Economie

Un plan de sauvetage pour les pharmaciens

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5385 Le 02/11/2018 | Partager
Plus de ¼ des officines sont en difficulté financière
L’absence d’un régime fiscal dédié pénaliserait la profession
Le Syndicat du Grand Casablanca mandate un cabinet
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Le décret sur les médicaments fixe à 300 et 400 DH la marge forfaitaire sur les produits coûteux. Les pharmaciens boudent ces médicaments en raison de leur impact sur le chiffre d’affaires pour une faible marge bénéficiaire

Les temps sont durs pour les pharmaciens. Sur les 11.000 officines que compte le pays, 3.000 seraient en difficulté. Mais les officinaux sont obligés de continuer d’exercer. Ils sont en quelque sorte prisonniers de leur business.

En effet, en cas de cession, ils seraient taxés à 38%. Ce qui ne leur laisserait pas assez de ressources pour rouvrir ailleurs ou se reconvertir dans une autre activité. Le cadre fiscal n’est pas la seule contrainte à laquelle les pharmaciens doivent faire face.

Pour brosser la cartographie, le Syndicat des pharmaciens d’officine du Grand Casablanca s’est fait conseiller par le cabinet SFM,  dirigé par Abdelkader Boukhris, ancien président de la Commission fiscalité de la CGEM. Un travail qui consiste à conceptualiser les attentes des professionnels par rapport au projet de loi de finances et à la réglementation de leur métier.

Il y a cinq ans, le gouvernement avait adopté un décret sur la baisse des prix de plus de 2.500 médicaments et la définition d’une nouvelle marge bénéficiaire des pharmaciens. «Le deal que nous avions passé avec l’ancien ministre de la Santé était de baisser le prix des médicaments coûteux et de relever celui des produits dont le prix est largement inférieur à celui en vigueur dans les pays du benchmark. Or, cet engagement n’a toujours pas été concrétisé», rappelle Oualid Amri, président du Syndicat des pharmaciens du Grand Casablanca et vice-président de la Fédération nationale des syndicats de pharmaciens du Maroc.

L’accord prévoyait la fixation d’une marge de 57% et 47% sur les médicaments dont les prix sont inférieurs à 588 DH. Et au-delà, les pharmaciens bénéficient d’un forfait de 300 DH ou 400 DH selon la tranche de prix. Ainsi, pour un médicament de traitement du cancer à 15.000 DH, la marge est de 400 DH. Du coup, pour trouver ce produit, il faut parfois faire le tour de plusieurs pharmacies. La majorité refuse de les vendre parce qu’ils contribuent à «gonfler» artificiellement leur chiffre d’affaires et d’être pénalisées fiscalement.

En effet, même s’ils sont déficitaires, les pharmaciens devront payer une cotisation minimale de 0,50% (0,75% dans le projet de loi de finances) sur leur chiffre d’affaires. Ce qui les pousse à éviter de commercialiser les médicaments les plus onéreux. Les pharmaciens souhaitent que le chiffre d’affaires relatif aux médicaments chers soit exonéré pour le calcul de la cotisation minimale.

La baisse des prix ne s’est pas traduite par un accroissement du marché privé des médicaments qui stagne autour de 11 milliards de DH. Soit le même niveau que la Jordanie avec une population de 6 millions d’habitants. Le chiffre d’affaires des pharmaciens n’évolue pas. Il est évalué à 1 million de DH par officine. Mais les disparités sont criantes. Dans certains cas, le revenu net mensuel ne dépasse pas 4.000 DH par mois.

Des centaines d’opérateurs, particulièrement ceux âgés de 65 ans et plus, situés dans des secteurs peu achalandés ou souhaitant déménager, se retirer ou se reconvertir dans une autre activité. Pour ne pas être pénalisés et permettre à des jeunes de prendre la relève, les pharmaciens proposent une fiscalité dédiée. L’on estime à plus de 2.000 les pharmaciens âgés de 65 ans et plus. Ainsi, en cas de cession suivie d’une réinstallation, il est proposé que la plus-value soit défiscalisée à condition d’exploiter une nouvelle officine au moins cinq ans et de réinvestir le produit de la cession dans un délai de deux ans suivant la date de clôture de l’exercice.

Dans le cas d’une cession pour départ à la retraite, les pharmaciens proposent un abattement de 70% sur la plus-value réalisée avant calcul de l’impôt. «Cette proposition est justifiée par le fait que les pharmaciens n’ont aucune retraite ni assurance maladie et que le produit de la vente leur servira à subvenir  à leurs besoins», explique Amri. Par ailleurs, les pharmaciens ne peuvent déduire les cotisations aux plans de retraite que dans la limite de 10% de leur revenu imposable.

Le secteur des médicaments au Maroc traîne une particularité unique dans la région Mena en ce sens que ces produits sont soumis à une TVA de 7%. Ce qui reviendrait à taxer la maladie et renchérir les soins. Dans le même temps, quelques médicaments destinés aux maladies chroniques (cancer, hépatite, sida…) sont exonérés tandis que les produits de parapharmacie sont soumis à une taxe de 20%. Une divergence de taux qui rend particulièrement laborieuse la comptabilité. Par conséquent, les pharmaciens souhaitent être exclus du champ d’application de la TVA quelle que soit le niveau de leur chiffre d’affaires.

Un droit de substitution de fait

Les difficultés d’accès aux soins -en raison de la faiblesse du pouvoir d’achat et parce qu’il faut d’abord payer ses médicaments avant de se faire rembourser- poussent parfois le patient à demander une prescription au pharmacien. C’est un droit de substitution de fait, surtout dans des zones rurales où il n’y a pas de médecins ni de centres de soins. Et ce n’est pas de la faute des pharmaciens, qui proposent que ce service soit payé par les caisses d’assurance. «Nous assurons le suivi de l’observance du patient pour lui permettre de prendre correctement ses médicaments. Ce qui évite une aggravation de leur cas. Le conseil doit donc être rémunéré comme dans n’importe quelle autre activité», précise Oualid Amri, président du Syndicat des pharmaciens du Grand Casablanca.

Hassan EL ARIF

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