Société

Les enfants, les laissés-pour-compte de la protection sociale

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5396 Le 22/11/2018 | Partager
Malgré le nombre important de programmes, l’efficacité n’est toujours pas au rendez-vous
Les jeunes diplômés faiblement couverts par les plans d’emplois nationaux
La création d’un système national de protection sociale intégré préconisée
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Le constat de l’Unicef est sans appel. «Une large tranche de la population reste exclue de la protection sociale du fait de la couverture limitée d’un bon nombre de programmes en dépit de leur diversité», en particulier chez les enfants dont la journée mondiale a été célébrée le 20 novembre.

Par enfant, il s’agit de la population âgée de 0 à 17 ans, dépassant les 11 millions de personnes. L’enfance est ainsi déclinée en plusieurs sous-groupes d’âge: «0-4 ans», «5-9 ans», «10-14 ans» et les «15-17 ans». Au total, l’enfance représente plus de 1/3 de la population du pays et vit à 57% en ville.

Plus de 4 enfants sur 10 résident dans le milieu rural. C’est probablement ce qui explique que la protection sociale n’atteint pas cette population. Et même lorsqu’elle l’atteint, «l’efficacité et l’efficience du système de protection sociale restent limitées». Plusieurs raisons à cela: il y a d’abord le manque d’intégration dans l’élaboration des politiques, puis au niveau programmatique avec un nombre pléthorique d’initiatives de protection sociale et enfin au niveau institutionnel.

«Avec environ 50 organismes intervenants dans la protection sociale donnant lieu à un environnement institutionnel complexe», relève l’Unicef dans son étude sur le maping de la protection sociale au Maroc. L’Unicef estime d’ailleurs que l’assurance sociale qui se caractérise par sa fragmentation en termes de prestation et d’administration est limitée au secteur formel.

Elle constate également que «les transferts monétaires directs pour la réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité restent rares et ciblés vers les enfants laissés à la seule charge de leur mère, critère excluant de facto les enfants pauvres et vulnérables, mais vivant avec leurs deux parents, et les orphelins des deux parents».

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Le programme de protection sociale au Maroc se compose d’un système de sécurité sociale qui est contributif (CMR, RCAR, CNSS, Cnops…), d’un système de protection sociale partiellement contributif (RAMED), et d’un autre non-contributif (Tayssir, Kafala, INDH, établissements de protection sociale pour les personnes en difficulté…)

Pire, «en dépit des améliorations notables, les programmes de création et de promotion de l’emploi ont une couverture limitée et couvrent insuffisamment les jeunes non diplômés, tandis que les programmes de création d’emploi directe de type THIMO ne ciblent pas toujours les communes les plus pauvres».

Ainsi les catégories les plus vulnérables sont la petite enfance, les enfants de moins de 18 ans hors système scolaire, les chômeurs, les travailleurs du secteur informel, les jeunes peu ou pas qualifiés, ou encore les personnes âgées sans historique de travail dans le secteur formel. Cela va sans dire mais tous les déficits de couverture dans l’urbain sont accentués en milieu rural.

L’organisme mondial de protection de l’enfant appelle, dans ces conditions, à une meilleure coordination entre intervenants sur le terrain et la recherche de synergies. C’est une condition sine qua non pour améliorer l’efficacité et la couverture des programmes.

L’Unicef propose «une approche holistique, centrée sur le ménage au lieu d’une approche par groupe vulnérable, ainsi que la mise en place d’outils opérationnels communs tels qu’un système de ciblage commun, un registre unique, et un système commun d’information et de gestion» pour réduire la fragmentation du système et ainsi améliorer l’allocation des ressources et réduire les erreurs d’inclusion et d’exclusion.

L’Unicef conseille, par conséquent, pour réduire fortement et durablement les disparités, «la construction d’un système national de protection sociale intégré couvrant toutes les couches de la population et capable de former les ressources humaines nécessaires au développement économique et social du pays».

M.A.B.

 

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