Economie

Pourquoi les Marocains épargnent peu

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5384 Le 01/11/2018 | Partager
Chômage, faibles revenus et absence d’éducation financière, les principaux obstacles
Le taux d’épargne stagne à 28% du PIB
Importance de nouveaux produits pour canaliser l’épargne pour le financement de l’économie
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Les intervenants lors de cette conférence (Abdellatif Zaghnoun DG de la CDG à gauche, Abdellatif Jouahri, wali de BAM au milieu, et Ahmed Amin Benjelloun Touimi, DG de Poste Maroc), organisée par la CDG et Poste Maroc, ont été unanimes sur la faiblesse du taux d’épargne au Maroc. Seuls 3,8% des ménages déclarent épargner, selon le HCP. D’où l’importance des solutions innovantes, encourageant l’épargne et la bancarisation (Ph. Bziouat)

Au moment où le débat se focalise sur la problématique du financement, «on entend beaucoup moins parler de l’épargne, alors qu’elle en constitue le préalable». C’est ce qu’a souligné Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Intervenant lors de la conférence organisée par la CDG et Poste Maroc autour du sujet, il a expliqué que «son niveau et sa structure affectent le coût du financement et la dynamique de l’investissement».

Car, «l’épargne n’a jamais été une fin en soi, mais sert plutôt à financer la croissance», a noté pour sa part Mohamed Berrada, ex-ministre des Finances. Son insuffisance «peut conduire au recours au financement monétaire ou extérieur, et dans les deux cas, à l’accentuation de l’endettement du pays et donc de la vulnérabilité de ses équilibres macroéconomiques», selon Jouahri. Actuellement, «le niveau de l’épargne connaît un certain tassement», a précisé le DG de la CDG, Abdellatif Zaghnoun.

Le taux d’épargne nationale a baissé de 28,7% du PIB en 2016, à 28,3% en 2017, avant de s’établir à 28% en 2018. Selon lui, cela «n’est guère suffisant pour répondre aux besoins de financement de l’économie. D’où l’importance d’une «plus grande mobilisation de l’épargne», a souligné Ahmed Amin Benjelloun Touimi, DG du groupe Poste Maroc.

Aujourd’hui, «les comptes nationaux annuels publiés par le HCP montrent que l’épargne des ménages se situe autour d’une moyenne de 14% de leur revenu disponible brut», comme l’a indiqué le wali de BAM. Si l’on prend en considération le poids relativement important des transferts des MRE, ce taux serait beaucoup plus faible, a-t-il ajouté.

Les statistiques du HCP montrent que seuls 3,8% des ménages déclarent épargner une partie de leur revenu. Les données de l’enquête Findex de la Banque mondiale indiquent que la proportion de la population en âge d’activité qui épargne est deux fois moins élevée au Maroc que la moyenne des pays de sa classe de revenu. Jouahri a précisé que «ces niveaux seraient encore plus faibles si l’on se limitait à l’épargne effectuée auprès des institutions financières». Pour lui, le défi est double: «promouvoir l’épargne et la canaliser vers le circuit formel».

Ce faible développement de l’épargne au Maroc, particulièrement celui des ménages, est lié à une série de facteurs. En tête, disposer d’un revenu, et donc d’un emploi. Or, «le taux d’activité ne dépasse pas 47%», a déploré Jouahri. L’analphabétisme constitue également un autre frein. «L’épargne n’est que faiblement canalisée vers le système financier. 90%, selon les données des comptes nationaux, étant investis dans des actifs non financiers, notamment l’immobilier et le foncier», a fait savoir le wali de BAM. Les fonds destinés à l’épargne financière sont mobilisés essentiellement sous forme d’actifs liquides. Or, il s’agit de placements peu adaptés aux besoins de financement de l’investissement.

Au-delà des obstacles liés au comportement des épargnants, l’offre limitée réduit également le potentiel de développement de ce secteur. «A titre comparatif, l’épargnant dispose d’un choix assez large de produits d’épargne dans les pays développés, contrairement au choix réduit dans notre pays», selon le patron de la CDG. D’où l’importance, selon lui, que «les caisses d’épargne et les établissements bancaires puissent proposer des services financiers basés sur des solutions innovantes, qui allient efficience et efficacité, tout en fournissant plus d’efforts pour favoriser l’éducation financière et encourager l’épargne et la bancarisation». La microfinance, le mobile-banking et l’assurance constituent des canaux pouvant capter une partie de l’épargne nationale, selon plusieurs intervenants.

Aujourd’hui, la CDG et Barid Bank viennent de lancer un nouveau produit, «Sakane Tawfir», destiné à une clientèle à revenu irrégulier. «Il permettra de constituer une épargne progressive, selon les capacités de chacun, lui permettant d’acquérir ou de construire un logement», a expliqué Zaghnoun.

Quel rôle pour la Bourse de Casablanca

Après l’euphorie des années 2000, la place boursière de Casablanca n’arrive plus à attirer les épargnants. Abdellatif Jouahri a mis l’accent sur «la faible présence des particuliers au niveau du marché boursier». Mohamed Berrada a partagé ce constat, en s’interrogeant sur les raisons de la léthargie de la Bourse de Casablanca. Pour lui, il s’agit d’une «crise de confiance». Sur ce point, le wali de BAM a pointé un manque «d’éducation et de sensibilisation». D’après lui, «durant les phases d’engouement qui ont accompagné certaines opérations de privatisation et d’introduction en Bourse, très peu d’efforts ont été consentis pour sensibiliser les particuliers aux avantages et surtout aux risques inhérents à l’investissement boursier». Résultat: «nous avons assisté à une spéculation de masse, qui a induit des niveaux de valorisation en décalage avec les fondamentaux, ayant conduit à des chutes boursières sensibles et à une perte de confiance». 

M.A.M.

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