Analyse

Impulsion royale pour les médinas: Quel impact pour la capitale ismaïlienne

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5378 Le 24/10/2018 | Partager
Préservation et mise en valeur des sites historiques au programme
Renforcement de l’attractivité touristique et amélioration de l’accessibilité aussi
Meknès se rêve destination de city break et joue la carte de la complémentarité
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Le programme de réhabilitation des médinas de Meknès, Salé, Tétouan et Essaouira est enclenché. Quatre conventions ont été signées, lundi dernier, devant le Roi. Elles mobiliseront une enveloppe budgétaire de près de 2,35 milliards de DH (Ph. MAP)

L’avenir touristique de la ville de Meknès dépend de la capacité de celle-ci à valoriser son tissu ancien et sauvegarder ses savoirs ancestraux. C’est ce qui ressort des conventions signées, lundi dernier, à Marrakech, sous la présidence du Souverain. D’un montant global de 2,35 milliards de DH, ces accords font partie d’une nouvelle approche de développement humain, et concernent, en plus de la ville de Meknès, Marrakech, Essaouira, Salé et Tétouan.

Pour rappel, 4 conventions avaient été signées, le 14 mai dernier, à Rabat, prévoyant la mobilisation de 1,4 milliard de DH. Elles visaient la valorisation des villes impériales (Fès, Rabat, Marrakech et Casablanca), excepté Meknès. A cet effet, des acteurs de la capitale ismaïlienne avaient noté que «leur cité était la seule ville ne profitant toujours pas d’une opération de valorisation du patrimoine».

Pourtant, un programme devait y être lancé il y a quelques années dans le cadre du projet «Madinati», mais est resté lettre morte. Leur doléance a été entendue. Les conventions y afférentes ont été préparées sous l’égide du département de l’Intérieur.

Et finalement, leur ville bénéficiera d’une enveloppe de 800 millions de DH. Laquelle financera la sauvegarde de la médina ainsi que la promotion du tourisme (166 millions de DH). L’Economiste revient sur les principaux projets prévus par les conventions actées lundi devant le Roi.

■ Réhabilitation et mise en valeur des médinas
Dans l’ensemble, ces programmes (2019-2023) visent la réhabilitation et la mise en valeur des anciennes médinas de Marrakech, Essaouira, Salé, Meknès et Tétouan. En effet, la réhabilitation de la médina de la ville ocre (2018-2022), dont la convention de partenariat et de financement a été signée le 14 mai 2018 à Rabat, mobilise des investissements de l'ordre de 484 millions de DH, dont 150 millions comme contribution du Fonds Hassan II pour le développement économique et social.

S’agissant de la restauration des médinas de Salé et Meknès, elle mobilisera des enveloppes respectives de 900 et 800 millions de DH. A noter que le programme de réhabilitation de ces médinas n'a pas permis d’atteindre les objectifs escomptés. Selon Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, «ceci est dû, en ce qui concerne l'ancienne médina de Salé, aux changements substantiels qu'a connus son tissu urbain et à la détérioration de plusieurs de ses monuments historiques à cause de facteurs naturels et humains».

Pour ce qui est de la médina de Meknès, les blocages sont dus à l'importance de la superficie de l’ancienne médina (275 ha) et des joyaux architecturaux et urbains dont elle regorge. Les deux autres programmes complémentaires pour les anciennes médinas de Tétouan et d'Essaouira mobiliseront respectivement 350 et 300 millions de DH.

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La convention-cadre, relative au programme de réhabilitation et de mise en valeur de la médina de Meknès, prévoit desinvestissements de l’ordre de 800 millions de DH sur 5 ans. La maîtrise d’ouvrage des projets y afférents est confiée à l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès

■ L’Ader, l’opérateur indiqué pour la restauration (Apports des différents partenaires)
Si pour Marrakech, Essaouira, Salé et Tétouan, la maîtrise d’ouvrage déléguée des chantiers est confiée respectivement à la Holding Al Omrane (Marrakech et Essaouira), la société Rabat Région Aménagements (Salé), et l’Agence pour la promotion et le développement du Nord (Tétouan), pour Meknès, les opérations de sauvegarde seront menées par l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès.

En effet, l’expertise de l’Ader en matière de réhabilitation de la médina de Fès lui procure le statut de l’opérateur régional indiqué lorsqu’il s’agit de travaux de restauration au niveau du tissu ancien (Sefrou, Taza…). Ainsi, la maîtrise d’ouvrage du nouveau chantier est confiée à l’Agence. Concrètement, ce projet vise la valorisation des monuments historiques, l’amélioration de l’accessibilité, ainsi que le renforcement de l’attractivité touristique de la ville. E

n détail, le premier axe (594 millions de DH) concerne la réhabilitation de 4 sites historiques d’exception (palais Mansour, Sehrij Souani, Lahri et Kara) pour une enveloppe de 379 millions de DH, 14 portes monumentales (Bab Mansour, Bab Lakhmiss, Bab Berdiîyyine, Bab Jamaâ El Anouar, Bab Raïss…) pour 66,5 millions de DH, la valorisation des places Lahdim et Mechouar (46,5 millions de DH), la restauration de 12 kilomètres de murailles pour 58 millions de DH, la rénovation des médersas Filalia et Bouînania, et la mosquée Lalla Aouda (37 millions de DH), 4 borjs (15 millions de DH), et 8 fontaines (2,5 millions de DH).

Le deuxième visant l’amélioration de l’accessibilité prévoit l’aménagement de 3 parkings d’une capacité globale de 800 places (à Bab Rha, Zine El Abidine, et à côté de la chambre d’artisanat) pour 40 millions de DH. S’agissant du troisième axe, le projet vise la réhabilitation de 7 Foundouks d’activités économiques (Jdid, Talba, Sultan, Nejjarine, Zbadi,…) pour 46 millions de DH, la création de 4 circuits touristiques pour 100 millions de DH, outre le financement de projets de proximité (Foundouk Al Henné, l’équipement des centres des femmes Bab Gnawa et Inbiâat, la construction d'une salle d’exposition) pour une enveloppe de 20 millions de DH. Signalons que les études pour la réalisation de certains projets ont déjà été entamées. «Et les premiers chantiers seront lancés en décembre prochain», rassure Laftit.

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Le projet de réhabilitation de la médina de Meknès vise la valorisation des monuments historiques, l’amélioration de l’accessibilité, ainsi que le renforcement de l’attractivité touristique de la ville. Les trois axes prioritaires nécessiteront un investissement de 800 millions de DH

■ Booster le tourisme et profiter de la proximité de Fès
Avec sa sœur jumelle Fès, Meknès peut constituer une véritable force de frappe en matière de tourisme. C’est ce qu’affirment les professionnels du secteur. Pour eux, la région Fès-Meknès recèle de potentialités et d'atouts touristiques pouvant jouer un rôle important dans la vie économique et sociale. En effet, le tourisme de la région est essentiellement culturel qui se distingue par son patrimoine historique et architectural de renommée internationale.

La région dispose également d’un riche capital naturel, culturel et historique susceptible de constituer un levier de développement du tourisme. On peut distinguer trois principales zones: les montagnes, les stations thermales, les villes traditionnelles et les sites historiques. La région de Fès-Meknès dispose de 335 établissements d’hébergement touristique classés, dont la capacité litière totale s’élève à 19.044 lits.

Cela dit, le tourisme ne réalise que des performances moyennes (plus de 900.000 nuitées à Fès et moins de 300.000 nuitées pour Meknès en 2017), ce qui classe la région à un rang assez modeste parmi les pôles touristiques du Royaume. Aux blocages économiques, s’ajoutent d’autres contraintes.

Il s’agit, entre autres, du manque d’animation, promotion et connexions directes avec les principaux marchés émetteurs, outre l’Afrique. Ceci étant, grâce à l’impulsion royale donnée aux programmes de réhabilitation des médinas des deux villes impériales, les opérateurs croient dur comme fer en l’avenir du secteur. «Avec Fès, à 40 minutes de route, nous pouvons offrir un produit complémentaire et développer une véritable destination de city break», conclut Adil Terrab, président du CPT de Meknès.

                                                              

■ Les partenaires
La convention-cadre, relative au programme de réhabilitation et de mise en valeur de la médina de Meknès, réunit plusieurs partenaires. Ainsi, elle a été signée par les ministres Abdelouafi Laftit, Ahmed Toufiq, Abdelahad Fassi Fihri, Mohamed Sajid, Rachid Talbi Alami et Mohamed Laaraj. Elle a également été signée par Abdelouahed Kabbaj, président du directoire du Fonds Hassan II pour le développement économique et social, Essaid Zniber, wali de la région de Fès-Meknès, Mhaned Laenser, président du Conseil régional de Fès-Meknès, Abdelghani Sabbar, gouverneur de la préfecture de Meknès, Thami Lahgui, président du conseil préfectoral de Meknès, Abdellah Bouanou, président de la commune de Meknès, Raouf Mohamed Al Ismaïli, président de la commune Mechouar Stinia, et Fouad Serghini, directeur général de l’Ader-Fès.

■ Développement inclusif
Pour pallier les contraintes de la région, la politique de développement doit être inclusive. Afin de résoudre cette équation, les dirigeants de la région proposent de développer le milieu rural par l’adoption d’une politique agricole pour les zones bour, d’alléger la pression sur les milieux naturels, de rationaliser la gestion des ressources en eaux superficielles et de rattraper le retard accumulé en matière des infrastructures. Il s’agit aussi de transformer la concurrence (nocive) entre toutes les provinces et préfectures de la région en tant qu’atout complémentaire, surtout entre Fès et Meknès.
Une approche justifiée notamment par la proximité territoriale des deux villes, leur appartenance à la même aire géographique et la complémentarité de leurs activités économiques.

 

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