Competences & rh

Employabilité: «Une responsabilité directe des employeurs»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5387 Le 07/11/2018 | Partager
Les patrons doivent prendre des engagements de formation secteur par secteur
Des programmes étatiques pour les profils les moins qualifiés et les Neet
Le système allemand, la clé de la réussite!
myriam_el_khomri_087.jpg

Myriam El Khomri, ex ministre française du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social: «Les branches professionnelles ont la responsabilité d’organiser cette notion d’employabilité, et de valoriser les compétences acquises en situation de travail» (Ph. F. Al Nasser)

Les employeurs ne peuvent plus se défaire de leur responsabilité vis-à-vis de leur capital humain. Surtout dans un contexte où le marché du travail est en pleine mutation, et où la notion même d’employabilité ne cesse d’évoluer, selon l’ancienne ministre du Travail française, Myriam El Khomri. Elle intervenait jeudi dernier à la CGEM, à l’occasion de la plénière de la commission Talents, Formation et employabilité.

«Les employeurs doivent prendre des engagements de formation et  d’embauche d’apprentis, secteur par secteur», estime El Khomri. L’ancienne ministre interpelle la responsabilité directe des branches sectorielles, car ce sont elles qui peuvent le mieux apprécier et préciser les besoins en métiers et compétences. D’autant que cet engagement social va dans le sens de leur performance économique.

Du côté du patronat marocain, la prise de conscience est là. Du moins, chez les grands groupes. Mais il leur manque les outils. L’observatoire des branches de la CGEM peine à démarrer, celui du ministère du Travail est peu actif, le mécanisme de financement de la formation continue, géré par l’Ofppt, est toujours bloqué, et il n’existe que peu d’interactions entre les acteurs impliqués dans la question de l’emploi. 

En France, où l’employabilité est également posée comme un défi majeur, les employeurs ont pris le taureau par les cornes. «Nous avons chaque année 850.000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail, tandis que 700.000 partent à la retraite. L’économie doit donc créer 150.000 postes annuellement», précise El Khomri. «Et sur les 3,5 millions de chômeurs que nous comptons, 2 millions ont un niveau inférieur au bac, et sont donc exposés au risque de précarité», poursuit-elle.

Dans l’automobile par exemple, des entreprises proposant des plans de formation, comme PSA, peuvent délivrer des certificats attestant des compétences acquises par leurs salariés. Ces certificats sont reconnus par les autres groupes du secteur. Ils attestent ainsi de la «portabilité» des compétences et représentent une sécurité supplémentaire pour les employés.

Par ailleurs, patrons et syndicats conjuguent leurs efforts pour améliorer les potentialités des chômeurs. Ce fut le cas avec le certificat CLÉA, de connaissances et de compétences professionnelles, dédié aux sans emploi justifiant d’un niveau inférieur au bac, au chômage depuis plus de deux ans. Le programme, destiné à doter cette catégorie d’un socle de base de compétences, a permis un taux d’insertion de 54%, selon El Khomri.

L’ancienne ministre a elle-même défendu plusieurs programmes, dont celui du compte personnel de formation. «Tous les actifs disposent d’un sac à dos de droits, avec un stock de 400 heures de formation, qu’ils peuvent utiliser à n’importe quel moment de leur carrière», explique-t-elle.

Ou encore, la Garantie jeunes, ciblant les Neet, ces jeunes échappant à tous les radars, ni à l’école, ni en stage, ni en emploi. Cette tranche de 18-25 ans, en s’adressant aux missions locales, peuvent bénéficier d’un accompagnement vers le marché du travail ou la formation. Intégrés dans des groupes de quinze participants, ils bénéficient pendant six semaines du soutien de deux coachs, dont des chefs d’entreprise à la retraite, ainsi que d’une allocation.

A la fin du parcours, ils sont assistés jusqu’à leur insertion professionnelle. Le programme est financé par l’Etat français, ainsi que par l’Union européenne.

Au Maroc, les Neet représentent une population impressionnante de 2,7 millions de 15-29 ans, mais qui reste livrée à son sort. Seules quelques ONG leur viennent en aide.

Le système français n’est, cependant, pas parfait. Pour El Khomri, la clé de la réussite, c’est «l’apprentissage à l’allemande». C’est-à-dire, la formation par alternance entre écoles et entreprises, ouverte jusqu’au bac+5, et permettant à 7 lauréats sur 10 de s’insérer en milieu professionnel à l’issue de leur cursus. Au Maroc, ce système peine toujours à se développer, faute d’implication des entreprises.

Coup de pouce légal

L’Etat peut aussi imposer des mesures en faveur de l’employabilité. En France, les entreprises assujetties à la taxe d’apprentissage, employant plus de 250 salariés, sont contraintes d’intégrer un quota d’apprentis de 4%. Celles qui s’en dérobent se voient imposer une pénalité, tandis que les bons élèves, allant au-delà de ce quota, peuvent prétendre à des aides financières.
En outre, les sociétés de plus de 300 employés doivent s’engager en matière de Gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC), afin d’anticiper les évolutions économiques et technologiques, et d’adapter les compétences de leurs salariés en conséquence.

Ahlam NAZIH  
 

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc