Economie

Grève des transporteurs: L’aviculture prise en otage

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5384 Le 01/11/2018 | Partager
Blocage des fournitures et livraisons du secteur
Les camions des opérateurs soumis à la violence des grévistes
Etonnante passivité des autorités publiques

Le secteur avicole bat de l’aile. Il subit de plein fouet les dégâts collatéraux de la grève des transporteurs qui perdure depuis une semaine. Non pas pour des raisons d’offre de transport mais le propre parc des éleveurs et fabricants d’aliment est systématiquement bloqué par des piquets de grève. (Voir L’Economiste du 30 octobre).

L’inquiétude est au paroxysme parmi les opérateurs de la filière avicole. Leur fédération vient de tirer la sonnette d’alarme «sur les répercussions désastreuses» du mouvement de grève. Les grévistes entravent les livraisons des aliments composés et des poussins d’un jour aux élevages, est-il souligné dans un communiqué. Ils bloquent également les livraisons des volailles et des œufs destinés aux marchés.

«Ils n’hésitent pas  à imposer, sous la menace et l’usage de force, le retour des chargements à leurs lieux de départ», relève le communiqué. Et, dans la plupart des cas, les grévistes prennent les véhicules chargés en otage. Ceux qui refusent de se soumettre à leur ordre se voient exposés à la casse et leurs chauffeurs à la violence. «Ceci est une grave menace à la liberté de circulation des biens et des services», dénonce la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA).

Selon l’interprofession, la situation s’aggrave de jour en jour. A commencer par la rupture des stocks d’aliment au niveau des élevages avicoles. Elle est tellement critique que la survie du cheptel s’en trouve sérieusement menacée.

Les difficultés d’acheminement des volailles et des œufs aux marchés font encourir aux éleveurs des pertes inestimables. Ces derniers ne peuvent pas stocker leurs productions sur une période prolongée. Les volailles qui arrivent à maturité doivent être livrées sinon il y a perte de performance et aggravation des coûts additionnels. De même, le défaut de livraison des poussins le jour même de l’éclosion se traduit par des pertes considérables. 

Pour le moment, le coût du transport a atteint la cote d’alerte. Dans certains cas, il a pratiquement doublé en raison des faibles volumes que les aviculteurs réussissent à réceptionner avec beaucoup de difficultés. Sans oublier l’impact sur le consommateur de produits avicoles. La baisse de l’offre se traduirait à n’en point douter par une hausse artificielle des prix. Et c’est le cas actuellement pour les fruits et légumes dont les prix sont orientés à la hausse depuis le début de cette semaine. La tomate, les pommes de terre et l’oignon sec ont pris entre 15 et 30%, selon les régions.

Quant aux usines de fabrication d’aliments composés, elles se trouvent dans l’incapacité de maintenir leur activité en raison de rupture de stock de matières premières provenant des ports et des dépôts des fournisseurs. Ces risques, combinés, s’ils ne sont pas maîtrisés, auront des conséquences désastreuses sur le secteur, sachant que les aviculteurs sont déjà affaiblis par les pertes successives induites par les difficultés structurelles et conjoncturelles dont souffre le secteur avicole dans son ensemble. Les professionnels sont actuellement dans l’incapacité d’honorer leurs engagements financiers à l’égard de leurs fournisseurs.

Le SOS des aviculteurs

La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole met en garde contre la dégradation de la situation engendrée par la grève des transporteurs. «Afin de parer au plus urgent, nous interpellons les ministères concernés pour intervenir de toute urgence pour sauver ce qui reste à sauver et prendre les mesures qui s’imposent», dixit la FISA.
A défaut, l’effondrement du secteur dans sa globalité n’est pas exclu. D’autant plus qu’il s’agit de la sécurité du cheptel avicole, avec tout ce qui en découlera, notamment la perturbation du marché et la hausse générale des prix des produits avicoles.
A noter que la grève des transporteurs est déclenchée à cause des hausses du prix du carburant, ce qui a déjà perturbé l’approvisionnement des marchés en fruits et légumes.

A.G.

 

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