Chronique

Adhésion du Maroc à la Cedeao: Pourquoi, quand et comment?

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5398 Le 26/11/2018 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

Quinze pays membres, 350 millions d'habitants et un PIB de l'ordre de 700 milliards de dollars. C'est dire l'importance que représente aujourd'hui la Cedao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), qui a été au coeur des MEDays, organisés à Tanger au début du mois de novembre, particulièrement la demande d’adhésion du Maroc.

Après son retour à l’Union africaine en janvier 2017, le Royaume a présenté sa candidature dès le mois de février 2017. Les raisons sont multiples. Il revendique tout d’abord son identité africaine et ses liens historiques, humains et religieux avec les pays de l’Afrique de l’Ouest. Sur le plan géopolitique et alors que l’UMA (Union du Maghreb Arabe) est en panne, l’intégration du Maroc représentera en 2030 un ensemble qui comptera parmi les dix premiers de la planète.

En effet, à l’heure de la globalisation et de la consolidation des grandes puissances, tout pays de la taille du Maroc risque d’être marginalisé s’il ne s’intègre pas à un groupement géographique significatif. La Cedeao élargie au Maroc aura une plus grande attractivité sur le plan commercial et au niveau des investissements directs étrangers.

Le pays est déjà très présent en Afrique puisque ses exportations sur le continent ont atteint 22,1 milliards de dirhams en 2017, soit 9% des exportations totales, dont notamment vers le Sénégal, le Nigeria et la Côte d’Ivoire.

Le Maroc est devenu le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest qui représente 64,7% du total de ses investissements en Afrique. Les investissements marocains en Afrique de l’Ouest concernent plusieurs secteurs économiques: Agriculture, assurance, banque, cimenterie, eau et électricité, engrais, immobilier, mines, pharmacie, phosphates. Un grand projet de gazoduc est en projet qui reliera le Nigeria au Maroc, long de 4.000 kilomètres, qui traversera 12 pays de l’Afrique de l’Ouest, et dont le coût est estimé à 20 milliards de dollars.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao ont donné leur accord de principe à l’adhésion du Maroc lors du Sommet de Monrovia en juin 2017. Cependant lors du Sommet suivant en décembre 2017, ils ont mis en place un Comité de chefs d’Etat et de gouvernement composé du Togo, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée et Nigeria, pour «adopter les termes de référence et superviser l’étude approfondie des implications de l’adhésion du Maroc.

maroc_cedeao_098.jpg

Le positionnement commercial du Maroc au niveau de cette région est insuffisant. Le Maroc détient une part de marché importante au niveau de la Guinée (1,77%), du Mali (1,61%), du Sénégal (1,46%) et de la Guinée-Bissau (1,40%)

Avec cette décision, le processus d’adhésion du Maroc passe de la Commission de la Cedeao plus portée sur le plan bureaucratique et technique, à un niveau politique. Le Comité des cinq Etats doit notamment déterminer si la décision de l’adhésion du Maroc doit être prise à l’unanimité, par consensus, ou à la majorité des deux tiers des Etats membres.

Le rapport d’impact de l’adhésion du Maroc publié avant le Sommet de la Cedeao de d‡écembre 2017 avait relevé quelques freins. C’est ainsi qu’a été mentionné le conflit régional du Sahara qui «pourrait créer de profondes divisions». Ont été également mis en exergue les éléments commerciaux relatifs aux multiples accords commerciaux conclus par le Maroc, ainsi que des réticences des secteurs privés du Nigeria et du Sénégal.

Certes, l’adhésion du Maroc à un ensemble structuré comme la Cedeao n’est pas chose facile. Il faut ainsi rappeler l’acquis de la Communauté en matière de libre circulation des biens, des services et des personnes, ainsi que le tarif extérieur commun.

La Cedeao a également le projet d’une monnaie commune à l’horizon 2020. Le Maroc doit de son côté entreprendre une étude approfondie de l’impact de son adhésion. Afin de gagner du temps, j’ai proposé lors des MEDays de Tanger que le Maroc soit associé au Comité des cinq Etats. Cette suggestion a été bien accueillie par les participants y compris les représentants africains subsahariens. Cette suggestion permettra de passer en revue tous les aspects en vue d’une décision finale.

En conclusion, la demande d’adhésion du Maroc à la Cedeao est pleinement justifiée et apportera un avantage significatif aux deux parties. Il convient cependant de ne pas perdre de temps, et de commencer le plus rapidement possible les négociations afin de trouver les solutions adéquates aux problèmes inhérents à cette adhésion.

                                                                            

Des marchés à prendre et à développer

export-098.jpg

Créée par le traité de Lagos le 28 mai 1975, la Cedeao s’est donnée pour objectif principal de promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique de l’Afrique de l’Ouest. Elle regroupe 15 pays membres: Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.

Sur le plan des échanges commerciaux de la Communauté, ils ont représenté 1,1% du commerce mondial en 2016, mais seulement 10,6% des exportations et 7,8% des importations sont réalisées entre les pays membres de cette zone. En valeur, le commerce extérieur est passé de 45,3 milliards de dollars en 2000 à 144,4 milliards en 2016.

Les échanges avec le Maroc ont connu une tendance haussière au cours des dernières années. Ils ont atteint 10,3 milliards de DH en 2017 contre 1,5 milliard en 2000. Cette croissance reflète le dynamisme des exportations marocaines, qui sont passées de 2,8 milliards de DH en 2008 à 9,4 milliards en 2017.

logo_imri.jpg

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc