Tribune

La planète n’a pas besoin de nous, c’est nous qui avons besoin d’elle

Par Salaheddine MEZOUAR | Edition N°:5402 Le 30/11/2018 | Partager

Président de la COP22/CMP12/CMA1, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (Ph. F. Al Nasser)  

Les changements climatiques et leurs impacts sont une réalité quotidienne pour des millions de personnes à travers le monde. Le secrétaire général des Nations unies indiquait clairement dans une intervention sur les Changements climatiques en septembre que le monde changeait sous nos yeux. Ce constat est le résultat d’un consensus clair de la communauté scientifique internationale.

Le récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat rappelle, une nouvelle fois, le large éventail de ces impacts présents et futurs. Ce rapport est sans ambages: il est toujours possible d’agir pour atteindre un objectif de limiter la hausse de la température à 1,5 degré comparativement aux niveaux préindustriels, mais les scénarios identifiés nécessitent des transitions rapides et profondes au sein de nos systèmes d’énergie, des villes, des sols, des infrastructures et des industries.

En effet, un rapport d’ONU Environnement, communiqué le 27 novembre 2018, nous informe que pour atteindre un objectif de 2 degrés, le niveau d’ambition global doit être multiplié par 3 et pour atteindre celui d’1,5 degré, ce niveau doit être multiplié par 5.

Augmenter le niveau d’ambition est d’autant plus nécessaire que la réalité des impacts des changements climatiques est tragique et injuste au vu de leur répartition inégale. En effet, ce sont les pays du Sud Global, pays qui ont le moins contribué à l’émergence de ce problème planétaire, qui subissent et qui continueront de subir de plein fouet les impacts les plus sérieux des changements climatiques.

En outre, et cela est le cas universellement, ce sont systématiquement les communautés les plus vulnérables au sein de chaque pays qui sont en première ligne des impacts négatifs des changements climatiques. Nous avons l’impératif moral et économique de rejeter tout ce qui pourrait mettre en péril un développement durable inclusif visant à éradiquer la pauvreté et réduire les inégalités.

La Proclamation de Marrakech pour l’action en faveur de notre climat et le développement durable, adoptée lors de la COP22 de Marrakech, marquait justement clairement le lien entre changements climatiques et développement durable. Cette proclamation appelait aussi à un engagement politique des plus fermes afin de lutter contre les changements climatiques et affirmait l’urgence de cette priorité.

C’est cette urgence que mon cher ami, Laurent Fabius, évoque avec clarté et lucidité dans une tribune publiée il y a quelques jours en France. Fabius rappelle également avec justesse et éloquence trois ingrédients fondamentaux de l’esprit de Paris: mieux, plus vite et ensemble. Je souscris entièrement à ses propos, et l’esprit de la COP22 de Marrakech s’inscrit dans la droite lignée de celui de Paris.

C’est ainsi à Marrakech que l’accord de Paris est entré en vigueur et que nous avons, ensemble, choisi d’aller plus vite en fixant 2018 comme année butoir pour préciser les règles d'application de l'accord de Paris afin de mieux répondre à l’urgence de la situation.

La contribution déterminée au niveau national du Royaume du Maroc dans le cadre de l’accord de Paris est régulièrement classée parmi les plus ambitieuses au monde. La pierre angulaire de cette ambition est la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste. Cette vision est on ne peut plus d’actualité et le Souverain a ainsi récemment demandé de revoir à la hausse les objectifs en termes d’énergies renouvelables à l’horizon 2030, inscrivant encore davantage dans l’exemplarité la stratégie pertinente et audacieuse du Royaume dans le domaine énergétique.

L’héritage que nous laisserons aux générations futures sera évalué d’autant plus durement que les options technologiques, financières, règlementaires existent aujourd’hui et sont abordables. Il est donc impératif de prendre conscience que ne pas agir pour le climat d’une manière équitable, équilibrée, qui prenne en considération les contraintes locales et les contextes nationaux, c’est de l’inconscience.

La balle est dans notre camp. La responsabilité d’agir est clairement celle de notre génération. Le temps de l’inaction est révolu. Le coût de cette inaction est exorbitant et nos sociétés humaines ne sauraient supporter. Le temps de l’action optimisée, rapide et collective est venu.

À nous de lui donner l’échelle qui est nécessaire pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris et ceux du Développement durable de l’Agenda 2030 des Nations unies. C’est le signal que la présidence marocaine de la COP22 a donné il y a deux années. La présidence fidjienne de la COP23 s’est acquise avec brio de sa tâche de perpétuer et accélérer cette dynamique l’an passé.

En septembre, la Secrétaire Exécutive d’ONU Changements climatiques affirmait que nous devions augmenter l’action climatique et créer un élan imparable vers la COP24. La présidence polonaise de la COP24 a notre confiance pour réussir ce rendez-vous crucial. Soutenons la Pologne avec ambition dans un élan imparable pour évoluer résolument du monde du possible à celui du concret.

Engagement africain

Cet engagement du Maroc s’inscrit au sein du continent africain, continent ayant le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre et pourtant le plus vulnérable aux impacts des changements climatiques. Dans ce contexte, la société civile africaine a un rôle fondamental à jouer. Elle habite chaque jour davantage ce rôle avec des moyens souvent insuffisants, mais un sens inégalé de l’engagement au bénéfice de la communauté. En particulier, le secteur privé africain doit appréhender et limiter les risques ainsi que saisir les opportunités liées à l’action climatique. Au Maroc, la CGEM que je préside est engagée dans ce sens en partenariat avec de nombreux patronats africains et à travers le monde. Il est évident qu’un tel engagement n’a pas vocation à se substituer aux engagements pris, notamment sur le plan financier, dans le cadre de l’accord de Paris et auparavant.

 

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