Politique

Rentrée politique La majorité au bord de l’implosion?

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5377 Le 23/10/2018 | Partager
Les dissensions continuent de plomber la coalition gouvernementale
Mais pas encore de véritable crise politique
L’implication du Roi est décisive pour l’exécution des réformes
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Pour les différents intervenants, lors de l’émission Confidences de presse, le Maroc fait face à une véritable contradiction: D’un côté, les difficultés liées à la phase d’apprentissage de la démocratie. Et de l’autre, l’urgence de mener les réformes pour répondre aux attentes des citoyens et des opérateurs, en perte de confiance, notamment à cause du flou qui entoure la vie politique (Ph. Bziouat)

Dissensions, attaques et contre-attaques, la fragilité de la majorité est un secret de polichinelle. Une situation confirmée par la réélection de Hakim Benchamach à la tête de la Chambre des conseillers face au candidat du PJD, Nabil Chikhi, qui n’a pu obtenir que les voix du groupe de son parti.

Pour Mustapha Sehimi, politologue, «c’est une élection qui accentue la confusion». Intervenant lors de l’émission Confidences de presse, diffusée sur la chaîne 2M, il a mis l’accent sur les tiraillements au sein de la coalition, mais également au sein même du PJD, dont le chef, Saâdeddine El Othmani, a dû céder à la pression du clan pro Benkirane, en acceptant la candidature de Chikhi.

De son côté, Abdelmounaim Dilami, PDG du groupe Eco-Médias, a appelé à «ne pas surdimensionner ces élections, dans la mesure où il s’agit de la Chambre des conseillers». L’idée est de les replacer dans le cadre global, en tenant compte du principe même d’une 2e Chambre. Il s’agit essentiellement d’un espace de «réflexion, constitué de sages, permettant d’apporter un éclairage sur certains dossiers», a expliqué Pr Dilami.

Cette Chambre permet également «la représentation des forces économiques et syndicales». Au-delà de ces élections, il a rappelé que le Maroc traverse depuis 2011 une situation politique exceptionnelle. Surtout qu’avec la nouvelle Constitution, le chef du gouvernement est nommé du parti arrivé 1er aux élections.

«C’est une contrainte qui pèse», selon Sehimi. D’autant que «le PJD n’avait pas d’affinités avec la plupart des partis. Ce qui ne lui permettait pas de constituer une majorité cohérente», a rappelé Pr Dilami. «Mais il fallait que les institutions fonctionnent», a-t-il ajouté. Résultat: «certains sont présents dans cette majorité en traînant les pieds».

Une situation qui rappelle «le gouvernement d’alternance, conduit par Youssoufi, dans lequel l’USFP et l’Istiqlal côtoyaient le RNI et le MP, à un moment où le clivage était clair entre partis du mouvement national et partis administratifs», a expliqué Sehimi.

«Mais le fossé était moins grand», a tenu à nuancer Pr Dilami. En dépit des couacs qui rythment la vie du gouvernement, il n’y a pas de véritable crise politique, dans la mesure où les lois continuent à être votées sans qu’il n’y ait de blocage, s’accordaient à dire les intervenants.

Aujourd’hui, le Maroc se retrouve face à une véritable contradiction. D’un côté, ces difficultés constituent le prix à payer dans la phase d’apprentissage de la démocratie. Surtout que «nous sommes dans une nouvelle phase politique plus aléatoire. D’autres pays comme la Belgique et l’Italie ont connu des situations similaires», a expliqué Pr Dilami.

Mais, «nous ne pouvons pas nous permettre des pertes de temps», a-t-il dit. Surtout que le flou qui accompagne l’action du gouvernement entraîne un prix cher au niveau économique. Surtout que «ces calculs politiques n’intéressent pas les populations, mais seulement les acteurs politiques concernés», a noté pour sa part, Mohamed Zouak, directeur de publication du site Yabiladi.com.

Cette situation crée également des inquiétudes chez les citoyens et les opérateurs économiques par rapport à l’avenir. Dans cette configuration, «le Souverain est face à un gouvernement empêtré dans ses querelles, avec un chef du gouvernement ayant un déficit de charisme, incapable d’incarner une vision de réforme. L’exécutif, dépourvu du sens d’initiative, est réduit à reprendre les orientations royales», estime Sehimi.

Pour lui, «si au niveau des priorités du programme gouvernemental tous les partis sont à peu près d’accord, c’est plutôt l’exécution qui pose problème». Il a pointé l’absence d’objectifs chiffrés avec un calendrier de mise en œuvre. Pour les différents intervenants, la solution est liée à l’implication du Roi dans l’implémentation des réformes, en fixant des délais. C’est ce qui permettra d’imposer que les réformes se fassent à pas forcés. Car, «ça ne peut pas se faire naturellement et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre encore des années», selon Pr Dilami.

Quid du modèle de développement

La refonte du modèle de développement est l’un des principaux chantiers de cette rentrée politique. Dans son discours à l’ouverture de la session parlementaire d’octobre, le Roi a annoncé la création d’une commission chargée de synthétiser les propositions des différentes instances. Pour Abdelmounaim Dilami, ce nouveau modèle de développement doit prendre en considération «ce que veulent les Marocains». Concrètement, il s’agit de concevoir une approche de développement «qui ne laisse pas une partie de la population au bord de la route». Pour lui, il est important de prendre en compte les réflexions de certaines instances comme le Conseil économique, social et environnemental.  

 

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