Economie

Le premier train à grande vitesse d’Afrique sur les rails!

Par L'Economiste | Edition N°:5392 Le 14/11/2018 | Partager
Le Souverain reçoit le président français Macron pour le coup d’envoi
Bientôt l’exploitation commerciale d’un projet qui déchaîne les passions
Casa-Tanger en 2h10, les effets positifs du train à grande vitesse
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Le TGV se prépare pour son premier voyage commercial au Maroc, accompagné par son lot d’attentes et d’espoirs. Ce projet permettra de rapprocher les villes de Casablanca et Tanger. La durée du trajet sera divisée par deux, passant de 4h45 à 2h10 à l’image du Bouraq, cette monture fantastique issue de la tradition musulmane et qui a inspiré le nom de la ligne à grande vitesse (LGV) marocaine. Rabat, la capitale administrative, sera elle aussi encore plus proche de Tanger à 1h 20, moins que la durée d’un match de foot.

Les retombées d’une telle réduction des temps de trajet impacteront de manière positive l’économie du pays en augmentant les flux entre la capitale économique, Casablanca, et la jeune métropole, Tanger. Un voyageur pourra, de la sorte, se rendre à Tanger ou Casablanca dans la journée, y passer la journée avant de retourner le soir, chose impossible auparavant,  sauf en prenant l’avion. Un avantage qui influera aussi le tourisme de la région car il permettra de vendre des packs avion+TGV pour atteindre des marchés non desservis directement par Tanger.

Le ferroviaire a l’avantage sur l’aérien de permettre une arrivée en plein centre-ville et non dans un aéroport décentré, obligeant à un trajet supplémentaire pour se rendre au centre-ville.
Mais c’est au niveau environnemental que les retombées seront les plus palpables. Le niveau des émissions de CO2 du rail représente seulement 0,47% des émissions globales de gaz à effet de serre du Maroc et 2,6% des émissions du secteur du transport pour une part de marché de 8,5%. Appliqué au passager par km, ce niveau est 7 fois inférieur à la voiture, 6 fois moins que l’autocar, 2 fois moins que le tramway et 25 fois moins que l’avion, un score qui sera encore amélioré avec la grande vitesse ferroviaire, promet l’ONCF.
Le TGV permettra aussi de drainer un trafic de 133 millions de passagers à terme au lieu des 52 millions prévus en 2035 dans le scénario du maintien de la vitesse conventionnelle. Ce trafic supplémentaire sera couplé aux autres moyens de transport traditionnels, surtout par voie routière. Par conséquent, le TGV devrait permettre de réduire de 550 décès et 6.000 blessés par an les victimes des accidents de la route. Un argumentaire ébranlé par le récent accident de train de Bouknadel qui a coûté la vie à 7 personnes en plus d’une centaine de blessés.

Le projet de TGV, ce concentré de technologies qui assoit le Maroc dans son siècle, a aussi soulevé une forte résistance chez certaines franges de la société civile dès son annonce, surtout à cause de son budget jugé faramineux. En effet, les 23 milliards de DH prévus pour son financement auraient pu construire des dizaines d’hôpitaux ou des milliers de classes d’école dont le Maroc a besoin. Une partie de ce budget aurait pu aussi financer la remise à neuf de l’actuelle flotte de trains conventionnels et l’extension du réseau.

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Le TGV, ce concentré de technologies qui assoit le Maroc dans son siècle, devrait avoir de nombreuses retombées positives. D’abord sur l’économie de la région, mais aussi sur les affaires et le tourisme en général. Même si le projet a été, et reste encore controversé, il permettra néanmoins de «contracter la route», et un Casablanca-Tanger s’effectuera en 2h10 mn...  (Ph. Bziouat)

■ Une tarification adaptée
Les billets du futur TGV marocain seront bien étudiés. L’ONCF a maintes fois rappelé que la tarification se basera sur le Yield management, les prix seront fixés suivant le modèle du transport aérien avec des fourchettes basses proches des niveaux actuels, à condition de réserver à l’avance.
L’objectif de l’ONCF est d’arriver à un taux de remplissage de 70% en vitesse de croisière avec un trafic de 6 millions de passagers par an. Les trains auront une fréquence d’un départ par heure dans les deux sens avec des trains transportant 532 passagers, le double en cas de périodes de grande affluence. A noter que les billets pourront être mis en vente six mois à l’avance.

■ Le viaduc El Hachef, un méga-ouvrage
Le viaduc El Hachef est l’un des ouvrages les plus spectaculaires du projet. Il s’agit du plus long viaduc de la ligne (3,5 km), probablement l’un des plus longs viaducs ferroviaires du continent. Il présente des caractéristiques techniques impressionnantes avec une structure en pilotis mise en place avec des techniques antisismiques pour permettre une traversée en toute sécurité des rames à grande vitesse.
L’investissement requis a été de 1,1 milliard de DH.  Il illustre, selon l’ONCF, l’ampleur de la composante génie civil du projet LGV avec 12 viaducs, 169 ponts-routes et ponts-rails et plus d’une centaine d’ouvrages hydrauliques dont une grande partie réalisée par des entreprises marocaines.

■ Essais et homologation
Le projet TGV a démarré la phase des essais en 2017. Ces derniers sont sanctionnés par une homologation de l’ensemble du système, rames motrices, wagons, réseau ferré et tout le reste de l’équipement d’appui. Dès février 2017, le premier palier de 160 km/h a été atteint. A la fin de l’été, les essais à vitesse commerciale, 320 km/h, ont commencé sur un tronçon du réseau pour ensuite pousser le champignon et atteindre les 350 km/h. Depuis, une rame complète assure un trajet tous les jours afin de vérifier que tout marche convenablement en prévision de l’exploitation commerciale qui devrait démarrer incessamment.

Réseaux TGV de par le monde

Chine: 19.000 km
France: 2.000 km
Maroc: 200 km

 

Historique

  • 2006: Lancement du schéma directeur de la ligne à grande vitesse au Maroc
  • 2007: Signature du premier protocole d’accord 2010: Signature du contrat définitif du projet
  • 2010: Commande des rames le 10 décembre au fournisseur Alstom
  • 2011: Coup d’envoi des travaux d’infrastructure
  • 2016: Arrivée des premières rames par voie maritime
  • 2017: Démarrage des tests à vitesse commerciale
  • 2018: Homologation

Ali ABJIOU

                                                                                  

Une gare nouvelle génération pour Tanger

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La gare de Tanger qui avait été inaugurée en 2010 a connu un profond remaniement depuis quelques années afin de la préparer à l’arrivée de la LGV. Les travaux qui sont arrivés à leur fin visent à lui adjoindre en effet une partie dédiée aux taxis et bus urbains afin de pouvoir profiter de l’effet TGV.

La mise à niveau de cette gare a nécessité un investissement de 360 millions de DH. Elle est érigée sur une superficie couverte de 10.500 m2 comportant des espaces de circulation voyageurs, des guichets, des salles d’embarquement dont une dédiée au Bouraq, des commerces en plus de 77.000 m2 d’aménagement extérieur.

Un autre des joyaux de la LGV à Tanger est l’Atelier de maintenance des trains à grande vitesse, inauguré en septembre 2015. Il est destiné à répondre aux besoins de maintenance préventive et curative des trains à grande vitesse. Il a déjà permis, dans un premier temps, de réaliser le remontage des éléments de trains à leur réception. Il est dimensionné pour un parc de 30 trains à grande vitesse, avec une superficie de 14 hectares dont 20.000 m² de bâtiments couverts. L’investissement a été de 640 millions de DH.
A.A.

                                                                                  

La gare LGV de Rabat Agdal prend forme

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Depuis quelques semaines, c'est un ballet incessant des équipes de différentes entreprises qui fignolent les travaux de finition à l’intérieur et à l'extérieur de la gare LGV de Rabat-. Rappelons que cette dernière s’inscrit dans le cadre du projet concernant la mise en service de la première ligne à grande vitesse au Maroc reliant Tanger à Casablanca. Le budget prévu pour la réalisation de cette gare avoisine les 600 millions de DH.

D’une superficie totale de 23.000 m2, le bâtiment va permettre d’accueillir environ 30 millions de passagers par an contre 7 millions actuellement. Cette gare dernière génération donnera une nouvelle dynamique à la zone. Sur l’avenue Hassan II, juste en face, une palissade annonce déjà un projet résidentiel d’envergure composé de plusieurs immeubles, un centre commercial et un hôtel.

La conception de la nouvelle gare avec deux accès va permettre de connecter les deux rives du site à savoir la rive nord (quartier Akkari et la corniche de Rabat) et celle du sud donnant sur le quartier d’Agdal. En plus de ce bâtiment, Rabat-Salé-Kénitra abrite 2 autres gares LGV dont les travaux sont en cours. Il s’agit de Rabat Ville et Kénitra. Leur capacité d’accueil avoisine 45 millions de voyageurs/an. Le budget prévu pour la réalisation de la gare de Rabat ville s’élève à 450 millions de DH. A signaler, la fin des travaux du parking sous terrain jouxtant la gare Rabat-ville et dont la gestion sera assurée par une SDL créée par la commune de Rabat et l’ONCF.

N.E.A.

 

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