Economie

Finance islamique: La Place de Casablanca veut sa part du gâteau

Par Franck FAGNON | Edition N°:5398 Le 26/11/2018 | Partager
Au niveau mondial, la taille des actifs a atteint 2.200 milliards de dollars
Au Maroc, la finance participative pourrait représenter 5% des actifs bancaires à moyen terme
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Le Maroc est en train de construire doucement son écosystème de la finance islamique. L’émission de Sukuk du Trésor en octobre dernier est un pas important et aussi un signal pour les banques participatives pour se refinancer et soutenir leur activité

Ce qui n’était qu’un marché de niche à l’origine, pèse aujourd’hui plus de 2.200 milliards de dollars (données 2016). L’industrie mondiale de la finance islamique a vu sa taille multipliée par 4 sur les dix dernières années. Cette progression fulgurante - même si le secteur représente 2% des actifs du secteur bancaire mondial - animera encore les débats à la World Islamic Bank Conference qui se déroulera du 26 au 28 novembre au Bahreïn. Les autorités de Casablanca Finance City y présenteront une étude réalisée avec Thomson Reuters sur le potentiel et la croissance de la finance islamique en Afrique.

Le marché de la finance «halal» pèse 31 milliards de dollars (chiffres arrêtés à fin 2016), relèvent les auteurs de l’étude. Plus de 200 institutions dont 113 banques et 52 assureurs opèrent sur ce marché. Bien qu’elle ne s’adresse pas qu’à la clientèle de confession musulmane, il faut croire que les 480 millions de musulmans qui vivent en Afrique ouvrent de bonnes perspectives, surtout que la pénétration des banques conventionnelles reste faible dans plusieurs pays.

La finance islamique interdit la spéculation et prône le partage des risques. Elle peut à cet effet trouver écho auprès d’une population qui veut concilier consommation de produits financiers et convictions religieuses. Elle peut être aussi une source de financement compétitive pour les petites et moyennes entreprises, surtout que l’accès aux ressources de la finance conventionnelle est difficile pour beaucoup d’entre elles.

Si la taille de la population est théoriquement un atout, les expériences dans quelques pays africains ont démontré qu’elle n’est pas à elle seule un moteur.

L’activité connaît plus de succès en Afrique du Sud (2,6 milliards de dollars d’actifs islamiques) et au Kenya (416 millions de dollars), des pays dans lesquels la population musulmane est relativement faible qu’au Nigeria (255 millions de dollars) qui compte 80 millions de musulmans.

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Bien qu’elle ne s’adresse pas qu’aux musulmans, la finance participative dispose d’une bonne base pour se développer avec les 480 millions de musulmans africains. Encore faut-il créer un environnement favorable au développement des produits islamiques «halal». Ce qui semble plus fastidieux. Avec 31 milliards d’actifs, l’Afrique ne représente que 1,4% de l’industrie mondiale

Evidemment les paysages ne sont pas les mêmes tout comme le niveau de maturité de la régulation, du système bancaire et des clients. Ces derniers points sont essentiels pour assurer le développement de la finance conforme à la Charia. En même temps, il n’existe pas de modèle clés en main.

En Afrique du Sud où le marché de la finance islamique est le plus dynamique du continent, il n’existe pas une réglementation spécifique. Il n’existe pas non plus l’équivalent du Conseil supérieur des oulémas pour assurer la conformité de l’offre des banques. En revanche, chaque institution s’appuie sur des conseils internes ou des comités consultatifs pour garantir le respect de la Charia dans leurs opérations bancaires.

Lentement, le Maroc est en train de bâtir une industrie de la finance participative. Les aménagements introduits dans la loi bancaire ont constitué le vrai tournant pour un sujet considéré jusqu’alors comme tabou. Près de deux ans, après le déploiement des premières banques et fenêtres participatives, le secteur a distribué 2,2 milliards de DH de crédits.

L’émission d’un sukuk de 1 milliard de DH par le Trésor a ouvert la voie aux établissements pour en faire de même et soutenir la demande de la clientèle. Malgré les sondages plus favorables les uns que les autres, les différents acteurs sont loin d’être en terrain conquis. Ils devront faire leur preuve en développant une offre de proximité et compétitive. Sur un horizon de dix ans, l’industrie de la finance participative pourrait représenter 5% du total des actifs du secteur bancaire selon les estimations les plus sérieuses.

Casablanca Finance City offre une plateforme intéressante pour ériger le Maroc en tant que hub régional de la finance participative. Lorsque l’ensemble des briques de l’écosystème sera constitué, le Maroc espère capter plus de 7 milliards de dollars de flux en provenance des pays du Conseil de Coopération du Golfe et de la Malaisie. Cela générerait un revenu estimé à plus de 70 millions de dollars. Pour l’instant, tout cela relève des hypothèses.

F.Fa

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