Société

Santé animale: Alerte à l’usage excessif des antibiotiques

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5383 Le 31/10/2018 | Partager
Montée de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire et humaine
Emploi responsable des antimicrobiens, contrôle des quantités et évaluation des risques
Les recommandations de l’OIE à la 2e Conférence mondiale tenue à Marrakech
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Le mauvais usage des antibiotiques favorise l’émergence des bactéries résistantes et il y a aujourd’hui une prise de conscience pour lutter contre ce phénomène en médecine humaine (Ph. L’Economiste)

Cédant à la facilité, parfois à l’ignorance, beaucoup se jettent sur les antibiotiques au moindre problème de santé. Ce mauvais usage des antibiotiques favorise l’émergence des bactéries résistantes et il y a aujourd’hui une prise de conscience pour lutter contre ce phénomène en médecine humaine.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que l’usage massif des antibiotiques dans les élevages participe également à ce problème de santé publique. C’était l’objet de la 2e conférence de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale) sur l’antibiorésistance et l’usage prudent des antimicrobiens, tenue à Marrakech. Conférence organisée avec le soutien de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et à laquelle ont pris part 500 participants de 136 pays.

Parmi eux des experts et délégués de l’OIE, des organisations internationales et des décideurs politiques dont plusieurs ministres du monde. Si les agents antimicrobiens ont permis de combattre des maladies bactériennes autrefois difficiles à soigner en médecine humaine comme en médecine vétérinaire, l’usage qui en est fait -excessif ou inadéquat a montré le revers de la médaille et ces agents sont devenus inefficaces.

«L’escalade doit pouvoir s’arrêter», appelle Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture.  «C’est un combat à plusieurs niveaux», rappelle  de son côté Monique Eloit, DG de l’OIE. L’organisme qu’elle dirige et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) travaillent de concert sur ce thème et émettent des recommandations et des lignes directrices.

Objectif: Progresser dans la notion d’analyse de risque, établir des listes d’antibiotiques critiques et renforcer la capacité des pays en termes d’infrastructures en particulier en matière de surveillance. «Les bactéries résistantes ne connaissent pas de frontières et une gestion inadéquate par un seul pays peut mettre en péril tous les autres». Dans certains pays, 80 % des antibiotiques sont consommés par des animaux.

Or, cette surconsommation contribue à la montée de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire et humaine.  L’OIE a développé des normes et des lignes directrices pour  l’usage prudent et responsable des antimicrobiens, pour le contrôle des quantités d’antimicrobiens utilisés en production animale chez les animaux terrestres et les animaux aquatiques, et concernant les méthodes d’évaluation des risques d’émergence ou de propagation de bactéries résistantes.

L’organisme international soutient également  les nouvelles recherches sur les alternatives aux antibiotiques. Malheureusement, ces normes ne sont pas adoptées dans tous les pays. Sur 120 pays récemment évalués par l’OIE, plus de 100 ne disposent pas encore de législation pertinente relative aux conditions appropriées d’utilisation et de gestion des produits vétérinaires, y compris les antimicrobiens. 

«C’est le moment, en effet, de passer aux actions concrètes», insiste Akhannouch. Les actions coordonnées et l’approche collaborative restent les seuls moyens de couvrir efficacement tout le périmètre de la problématique et aussi d’obtenir des résultats concrets.

Le Maroc bon élève

Le Maroc s’est engagé depuis 2015 à intensifier les actions entreprises pour surveiller la résistance aux antimicrobiens et promouvoir leur bon usage, en particulier les antibiotiques.  L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires mène plusieurs actions dans ce sens. Elles concernent la mise en œuvre des normes internationales de l’OIE que ce soit au niveau de la collecte des données, l’analyse des risques ou la surveillance à différents maillons de la chaîne. L’ONSSA a également pris diverses mesures notamment la restriction de l’usage des antibiotiques chez les animaux. Ainsi, le Maroc a pu gagner le statut de pays officiellement indemne de la peste équine en 2015, ce qui a eu un effet positif pour la promotion des exportations des chevaux vers les autres pays (UE, USA, ...). En matière de lutte contre la fièvre aphteuse, l’OIE a reconnu depuis 2012 le statut du Maroc en tant que pays ayant un programme officiel de contrôle de la fièvre aphteuse. Rappelons que c’est l’ONSSA créé en 2010 qui est en charge de la santé animale et végétale avec un champ d’intervention très vaste, passant des matières premières aux produits destinés aux consommateurs. L’une des missions de l’ONSSA est aussi de veiller à assurer la maîtrise du secteur de la pharmacie vétérinaire à tous les niveaux de la chaîne.

Badra BERRISSOULE

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