Economie

Le numérique, pour relancer l’économie de la région Mena

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5388 Le 08/11/2018 | Partager
Les recommandations du dernier rapport de la Banque mondiale
Internet haut débit, formation, innovation, paiement digital….les ingrédients
Comment le Maroc peut s’inscrire dans cette dynamique

Le numérique est l'opportunité pour les pays de la région Mena d'inscrire leur économie dans une croissance forte et soutenue. C’est le message clé d’un récent rapport publié par le Groupe de la Banque mondiale (BM) et présenté lundi dernier à Rabat.

Il s’agit d’un rapport semestriel de suivi de la situation économique dans la région Mena dont la thématique porte sur le rôle des nouvelles technologies comme levier de croissance et création d’emploi. Ce document expose les principes d’une nouvelle économie numérique pour la région basée notamment sur l’innovation et l’esprit d’entreprise.

Pourquoi le numérique comme vecteur de croissance pour la région Mena? La première intervention d'Emmanuel Pinto Moreia, Economiste principal à la BM pour le Maghreb fait le point. Le modèle actuel de ces pays ne permet pas, pour l'heure, de relancer leur économie en réalisant une croissance forte et soutenue comme cela est le cas de pays émergents tels que les BRIC's…. Ce qui engendre un réel handicap pour la majorité des pays de la région qui ont du mal à s'extirper du piège du revenu intermédiaire.

Le Maroc est également concerné, en dépit des efforts réalisés en matière d’investissements publics dans les secteurs économiques et sociaux. Un taux de croissance de l’économie de l’ordre de 3% reste insuffisant pour permettre au Maroc d’accéder au statut des pays à revenu élevé et de relever un certain nombre de défis dont particulièrement l’emploi des jeunes diplômés.

Les pays de la région Mena ne peuvent pas compter sur leurs exportations traditionnelles de produits manufacturés pour maintenir leur trajectoire de croissance, rappelle le rapport de la BM. Les enquêteurs recommandent vivement de «faire émerger une économie numérique plus sophistiquée en profitant du vivier de la main d’œuvre, jeune et instruite».

Certes, une grande partie des jeunes de ces pays utilisent l’internet, mais pour accéder aux réseaux sociaux et non pour entreprendre en créant de la richesse et de l’emploi au profit des autres. Comment développer cette nouvelle économie numérique? C'est ce qu'a tenté d'expliquer  Rabah Arezki, Economiste en chef à la BM pour la région Mena.

Avec un internet haut débit et des moyens de paiement digitaux efficaces les jeunes talents marocains peuvent développer un marché de commerce beaucoup plus large qu’un marché fragmenté comme cela est le cas actuellement, souligne l'économiste. Et d’ajouter, une économie connectée offre plus d’opportunités pour les marocains de commercer entre eux avant de se projeter à l’international.

Cela va se traduire positivement sur le marché de l’emploi au Maroc notamment au profit des diplômés qui peuvent créer et développer des plateformes digitales dédiées au commerce des biens et services. Mais pour ce faire, le rapport de la BM a fixé deux objectifs audacieux à réaliser par les gouvernements des pays de la région Mena dans un délai ne dépassant pas 4 ans. Il faut développer un réseau d’internet haut débit qui couvre tous les pays y compris le monde rural. De même pour une infrastructure dédiée au transfert d’argent grâce à internet et aux appareils mobiles.

Signalons par ailleurs que le Maroc et le Groupe de la BM préparent un nouveau cadre de partenariat portant sur la période 2019-2024. Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations pour le Maghreb et Malte à la BM, en rappelle les principaux objectifs. Le premier porte sur la promotion de la création d’emplois et de la croissance du secteur privé. A cela s’ajoute la transformation du capital humain et la promotion d’un aménagement du territoire résilient et profitant à tous.

Il faut d'abord éradiquer l'analphabétisme...

Certes, le numérique présente des opportunités, mais le développement de l’industrie avec une formation de qualité restent les vrais leviers pour l’émergence de l’économie marocaine. Un point de vue rappelé, lors du débat, par certains intervenants. Sans oublier la valorisation de la méritocratie pour accéder à l’emploi. La majorité des marocains lauréats des grandes écoles étrangères ne rentrent pas au pays, regrettent des professeurs invités au débat. «Une économie numérique ne va-t-elle pas renforcer davantage les fractures sociales au sein d’une société où le problème de l’analphabétisme est encore posé», s’interroge un autre professeur.
Des préoccupations fort à propos auxquels les experts de la BM trouvent la parade. De manière générale, les nouvelles technologies favorisent l’amélioration de la productivité dans les secteurs traditionnels comme l’industrie, le transport, le tourisme et l’agriculture. «La digitalisation est un outil qui permettra à l’Etat de fournir ses services à l’ensemble des régions du pays même les plus reculées et à moindre coût», ajoute Arezki.

Noureddine EL AISSI

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