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Afrique/Europe: Le plaidoyer de Didier Reynders

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5401 Le 29/11/2018 | Partager
Les 2 continents ont «un impact mutuel et des intérêts communs» pour le ministre des Affaires étrangères belge
Nécessité de diversifier les domaines de partenariat, dans une approche globale
L’Afrique du Nord, chaînon manquant de l’intégration régionale en Afrique
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Pour Didier Reynders, vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères de Belgique, «Rabat et Bruxelles jouent un rôle majeur dans leurs continents». Aujourd’hui, il est important, selon lui, de passer à la vitesse supérieure, notamment en misant sur le potentiel économique et commercial, qui n’est pas encore totalement exploité (Ph. Bziouat)

C’est face à un amphithéâtre archicomble que Didier Reynders, vice-Premier ministre de Belgique, a plaidé en faveur d’une meilleure alliance euro-africaine. Le ministre des Affaires étrangères, en visite au Maroc dans le cadre d’une mission présidée par la princesse Astrid, a souligné que Rabat et Bruxelles «jouent un rôle majeur dans leurs continents».

Surtout que «l’Europe et l’Afrique ont un impact mutuel et des intérêts communs», a-t-il dit, face aux étudiants de l’Université internationale de Rabat (UIR). Migration, dossiers sécuritaires, relance de la croissance… autant de sujets qui taraudent les gouvernements des pays des deux côtés de la Méditerranée. Sur ce dossier, Reynders soutient la logique défendue par des dirigeants africains ou européens, dont le Roi Mohammed VI.

L’idée est que le continent «n’a pas besoin de charité, mais d’un vrai partenariat». Par exemple, l’Afrique a besoin de 3,4 à 5,5 milliards de dollars par an pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Actuellement, le montant mobilisé ne dépasse pas 1,4 milliard. C’est dans cette logique que l’Union européenne entend canaliser les financements vers l’Afrique, à travers un nouveau plan d’investissements, qui ambitionne de faire face à ce déficit.

Dans cette reconfiguration des relations avec les pays africains, l’une des priorités de la Belgique est de «diversifier les domaines de partenariat, dans le cadre d’une approche globale». L’objectif est de favoriser «une croissance inclusive, garantissant la prospérité et les droits des citoyens», a-t-il expliqué. Au-delà des stéréotypes sur les vagues de migration en provenance des pays subsahariens, l’Afrique reste «un continent de talents et d’opportunités».

Parallèlement, la Belgique veut se positionner sur de nouveaux domaines de partenariat. Cela devra favoriser le transfert du savoir-faire et le renforcement du respect de certaines normes. Avec le Maroc, certes les relations sont séculaires, mais le potentiel de coopération économique et commerciale n’est pas encore totalement exploité, selon le ministre belge. En 2017, le volume des échanges entre les deux pays a atteint 1,2 milliard d’euros.

Aujourd’hui, l’idée est de passer à la vitesse supérieure, notamment en s’ouvrant sur une large coopération avec les autres pays du continent. Mais cela requiert une série de prérequis. En tête, le renforcement de l’intégration régionale en Afrique. «Le Maroc a pris la mesure des enjeux de cette intégration», a estimé Reynders. Le retour à l’UA devra favoriser cette orientation. Idem pour l’accord de libre-échange, signé à Kigali, et que le Maroc souhaite intégrer.

Le vice-Premier ministre a salué la dynamique en cours en Afrique, basée sur le multilatéralisme. Néanmoins, «le chaînon manquant se trouve en Afrique du Nord». La paralysie de l’UMA et les positions rigides d’Alger, en dépit de la main tendue de Rabat, risquent d’entraver cette logique des regroupements régionaux.

Pour Didier Reynders, les pays de cette zone doivent initier une intégration sur la base de chantiers concrets, comme les infrastructures. Le ministre a dit espérer que la réunion prévue en décembre à Genève, sur le dossier du Sahara, permettra d’améliorer les relations et favoriser de nouvelles réunions au niveau de l’UMA. Surtout après l’appel royal à relancer le dialogue bilatéral avec l’Algérie.

Par ailleurs, la réussite des regroupements régionaux nécessite la consolidation de la coopération sur le plan des valeurs. «C’est le socle de la communauté européenne», a-t-il dit. L’idée est de préserver les valeurs fondatrices, à savoir la démocratie et la liberté. Par exemple, l’UE a lancé un mécanisme permettant d’échanger régulièrement des données sur l’Etat de droit dans les pays membres.

Flux migratoires

C'est l’un des principaux dossiers communs entre l’Europe et l’Afrique. C’est également l’une des principales sources de tension des deux côtés de la Méditerranée. Or, les flux migratoires, «nous ne pouvons pas les évacuer par une décision unilatérale, ni en fermant les frontières. Mais nous ne pouvons pas non plus fermer les yeux sur une migration incontrôlée», a expliqué Didier Reynders. D’où l’importance du Pacte mondial sur la migration, qui devra être bientôt signé à Marrakech. Pour le vice-Premier ministre belge, «c’est une avancée majeure». Le plus important, selon lui, c’est que «tous les Etats ont exprimé leur volonté de faire de la migration un phénomène humain, digne et contrôlé». Mais il a mis en garde contre «les fake-news qui circulent actuellement concernant ce document». 

M.A.M.

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