Analyse

Olive de table: La filière conserve toujours en panne

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5383 Le 31/10/2018 | Partager
Tournée à 70% à l’export, elle est dépassée de loin par les pays concurrents
Faible structuration de la filière, un amont désorganisé, problèmes d’emballage… les grosses contraintes
L’olive de table a très peu profité du PMV
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A l’export, le prix des olives a enregistré des fluctuations durant les 5 dernières années. Il est passé de 15 DH/Kg en 2014 à 17 DH/Kg en 2018 avec une légère augmentation en volume et en valeur de l'ordre de 8% pour les exportations entre 2017 et 2018

Chaque année à la même époque, le pays fait le point sur sa filière oléicole et les nouvelles côté  récolte sont plutôt bonnes. La production de l’olive qui a enregistré un bond de 50% en 2017 affiche de belles perspectives avec une hausse de 22% selon le ministère de l’Agriculture. Une bonne nouvelle pour les agro-industriels? Pas vraiment. 

Le plan Maroc Vert a certes relancé la production, mais l’impact sur la production destinée à la transformation de la conserve est quasiment nul, constatent  les opérateurs. Pourtant, l’activité des olives de table devait en principe, tirer profit de la hausse fulgurante de la production et pulvériser les records. Or, elle arrive à peine à dépasser son volume à l’export d’il y a une décennie. Pis encore, la valorisation a reculé dans cette activité.

Aujourd’hui, les plus grandes  expéditions d’olives de table sont en vrac sauf pour les olives noires. Pour les opérateurs, l’explication est à chercher d’abord au niveau de l’amont agricole, mal orienté et très désorganisé qui ne permet pas à l’industrie d’être approvisionné dans des conditions de compétitivité et de qualité acceptables.

Ainsi et bien que la production d’olives ait connu un bond, elle est destinée essentiellement à la trituration, explique cet opérateur. «Malheureusement, la conserve d’olive est en stagnation par rapport aux dernières années, confirme Heuda Farah Guessous, présidente de la Ficopam (fédération des industries de la conserve des produits agricoles du Maroc) et le secteur est de plus en plus miné par plusieurs contraintes dont l’approvisionnement, le prix, la concurrence à l’international», regrette-t-elle.

Un drôle de paradoxe pour un secteur qui a pourtant bénéficié d’autant d’aide. Sur les papiers et depuis l’avènement du PMV en 2009, des projets ont été lancés et ont permis des extensions des surfaces de plantation…  Les défis persistent, ceux liés aux normes de qualité qui exigent de la part des agriculteurs un professionnalisme, aussi bien au niveau de la récolte, du stockage et du conditionnement, qu’au niveau de la commercialisation encore trop marquée par les intermédiaires. 

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Le contrat-programme pour les industries agroalimentaires prévoit une aide pour la promotion des exportations des olives de table et la diversification des marchés à l’export.  Ci-dessus les marchés et les types de préparations d’olives de table qui pourront être subventionnées à l’horizon 2021

A titre d’exemple, pour la campagne 2017, les olives se sont vendues jusqu’à  12 DH/kg contre 6 DH en Espagne pour un coût de 46 DH à 50 DH/kg (olives et trituration) contre un cours moyen en Espagne situé entre 30 et 35 DH. Les industriels pointent aussi du doigt la concurrence déloyale exercée par les triturateurs de l’huile d’olive.

«Si les prix ne sont pas compétitifs cette année la filière rentrera dans une crise durable car les prix sont nettement meilleurs chez nos concurrents». C’est là d’ailleurs tout l’enjeu. La production des olives de table industrielle (90.000  à 120.000 tonnes par an en moyenne) est orientée pour  60 à 70% à l’exportation. Nos exportations évoluent en moyenne de près de 2,4% contre une évolution de près de 12% pour la Turquie par exemple.

Grignoter quelques parts de marché

Les perspectives mondiales indiquent une augmentation de 4% pour la campagne 2017/18 par rapport à la campagne antérieure. Elle se situera à 2.953.000 T pour l’UE. La Grèce devra augmenter de 31 % alors que celle de l’Italie devra connaître une hausse de 20 %.  L’Égypte et la Turquie espèrent atteindre des records respectifs de 650.000 et 455.000 T, soit des hausses de 30 et 14 %.  Plus loin encore, en Argentine, la production avoisinera les 105.000 tonnes.

Au Maroc, cette année, on mise sur 120.000 T, un niveau similaire à la campagne précédente. Les olives de table marocaines tout comme les tunisiennes grignoteront  cette année quelques parts de marchés supplémentaires sur le marché américain à cause de la guerre enclenchée par Trump sur les olives espagnoles.

En effet et à partir du mois d’avril, ces dernières verront les droits de douane augmenter de 7,2%. La mesure progressive a été décidée par le ministère américain du Commerce et justifiée par le fait que les producteurs espagnols bénéficient de la politique agricole commune européenne.

Techniques vétustes

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Le secteur des olives de table est composé de deux activités: l’une artisanale de plus en plus importante,  l’autre moderne avec des unités de moins en moins nombreuses. La première n’est pas structurée. Elle est intégrée, pour l’essentiel, au commerce de détail, exploitant des techniques artisanales. Par opposition aux  unités travaillant pour l’exportation, les petites conserveries et notamment celles qui approvisionnent le marché local, exploitent des techniques et des technologies vétustes, d’où les problèmes de qualité et d’hygiène. La conservation moderne est assurée par une trentaine d’unités localisées principalement dans les wilayas de Marrakech (54% en nombre d’unités et 65 % en capacité) et de Fès-Meknès (12% des unités et 13% de capacité). De chair particulièrement consistante, les olives sont récoltées au moment de leur développement intégral mais avant l’entrée dans le cycle de la maturité physiologique. Les fabrications concernent diverses spécialités selon la coloration.

B.B.

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