Competences & rh

Apprenez à manager «à la chinoise»

Par Karim Agoumi | Edition N°:5395 Le 19/11/2018 | Partager
La formatrice Danya Qing invitée par l’APD pour démystifier ce mode de gestion
Flexibilité, coopétition, flair, prise d’initiatives… Les préceptes inspirés d’une culture vieille de 5.000 ans
Un moyen de commercialiser des produits créatifs et de développer de nouveaux marchés
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Le management «à la chinoise», dont les codes diffèrent sensiblement de ceux des entreprises occidentales, est un mode de gestion inédit qui valorise l’ouverture d’esprit, la flexibilité, le flair et la coopétition (Ph. Pixabay)

En l’espace de trente ans, la Chine  a connu un développement spectaculaire, au point de devenir la seconde puissance économique mondiale. Une avancée étonnante qui doit beaucoup au management particulier de ses entreprises, dont les valeurs diffèrent sensiblement du modèle occidental «classique».

Récemment invitée par l’APD (Association pour le progrès des dirigeants) à Casablanca, la formatrice et consultante chinoise Danya Qing a démystifié ce mode de gestion inédit. Petit tour d’horizon.

Ce management s’inspire en grande partie de la culture atypique des habitants de l’Empire du milieu, dont les prémices remontent à plus de 5.000 ans. Première observation notable, les Chinois ne fonctionnent pas suivant la logique cartésienne que l’on connaît tous mais font plutôt confiance à leur bon sens. Agiles d’esprit en permanence, ils ne bâtissent pas de modèle avant d’agir mais flairent continuellement des opportunités à saisir.

Autre différence et non des moindres, leur capacité à s’ouvrir aux autres cultures et à embrasser leurs codes tout en percevant la diversité comme une richesse. Un comportement qu’ils ont développé au cours du régime colonial occidental qui a régné sur le pays de 1840 à 1949, et qui s’est accentué lors du déclic survenu dans les années 1980.

«Pendant longtemps, les Chinois se sont reposés sur leurs lauriers. Leur contact avec les peuples anglais, portugais et espagnols a changé la donne. C’est à partir de ce moment précis que la Chine a décidé de regarder vers une autre direction tout en gardant ses principes de base», confie la spécialiste. L’experte a également mis l’accent sur la discipline de ce peuple, réglé comme une montre suisse et qui ne laisse aucunement place au retard.

«Les Chinois agissent avec beaucoup de rigueur et font preuve d’une grande persévérance. Des valeurs qu’ils appliquent au bureau mais également pour leur propre hygiène de vie», explique Qing.

Enfin, le rapport avec l’autre est particulier au sein de cette société, que l’on qualifie d’apprenante. «Notre tradition nous pousse depuis toujours à évoluer en groupe et à s’enrichir continuellement des expériences de nos semblables tout en capitalisant sur les nôtres», explique la consultante.

Transposée au monde de l’entreprise, une telle culture donne lieu à des préceptes atypiques à mettre en place. Pour manager «à la chinoise», il est tout d’abord suggéré de prendre des initiatives et d’innover en continu. «Pour réussir selon cette pensée, il faut sortir des sentiers battus et devenir un marginal du système tout en surfant sur la vague», révèle Qing.

La formatrice a notamment illustré ses propos en donnant l’exemple de la holding spécialisée en services internet et mobiles Tencent, qui a engagé quatre équipes différentes pour lancer l’une de ses applications. Objectif: gagner en créativité et augmenter ses chances de succès sur le marché. Gérer une entreprise selon la pensée chinoise nécessite également pour ses dirigeants de faire preuve de beaucoup de flexibilité. Une façon de multiplier les opportunités et les occasions à saisir tout en augmentant sensiblement son réseau de contacts.

Ainsi, Didi, nouvelle entreprise chinoise, a su concurrencer le géant du VTC Uber en recrutant au sein de ses équipes des profils tout à fait différents mais complémentaires. Un tour de force reposant avant tout sur l’idée que la compétence peut parfois l’emporter sur le métier.

Autre précepte nouveau du côté de chez nous, la «coopétition» qui consiste à collaborer avec ses concurrents et à échanger avec ces derniers expertise, expérience et leçons apprises. Une vision collective qui fait partie de l’ADN de ce peuple depuis des millénaires.

Un modèle qui permet de détecter de nouveaux marchés précurseurs ou de développer des concepts jamais présentés jusque-là. Une philosophie particulièrement rentable que l’on pourrait tout simplement résumer par la citation «oser pour offrir du sang neuf».

Formatrice et consultante en management selon la pensée chinoise depuis sept ans, Danya Qing s’est également imprégnée de la culture occidentale en travaillant durant six années en tant que directrice d’import-export au sein d’une multinationale de produits de luxe basée à Paris. Une carrière cosmopolite qui lui a valu de lancer avec succès bon nombre de projets en Chine et en Europe.

Un concept risqué à appliquer

Le management chinois, de par son inventivité et son audace, stimule la créativité des troupes et permet aux dirigeants de mettre la main sur de nouvelles niches. Néanmoins, ce mode de gestion n’est pas suffisamment sécuritaire et peut faire preuve d’instabilité. Exploiter de nouvelles pistes comporte en effet une importante prise de risque et peut s’avérer déstabilisant pour les salariés, qui perdent considérablement en termes de repère. Pour éviter de commettre l’irréparable, l’experte en la matière Danya Qing conseille avant tout de se montrer intelligent en anticipant et en capitalisant sur ses acquis.

Karim AGOUMI

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