Culture

Exposition: Radia, Fatema, Chaïbia… et les autres

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5378 Le 24/10/2018 | Partager
3 artistes, 3 sensibilités et une multitude de points communs
Du 23 octobre au 23 janvier au MM6
Un hommage à Chaïbia au programme
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L’artiste Fatema Hassan El Farrouj,  souvent associée à l’art dit «Naïf»  va à la rencontre de son imaginaire propre, le conjugue dans l’espace de la toile  nous livrant une expérience plastique très particulière donnant l’impression que son œuvre continue d’évoluer hors du cadre du tableau (Ph. Bziouat)

Il y aura bel et bien une exposition rétrospective de Chaïbia au Musée Mohammed VI d’art Moderne et Contemporain. « Le MM6 ne peut prétendre organiser une exposition hommage à cette grande dame de l’art en moins de 5 mois, ce serait précipité. L’exposition que nous proposons d’organiser sera une exposition de toute une vie. Cela nécessitera un délai beaucoup plus important et la participation de tous: experts en art, biographes, collectionneurs… et surtout  de ses ayants droit».

C’est avec cette promesse que le président de la Fondation nationale des musées met un terme à une polémique née autour  de l’évènement qui a démarré hier, mardi 23 octobre. L’exposition «Chaïbia Talal, Fatema Hassan El Farrouj, Radia Bent Lhoucine: voyage aux sources de l’art» a en effet suscité quelques remous dans le landernau artistique national. 

D’aucuns ont reproché à l’institution de Rabat, entre autre, de mettre sur un pied d’égalité des artistes à la stature inégale (cf notre édition du vendredi 19 octobre). Ce dont se défendent les organisateurs,  en particulier,  Abdelaziz El Idrissi le directeur du MM6 et commissaire de l’exposition. Cette dernière poursuit-il, réunit 3 grandes artistes dans un dispositif autour de la question de l’art spontané.

Liées par une même appartenance identitaire, ces artistes sont toutes d’une origine rurale imprégnée de la tradition orale, et des savoir-faire traditionnels liés à l’artisanat et aux arts populaires comme le henné, le tatouage, le tissage et la broderie. «Ces artistes ont par ailleurs toutes exercé une certaine forme de lutte pour l’émancipation des femmes à travers l’art», précise le curateur.

Trois artistes qui ont tout simplement créé et donné libre cours à leurs imaginaires, représentant les images de leurs vécus. Leur art sort des normes, des schémas institués, des règles, des limites et des frontières.  C’est justement cette position spontanée qui peut  interpeller  et permettre de saisir l’éblouissement de ce qui est au-delà de l’ordinaire.

Il est intéressant de noter par ailleurs que cette même réflexion a donné lieu  à une autre exposition, proposée actuellement à la Villa des Arts de Rabat «Maîtres autodidactes», réunissant outre les 3 artistes, d’autres plasticiens aux univers aussi différents que Moulay Ahmed Drissi, Ahmed Louardiri, et Abbas Saladi, sans que les opposants  y trouvent à redire. Mais au-delà de ce qui sépare les artistes, l’exposition a tenté de mettre en valeur les liens qui les unissent.

La scénographie proposée s’articule autour de 7 thèmes. «L’espace pictural», particulièrement cette capacité de peindre des paysages, des vues d’ensemble donnant au spectateur une impression d’ouverture, comme si les œuvres n’étaient pas délimitées par les dimensions du support et continuaient d’évoluer hors du cadre du tableau.

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L’énergie créatrice si singulière de Chaïbia, donne une impulsion majeure à son œuvre, qui se distingue particulièrement, nous laissant penser que cette immense artiste mérite bel et bien un hommage national (Ph. Bziouat)

Une deuxième similitude étant «La scène de genre» où l’on constate que les 3 artistes se sont intéressées  à la société où elles vivaient avec un infini souci de véracité, d’où la saturation de l’espace par les personnages, les animaux et les objets constituant un véritable témoignage de la réalité quotidienne, celle paysanne et populaire. Que ce soit dans les représentations des rituels traditionnels de Chaibia et de Fatema Hassan ou dans les scènes de deuil de Radia Bent Lhoucine.

Comme un sous thème de ce dernier «Les scènes de fête» restent emblématiques de la peinture des trois artistes, donnant aux représentations bidimensionnelles des danseurs et des musiciens mouvement et cadence, dans un spectacle visuel vivant, presque sonore.

«Paysage et végétation» met en scène des sujets humains qui se confondent avec des spectacles bucoliques excessivement colorés, rivalisant, souvent, par leur taille, avec la hauteur des arbres et des plantes, notamment dans les œuvres de Radia Bent Lhoucine, quand la section dédiée au «Bestiaire»  représente l’homme et la bête évoluant en parfaite harmonie avec la nature.

Le thème de «L’ornement» est inspiré, selon l’équipe curatoriale, par les arts populaires dont, essentiellement, le tatouage et le tissage. «Cette iconographie endogène est vérifiable dans la stylisation richement chromatique des végétations et des personnages qu’affectionnent Radia Bent Lhoucine et Chaïbia Talal mais aussi dans leurs œuvres dédiées exclusivement à la représentation du tapis».

L’exposition se clôture avec une section exclusivement dédiée aux «Portraits», traversant, à quelques exceptions près, toute la création des plasticiennes, loin des normes et des méthodes académiques. Si ces 3 artistes avaient une multitude de points en commun il n’en demeure pas moins que chacune d’entre elles incarnait une sensibilité particulière et se caractérisait par un traitement pictural singulier.

Reste toutefois à signaler que l’énergie créatrice si singulière de Chaïbia donne une impulsion majeure à son œuvre, qui se distingue particulièrement, nous laissant penser que cette immense artiste mérite bel et bien un hommage national. A voir jusqu’au 23 janvier au  Musée Mohammed VI d’art Moderne et Contemporain de Rabat.

 

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