Analyse

Discours de la Marche verte: Alger mise face à ses responsabilités

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5388 Le 08/11/2018 | Partager
Le Roi lance un énième appel pour en finir avec la division du Maghreb
Un mécanisme politique pour aplanir les différends
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Le Roi a insisté sur l’importance de dépasser les divisions actuelles entre les pays de la région. «L’intérêt de nos peuples réside dans leur unité, leur complémentarité, leur intégration, et nul besoin qu’une tierce partie joue, entre nous, les médiateurs» (Ph. MAP)

Historique. C’est le moins que l’on puisse dire du discours royal à l’occasion de la célébration de la marche verte. Le Roi a lancé un appel franc à l’Algérie pour construire un avenir commun, en conformité avec «l’idéal unitaire maghrébin». L’idée est d’en finir avec la logique de la division et de la discorde.

Aujourd’hui, «les relations entre les deux pays échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable», selon le Souverain. Surtout que l’intérêt des deux peuples «réside dans leur unité, leur complémentarité et leur intégration». Selon plusieurs rapports internationaux, le coût du non-Maghreb est estimé entre 2 à 3% de perte du PIB de chaque pays.

Contrairement aux clichés, le Maghreb n’est pas une région vouée au fatalisme de la division. C’est dans ce sens que l’appel royal vise à normaliser les relations entre les deux pays. «Je déclare la disposition du Maroc au dialogue direct et franc avec l’Algérie, afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement de nos relations», a souligné le Souverain.

Ce n’est pas la 1re fois que Rabat tend la main au voisin de l’Est. De multiples appels à la réouverture des frontières ont été lancés par le Souverain durant les dernières années.

En face, Alger continue de camper sur ses positions. Contrairement au statu quo des voisins, le Maroc prend une nouvelle fois l’initiative de proposer de nouvelles mesures pour aller de l’avant. Le Souverain a plaidé en faveur de la «création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation».

La réaction d’Alger sera déterminante pour faire aboutir cette démarche, notamment en permettant la définition du niveau de représentation au sein de cette structure, son format et sa nature. Le Maroc fait aussi preuve de bonne foi, en restant «ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie pour désamorcer le blocage».

Pour l’instant, c’est encore silence-radio du côté d’Alger. Pourtant, le nouveau mécanisme politique proposé par le Roi permettra de dépasser la situation actuelle. L’idée est de profiter des différentes opportunités qu’offre le Maghreb en tant qu’espace de complémentarité. Aujourd’hui, le manque à gagner est énorme. D’où l’importance d’accorder les violons au niveau régional. Sur ce point, le nouveau mécanisme pourra «constituer le cadre pratique d’une coopération centrée sur les différentes questions bilatérales, notamment celle qui a trait à la valorisation des opportunités et des potentiels de développement».

Cela devra également favoriser une meilleure collaboration entre les deux pays sur des questions stratégiques, comme la lutte contre le terrorisme et la gestion de la question migratoire. Dans cette nouvelle dynamique initiée par le Maroc, la ligne directrice est «la clarté et l’ambition», comme cela a été précisé dans le discours royal.

Le processus de rapprochement devra se faire «dans un total respect des institutions nationales» en Algérie. L’appel royal intervient à quelques mois des prochaines élections présidentielles, prévues en 2019. Abdelaziz Bouteflika, affaibli par la maladie, est annoncé candidat pour briguer un nouveau mandat à la tête du pays.

La prochaine réunion, prévue à Genève en décembre prochain, devra constituer un premier test du nouveau virage des relations entre le Maroc et l’Algérie. Dans cette dynamique, Rabat semble pousser vers une normalisation des relations avec ses voisins. Cela concerne notamment la Mauritanie, avec laquelle les relations avaient pris un coup de froid durant les dernières années.

La semaine dernière, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, s’est rendu à Nouakchott, porteur d’un message du Souverain au président mauritanien. A l’issue de cette visite, il avait déclaré que «des changements importants auront lieu à l’avenir dans le cadre de cette dynamique».

Quel impact sur le Sahara

La normalisation des relations avec l’Algérie devra certainement donner un coup de fouet au processus de résolution de l’affaire du Sahara. La prochaine réunion, prévue à Genève les 5 et 6 décembre prochain, sera décisive. Surtout que l’Algérie a été mise face à ses responsabilités, via la résolution 2440 du Conseil de sécurité. Elle a été appelée à «participer sans préconditions et de bonne foi». D’autant qu’elle a «une responsabilité politique, historique et juridique dans le différend», comme l’a indiqué le ministre des Affaires étrangères. Pour lui, la dernière résolution a mis les points sur les «i», en «déterminant clairement les responsabilités des acteurs du différend régional autour du Sahara». Au niveau africain, Rabat a réussi à en finir avec les manœuvres visant l’implication de l’UA dans ce différend. Le Souverain a mis l’accent, dans le discours de la Marche verte, sur les résolutions du dernier Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, «en accord avec les positions et les principes pertinents».

M.A.M.

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