Analyse

Microfinance: «L’évolution du cadre réglementaire sera décisive»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5384 Le 01/11/2018 | Partager
C’est incontournable pour diversifier les produits
Le statut de SA offre de nouvelles opportunités
Le secteur touche seulement 2,5% de la population contre 15% au Pérou
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Pour Xavier Reille, directeur d’IFC pour la région Maghreb, «au Maroc, le secteur de la microfinance se limite encore au microcrédit, dans la mesure où les établissements sont limités à des activités de microprojets sans garanties et à des prestations d’agents pour les autres services financiers» (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Quelles sont les perspectives du développement de la microfinance au Maroc?

- Xavier Reille: Je pense que le secteur à de fortes marges de croissance. La microfinance touche seulement 2,5% de la population du pays, contre 5% au Mexique et 15% au Pérou. Il faut continuer à innover et à développer l’offre de produit. L’expérience d’Al Amana sur l’assurance santé est un très bon exemple. Au Maroc, la micro-assurance touche 1,6% de la population, contre 23% en Inde et 30% aux Philippines. Je pense que les institutions de microfinance peuvent continuer à innover sur le financement des TPE ou des jeunes.

En Tunisie, l’institution de microfinance Enda a mis en place un programme Bidaya, qui cible 12.000 clients jeunes en leur proposant un produit financier sur mesure, composé d’une ligne de crédit et de services d’accompagnement, afin de créer leur micro-projet ou relancer leur micro-entreprise.. Au Maroc, je suis heureux de l’évolution du cadre réglementaire souhaité par le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib et de l’augmentation des plafonds de prêts, qui va donner un espace de croissance et permettre d’améliorer le financement de la TPE.

- Quelle est l’importance de cette transformation réglementaire?
- C’est une étape nécessaire pour libérer la croissance et l’innovation du secteur. Le Maroc abrite trois des ONG de microfinance les plus grosses au monde.
Les autres pays ont créé un cadre réglementaire permettant aux établissements de taille importante d’adopter un statut de SA.
Ce statut offre de nombreux intérêts: une meilleure gouvernance, une plus grande solvabilité par l’entrée d’investisseurs stratégiques, et enfin des apports de savoir-faire internationaux. Cela permettra aussi d’étendre l’offre de produits, d’épargne, paiement et crédits. On parle de microfinance, mais au Maroc, il s’agit encore de microcrédit, dans la mesure où les établissements sont limités à des activités de microprojets sans garanties et à des prestations d’agents pour les autres services financiers. Cette diversification des produits ne peut se faire qu’avec l’évolution du cadre réglementaire.

- Comment IFC compte accompagner la politique d’inclusion financière au Maroc?
- Le programme d’IFC sur l’inclusion financière comprend plusieurs volets. Il s’agit notamment de partager les bonnes pratiques internationales avec le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib en matière d’inclusion financière ainsi que sur d’infrastructure de crédit comme la centrale de risques, les bureaux de crédits ou le régime des sûretés mobilières, en plus de l’appui financier et technique à des établissements de microfinance marocains, comme Al Amana. Surtout que ce secteur est à la veille d’une transformation digitale.

Statut ONG

Pour les professionnels du secteur de la microfinance, «le statut d’ONG, encore en vigueur, est devenu un facteur limitatif à une expansion comparable à celles observées dans d’autres pays». Dans d’autre pays, de nouveaux cadres réglementaires permettent aux organisations de microfinance de se déployer.
En 2016, «le ministère des Finances a souhaité s’inspirer des meilleures pratiques institutionnelles internationales, en lançant une étude qui a identifié différentes possibilités, partant de la loi bancaire actuelle», a noté Youssef Bencheqroun. Pour lui, «la nouvelle stratégie d’inclusion financière devrait accélérer ce processus, dans la mesure où le secteur a un rôle important à jouer dans ce domaine». A terme, l’évolution devra aboutir à la mise en place de différents types d’acteurs: banque de microfinance/société financière/ONG, disposant d’instruments novateurs.
Pour Xavier Reille, cette transformation va favoriser «un élargissement de l’offre, qui ne va plus se limiter au microcrédit, mais également à la micro-assurance…». L’idée est aussi de favoriser l’entrée de nouveaux investisseurs internationaux.

Propos recueillis par M.A.M.

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