Economie

Gestion des migrations: Le Maroc inspire plusieurs pays

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5402 Le 30/11/2018 | Partager
La politique de régularisation des clandestins exposée au Forum mondial
Rabat mène une politique inclusive en direction des migrants et des MRE
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Pour Abdelkrim Benatiq, «une migration sûre, ordonnée et régulière procède d’une approche salutaire qui place la question des droits de l’homme au cœur du dispositif»  (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Quelle sera la valeur ajoutée du Pacte mondial de la migration qui sera signé à Marrakech après le Forum?

- Abdelkrim Benatiq: Le pacte mondial est le premier et l’unique instrument en matière de migrations internationales qui prend en compte tous les aspects du phénomène. Il reconnaît que la gestion de ces migrations est une responsabilité partagée par tous les pays et non pas uniquement les pays de destination des migrants. Ainsi, il fournit un schéma directeur sur la manière, dont les États peuvent mieux gérer les migrations et coopérer plus efficacement. Cela donne également aux États l’espace et la flexibilité nécessaires pour le faire sur la base de leurs propres réalités et capacités en la matière. Le pacte offre aussi une opportunité d’améliorer la gouvernance des migrations internationales et d’aborder non seulement les défis, mais également les bénéfices liés au phénomène. Le texte final reflète une approche ambitieuse qui consiste à ne pas se limiter au statu quo, mais plutôt d’envisager la politique et les pratiques qui pourraient évoluer dans les décennies à venir. Les 23 objectifs du pacte, les engagements et les mesures y afférents, proposent une approche à 360 degrés pour contribuer à des migrations sûres, ordonnées et régulières. Il s’agit d’œuvrer en faveur d’un monde dans lequel la migration serait un choix et non une nécessité absolue.

- L’idée en gestation actuellement accorde de l’importance à la migration qui doit être un phénomène humain et contrôlé. Qu’en pensez-vous?
- Une migration sûre, ordonnée et régulière procède d’une approche salutaire qui place la question des droits de l’homme au cœur du dispositif. Elle préserve la souveraineté des Etats en la matière afin de maximiser les effets de la migration sur les migrants et sur les Etats d’origine, de transit et d’accueil. L’enjeu d’une telle approche réside cependant dans le fait de pouvoir trouver un juste milieu pour que le phénomène migratoire soit à la fois fondé sur des bases éclairées, concertées entre les Etats. L’objectif est d’éviter les mesures de contrôle qui frisent la répression des migrants.

- Dans son volet humaniste, le Maroc a été précurseur à la logique du pacte migratoire mondial. Comment cela se décline-t-il concrètement?
- Etant un pays d’origine, de transit et de destination, le Maroc mène une politique inclusive à l’attention des migrants qu’il accueille et des MRE. À ce titre, l’élaboration de la stratégie nationale de l’immigration et d’asile et des projets de loi sur l’asile et la traite des humains ont marqué chez nous un tournant majeur dans l’approche des questions migratoires. L’approche humaniste se traduit par plusieurs initiatives. A titre d’exemple, les migrants ont accès à l’ensemble des services publics, des programmes nationaux d’assistance sociale et à tous les centres de l’entraide nationale. Pour favoriser leur intégration professionnelle, les migrants régularisés ont droit à la formation professionnelle. Ils peuvent bénéficier des services de recherche d’emploi, créer leur entreprise ou s’organiser en coopératives.

- Comment le Maroc peut-il participer à l’ancrage de cette nouvelle logique au niveau du continent africain?
- Lors de la 30e session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union Africaine, en janvier dernier, SM le Roi Mohammed VI, en sa qualité de leader sur les questions migratoires, a présenté l’Agenda africain sur la migration. Ce document recommande de mettre en place un observatoire africain des migrations. Cette proposition a rencontré un écho favorable au sein de l’UA. L’un des grands rôles du Maroc serait de contribuer vigoureusement à la création de cet observatoire qui, expressément, a été mentionné dans le pacte mondial comme organe régional d’implémentation.

- Quel rôle peut jouer le Royaume dans l’implémentation du nouveau pacte mondial?
- L’un des objectifs du pacte est relatif au renforcement de la coopération internationale et des partenariats mondiaux pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Dans ce cadre, le Maroc s’assurera qu’il y ait une bonne collaboration entre les Etats africains, aussi bien sur le plan régional que continental. C’est exactement sur ce point que l’observatoire jouera un rôle en matière de collecte, d’analyse et de gestion des données migratoires. Par ailleurs, la mise en œuvre du pacte appellera une action concertée et fondée sur la coopération non seulement des gouvernements, mais aussi des nombreux acteurs non gouvernementaux. Ces derniers ont un rôle fondamental à jouer en vue d’assurer une bonne gouvernance des migrations, notamment la société civile, les villes, le secteur privé, les syndicats, les milieux universitaires et les migrants eux-mêmes.

- Comment aider les pays d’origine dans le développement économique pour limiter les flux migratoires?
- Il est vrai que des millions de personnes quittent leur pays d’origine en raison de la pauvreté et du manque de perspectives d’emploi, tandis que d’autres sont forcées de le faire en raison de conflits ou de violences communautaires, de catastrophes naturelles ou des effets néfastes du changement climatique et de crises provoquées par l’homme. Bref, les réalités migratoires diffèrent d’un pays à l’autre. De ce fait, la mobilité des personnes, lorsqu’elle est sûre, ordonnée et régulière, ne devrait pas être empêchée. Mais plutôt, c’est contre la migration par nécessité qu’il est nécessaire de trouver des solutions.

Approche positive

La présidence conjointe du FMMD, confiée à l’Allemagne et au Maroc, est l’exemple le plus récent de l’approche positive. Elle s’est fixée pour priorités d’abord de mettre l’accent sur les liens entre le Forum, le Pacte mondial et le Programme 2030. Ensuite, d’analyser la contribution du Forum au dialogue mondial et à l’élaboration de politiques en matière de migration et de développement. Il est proposé qu’un examen décennal soit mené par un expert ou une agence externe. Le but est de mettre en évidence les succès et les défis rencontrés par le FMMD dans la prise en compte de la migration du point de vue du développement, note le ministre.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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