Analyse

Olive de table: Ne touchez pas à ma picholine

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5383 Le 31/10/2018 | Partager
Les transformateurs d’huile de table et de conserve se battent pour cette variété marocaine
A la grande satisfaction des intermédiaires qui en définissent le prix
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Pour Heuda Farah Guessous, présidente de la Fédération des industries de la conserve des produits agricoles du Maroc, il faut travailler dans un climat de transparence et déterminer les dates des cueillettes selon les besoins de chaque filière (Ph. HFG)

Présidente de la Ficopam, (Fédération des industries de la conserve des produits agricoles du Maroc) et vice-présidente de l’Interprofession marocaine de l’olive, Heuda Farah Guessous revient dans cet entretien sur les maux du secteur de la conserve d’olive de table, les freins quant à sa compétitivité à l’international et les batailles que doit mener de front la filière contre l’informel, les intermédiaires et parfois les triturateurs.

- L’Economiste: En théorie, le secteur oléicole et par ricochet, la conserve de l’olive bénéficient de plusieurs soutiens dans le cadre du Plan Maroc Vert. Pourtant, on a l’impression que la filière de la conserve recule…
- Heuda Farah Guessous:
Ce n’est pas qu’une impression. Il faut savoir que ces soutiens ont surtout bénéficié à la trituration. Effectivement, un contrat-programme a été signé en 2009 avec des objectifs ambitieux et des subventions, qui ont été accordés à la filière oléicole privilégiant plutôt les triturateurs. Une situation qui a justement laissé de côté la conserve. En raison de ces subventions, l’agriculteur n’avait aucun avantage à développer l’olive de table qui nécessite une récolte manuelle, et des soins pour la culture. Cette situation nous a déstabilisés pendant des années. On espère que cette situation va changer maintenant que nous sommes tous réunis au sein de l’Interprofession marocaine de l’olive, et aussi que le nouveau contrat-programme pour les industries agroalimentaires IAA est en place.

- Il y a eu aussi les agrégations qui devaient normalement aider le secteur à résoudre ces problèmes d’approvisionnement.
- Le vrai travail d’un industriel n’est pas d’être agrégateur. Pour ce faire, il faut trouver le temps pour valider une base de données, sachant que c’est l’ADA (agence de développement agricole) qui détient ces bases. Et puis, même si on arrive à lancer une agrégation avec des contrats, les agriculteurs peuvent décider de vendre leur production au plus offrant. Je reste optimiste et je pense qu’on y arrivera car les agriculteurs se professionnalisent, réfléchissent autrement.

- Vous avez tenté d’organiser cette année la campagne olive pour éviter les cueillettes avant l’heure et les guéguerres entre triturateurs et conservateurs. La démarche a-t-elle porté ses fruits?
- Vous savez, plus une campagne démarre tôt, plus l’olive est de moindre qualité. Et ni les conservateurs, ni les triturateurs n’en sortiront gagnants. Cette année, nous avons essayé de travailler dans un climat de transparence et de confiance et parmi les actions justement, la détermination des dates des cueillettes selon les besoins de chaque filière. Les conservateurs ont besoin du fruit vert, alors que les triturateurs ont besoin de l’olive mûre. Il faut juste accorder nos violons. Le «conflit» entre les deux filières (huile d’olive et olive de table) concerne tout simplement l’approvisionnement et pour une seule variété, la picholine marocaine. A mon avis, nous devrions faire front commun à ce qui gangrène réellement le secteur, à savoir les intermédiaires. Ce sont eux qui déterminent et décident des prix pour le marché.

- Parlons export. Qu’est-ce qui freine réellement la compétitivité du secteur sur les marchés internationaux?
- Une question de volume. Il y a 20 ans, nous étions le 3e exportateur international, aujourd’hui nous sommes au 8e rang en tant que producteur et 5e ou 7e exportateur. Et en 20 ans, l’Argentine a quadruplé sa production. Pareil pour la Turquie, l’Egypte, encore inconnues il y a 10 ans sur le marché de l’olive de table, l’Italie, la Grèce, la Syrie. Sur les chiffres, la production industrielle a augmenté mais en faveur de l’huile d’olive. L’autre frein à la compétitivité de la conserve d’olive et à toutes les autres conserves, les emballages. Nous avons un seul fournisseur au Maroc pour les boîtes métalliques et nous sommes à sa merci tant au niveau des prix que des livraisons. Plus encore, c’est que le fournisseur en question n’est même pas capable de subvenir aux besoins des industriels de la conserve.

- Pourquoi nos industriels de la conserve ne vont pas plus vers des produits à forte valeur ajoutée?
- La majorité de nos exportations sont en vrac et si nous arrivons à basculer vers les récipients hermétiques, qui normalement sont au cœur du nouveau contrat-programme signé en 2017, ce sera une bataille de gagnée. La seconde bataille que nous menons est la diversification des acheteurs pour sortir des marchés traditionnels.

Propos recueillis par Badra BERRISSOULE

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