix», soutient la requête des Tunisiens déposée en juillet 2018 à l’OMC.

Le scénario d’une victoire tunisienne dans un arbitrage international «n’est pas envisageable» pour les industriels marocains. Ils sont «plus que convaincus de l’existence d’un dumping prouvé». «Nous allons fermer, si les Tunisiens reviennent avec un droit de douane de 0%», insiste le porte-parole du secteur.

L’exonération douanière est prévue par l’Accord de libre- échange signé le 25 février 2004 à Rabat par quatre Etats: Egypte, Jordanie, Maroc et Tunisie. Cinq opérateurs mènent encore la résistance face à la vague tunisienne. Somapa et Aiglemaire ont été mis en liquidation judiciaire. Le secteur recense ainsi des disparitions emblématiques depuis les années 2000. Ces faits coïncident avec l’arrivée du cahier tunisien sur le marché local (cf. L’Economiste n°1602 du 16 septembre 2003).

Par ailleurs, les producteurs tunisiens ne sont pas imposés sur la pâte à papier importée notamment d’Asie (cf. L’Economiste n°5343 du 4 septembre 2018). Leurs homologues marocains ne payent pas non plus de droits douaniers sur la matière première. «Nous bénéficions d’un contingent détaxé d’environ 13.000 tonnes.

Au-delà de ce quota, les producteurs nationaux sont imposés à hauteur de 17,5%», précise leur association professionnelle. Son président évalue la production nationale entre 15.000 et 16.000 tonnes par an pour une capacité installée de 26.000 tonnes. La consommation interne est de 22.000 tonnes fournies en partie par l’importation. «Nos machines sont capables de tourner 24h/24 pour couvrir les besoins du marché», soutient l’Association des fabricants de cahier au Maroc.

Pourquoi donc l’importation parvient à percer? Il y a d’abord la libéralisation économique qui a engendré une suppression des barrières tarifaires depuis les années 1990. Donc une stimulation de la concurrence.

Il arrive aussi que des établissements d’enseignement prescrivent à leurs élèves des marques étrangères de cahier. Ce fait marginal reste inacceptable au regard du droit des consommateurs. Cellulose du Maroc, le fournisseur local de pâte à papier, a fermé ses portes fin 2013 après une douzaine d’années de déficit!

A l’instar de leurs concurrents maghrébins, les producteurs locaux dépendent de la matière première européenne et du cours mondial du prix du papier. Ce sont des facteurs structurels pour leur coût de revient et leur compétitivité. Surtout que le secteur réalise 95% de son chiffre d’affaires annuel durant la rentrée scolaire, d’août à octobre. Ce n’est pas une règle générale.

«Le cahier scolaire représente la moitié de notre chiffre d’affaires. Nos autres revenues proviennent de la distribution et de la bureautique», indique le DG de Mapaf, Jalil Benddane. Il annonce une «légère baisse des prix» pour la prochaine rentrée scolaire. Si elle se réalise, cette bonne nouvelle s’apparenterait à un démenti des accusations d’entente sur les prix. Les importateurs l’ont fait valoir pour alerter «sur les conséquences» du bouclier antidumping.

Dates-clés

  • 10 mars 2017: Plainte de trois producteurs marocains   
  • 11 mai 2017: Ouverture de l’enquête antidumping
  • 30 avril 2018: Audition publique au Commerce extérieur à Rabat   
  • 3 mai 2018: L’enquête prolongée pour six mois   
  • 11 mai 2018: Mesures antidumping provisoires de 4 mois
  • 7 novembre 2018: Fin de l’enquête déterminant le dumping.

F. F.

 

 

 

 

 

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