Competences & rh

Neurosciences: La mémoire démystifiée

Par Karim Agoumi | Edition N°:5399 Le 27/11/2018 | Partager
Le neuropsychologue de renom Francis Eustache invité par l'Ecole française internationale
Sémantique, épisodique, exécutive… Plusieurs types classés par fonction
Sport, interaction sociale, sommeil… Les clés pour la renforcer et améliorer l’apprentissage des élèves
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Francis Eustache est professeur et neuropsychologue. Egalement directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EHE) de Paris, il a publié de nombreux ouvrages sur la mémoire dont notamment «Ma mémoire et les autres» ou encore «Manuel de neuropsychologie» (Ph. FE)

Démystifier le fonctionnement de la mémoire chez l’enfant et révéler les dernières avancées des neurosciences. C’est dans cette optique que l’Ecole française internationale a récemment invité un professeur de renom, Francis Eustache, pour dévoiler aux parents les secrets d’une fonction capitale pour l’apprentissage scolaire ainsi que les différentes ficelles pour la développer.

Première observation notable, il n’existe pas une seule mais différentes mémoires dont chacune renvoie à une fonction bien particulière et est gérée par une région précise du cerveau. La plus commune, dite épisodique et gouvernée par l’hippocampe, renvoie aux souvenirs de la personne et à ses impressions ressenties à un moment précis de son passé.

A l’inverse, la sémantique, assurée par les lobes temporaux externes, permet à l’élève de classer ses connaissances générales sur le monde indépendamment de tout contexte spatio-temporel. Il peut s’agir de définitions de termes, de règles ou encore de concepts. Néanmoins, la mémoire ne se tourne pas uniquement vers le passé, que ce dernier soit éloigné ou proche. «Celle-ci se travaille aussi continuellement dans le présent», nous explique Eustache.

C’est notamment le rôle de la mémoire dite «de travail» qui traite sans interruption l’information et permet de la «ressortir» au moment voulu automatiquement. Elle comporte plusieurs grandes phases bien distinctes, parmi lesquelles l’encodage, le stockage et la récupération des «données».

Classer la mémoire peut aussi s’opérer par réseaux cérébraux, qui consiste selon l’expert en des assemblées de neurones spécialisées dans plusieurs domaines, parmi lesquels le langage ou encore la motricité. Ceux-ci s’activent lorsque l’individu exerce telle ou telle tâche. Le premier, baptisé «en partie commun», est tout d’abord rattaché à l’indicateur temps, permettant ainsi d’explorer des facettes de son passé ou encore de se projeter dans le futur.

Il permet également, via une navigation dite «spatiale», de se représenter le monde et de se l’imaginer dans son esprit. «Je ne connais pas très bien la ville de Casablanca mais je sais où se situe la vieille ville ou encore la grande mosquée. Des lieux que je géolocalise parfaitement dans ma tête», précise le spécialiste.

Le second réseau, quant à lui, consiste en une mémoire dite «de veille» qui se déclenche automatiquement. Il s’active lorsque l’enfant n’est pas en prise directe avec l’information. Le réseau de «mode par défaut» permet à la personne de se détacher de la situation présente et de fouiller dans sa mémoire pour retrouver l’information adéquate», confie le professeur.

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Les récentes avancées des neurosciences ont permis de révéler des détails inédits sur le fonctionnement de la mémoire chez l’enfant. Il en existe plusieurs types dont chacune renvoie à une fonction bien particulière et est gérée par une région précise du cerveau (Ph. Pixabay)

Pour développer la mémoire chez l’élève et augmenter ainsi sensiblement son attention, il est conseillé de pratiquer un sport, notamment l’aérobic. «Conserver une activité physique permet de stimuler l’hippocampe et donc de le préserver autant que possible», révèle l’expert. L’interaction sociale joue également un rôle clé pour  que l’enfant enregistre et se souvienne de ses expériences passées.

En effet, les échanges avec ses camarades facilitent le processus d’apprentissage et  forment ce qu’on appelle une mémoire «collective». Autre tuyau et non des moindres, favoriser l’apprentissage concret et non théorique. «Pour mieux marquer les esprits, les enseignants peuvent ponctuer leurs cours de cas pratiques qui soient piquants mais aussi intéressants à expérimenter», explique Eustache.

L’émotion ainsi que la verbalisation peuvent aussi s’avérer bien utiles pour accroître les chances de mémorisation d’un évènement. «La tristesse ou la joie véhiculées par une situation passée sont autant d’indices permettant de s’en souvenir par la suite», précise l’expert. L’on apprend également que fournir un ou plusieurs objectifs aux modules scolaires permet aux élèves d’anticiper et de visualiser, ce qui facilite grandement leur apprentissage et augmente leurs chances de réussir à l’école.

Les loisirs jouent aussi une fonction importante, permettant, par le fruit de rencontres de nouvelles personnes et d’exploration d’endroits, de nourrir davantage le contenu de la mémoire. Enfin, le sommeil est capital et influe directement sur la capacité à consolider les souvenirs. Pour cela, un adolescent doit dormir au moins huit heures complètes.

Une unité moderne spécialisée

Le neuropsychologue Francis Eustache dirige à Caen la seule unité de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) spécialisée dans l’étude de la mémoire humaine et de ses maladies. Un département novateur dans l’Hexagone puisque doté des dernières technologies en matière d’imagerie cérébrale et de neuropsychologie. Des moyens modernes permettant d’étudier en détail le vieillissement et le développement d’une fonction capitale pour l’organisme.

Karim AGOUMI

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