Analyse

Petite agriculture: Les exploitants n’ont pas les armes pour s’adapter

Par Joséphine ADAM | Edition N°:5387 Le 07/11/2018 | Partager
Précipitations, surexploitation des ressources naturelles, sécheresse... les contraintes climatiques augmentent
Jusqu’à 2 °C de réchauffement prévus à Zagora, Khénifra, Tata ou Azilal
Pauvreté, enclavement, analphabétisme… grippent aussi la machine
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Trois cartes d’occupation du sol des années 1996, 2006 et 2016 ont été superposées pour noter les changements dans toute la zone étudiée. A Oujda, les terrains de culture augmentent, tout comme l’arboriculture fruitière, empiétant sur la forêt et la zone de parcours. Dans le Haouz, les principales classes d’occupation des sols gardent sensiblement les mêmes valeurs sur ces 20 dernières années. Si, à Figuig, le pourcentage de terrains non cultivés est passé de 58% en 1996 à 68% en 2016, la zone de parcours a elle baissé de 10 points en 20 ans. Enfin, à Khénifra, il est à noter une régression de la proportion des terrains de culture et de l’arboriculture fruitière

Si les stratégies s'enchaînent, la capacité d’adaptation au changement climatique pour la petite agriculture s’avère modérée, voire faible. L’étude, signée par l’Agence pour le développement agricole (ADA), qui couvre les zones allant d’Oujda à Tata, cherche ainsi à identifier les contraintes imposées aux petits exploitants par la diminution des précipitations, l’augmentation des températures ou une sécheresse qui pourrait menacer plus de 70% de ce territoire.

Les cartographies de vulnérabilité font ressortir un profil hétérogène en grande partie à forte vulnérabilité avec des inégalités importantes entre les zones de montagne, de plaine ou oasiennes. En cause, les effets conjoints de la sécheresse, de l’érosivité hydrique et des capacités d’adaptation limitées.

En raison de la pauvreté, de l’enclavement ou de l’analphabétisme, les petits agriculteurs ont en effet un accès très limité aux connaissances des risques et aux prévisions météorologiques. L’absence d’une structure de coordination fonctionnelle aux niveaux provincial et communal fragilise les capacités de prévention des risques et de gestion des catastrophes lors d’événements extrêmes.

Occupation du sol: Trois cartes d’occupation du sol des années 1996, 2006 et 2016 ont été superposées. Premier constat: les terrains de culture se sont multipliés les 10 premières années de la période arrêtée. La croissance démographique ayant engendré plus de besoins.

Mais cette augmentation s’est faite au détriment notamment des zones de parcours et des forêts qui ont diminué au cours de cette première décennie, en raison de la sécheresse et de la surexploitation des ressources naturelles. Entre 2006 et 2016, ces zones de parcours et de forêts s’étendent à nouveau sur des terrains non cultivés. Une période qui enregistre une tendance générale à l’augmentation de l’arboriculture fruitière.

Chaleur et précipitations: Après le diagnostic des séries chronologiques des précipitations observées entre 1995 et 2016, les résultats ont été comparés à celles projetées à l’horizon 2050. Globalement, les précipitations diminuent progressivement selon un gradient ouest-est.

Les zones dont la pluviométrie est inférieure à 200 mm dominent. Du côté de la température annuelle moyenne, entre la période de référence et 2050, l’augmentation est de l’ordre de 0,5 °C vers Al Haouz, de 1 °C dans les autres zones, jusqu’à 2 °C possibles dans des provinces comme Zagora, Khénifra, Tata ou Azilal.   

Sécheresse: Si l’exposition à la sécheresse est plus prononcée à l’est de la zone d’étude qu’à l’ouest, 40% de la superficie totale est exposée à une sécheresse très élevée contre 10% pour la sécheresse faible et très faible. A l’horizon 2050, elle pourrait menacer plus de 70% de ce territoire. Les provinces qui présentent une sensibilité très élevée étant Figuig, Midelt, Taourirt et Al Haouz.

Quelques outils

■ MIEUX conseiller les agriculteurs sur les questions liées au climat afin qu’ils aient tous les choix en main pour s’adapter. La question du changement climatique (CC) doit être inclue dans les systèmes de formation des jeunes travailleurs agricoles.
■ Renforcer les axes recherche/développement et s’orienter vers des exercices d’intégration de l’adaptation au CC dans les projets de développement agricole.
■ Mettre en place des systèmes d’alerte aux événements climatiques extrêmes.
■ Développer un système d’assurance agricole, et notamment des assurances basées sur des indices météorologiques.
■ Introduire des cultures de couverture pour favoriser la rétention du sol et de l’eau et améliorer la teneur en matière organique ainsi que la productivité.

Joséphine ADAMS

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