Culture

Festival de Fès de la culture soufie: Il faut spiritualiser le politique

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5377 Le 23/10/2018 | Partager
Le contraire amplifie la religiosité extrémiste et le populisme
Des experts de divers horizons décryptent les crises identitaires
Objectif : créer une plateforme d’échange, débat, et réflexion
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Le soufisme constitue, depuis sa fondation, élaboration, épanouissement, universalisation et expérience, une pensée objectivable, fait observer Faouzi Skali. Le FFCS revisite cette matrice culturelle essentielle de la foi et de la raison islamique. Outre les tables rondes, l’événement offre des chants spirituels et des tariqas tous les soirs au jardin Jnane Sbil… histoire de revitaliser l’esprit de l’Andalousie (Ph. YSA)

Face à la montée du populisme politique et d’extrémisme religieux, faut-il politiser la foi ou spiritualiser le politique? Au Festival de Fès de la culture soufie (FFCS), des experts de divers horizons continuent leur cheminement, dans le cadre des tables rondes, cherchant des solutions en réponse à cette actualité brûlante.

Un référentiel uniformisé puisé dans la sagesse des ancêtres pourrait-il aider à lutter contre ces crises? De l’avis unanime des conférenciers de cette 11eédition (20 au 28 octobre), «il faut chercher la voie de la raison dans le divin». L’Economiste revient sur les principales propositions du «Davos spirituel».
 
■ Le soufisme, un magistère moral et éthique
Conviés par Faouzi Skali, Leili Anvar, Abdellah Chrif Ouazzani, Inès Safi, Abdelhafid Benchouk, Abderrahim Hafidi, Slamatou Sow et Souad El Hakim, agissent avec concision pour aller dans la richesse de l’intéraction. Au patio de la Bouanania, Hafidi rappelle que cet endroit est non seulement un lieu chargé d’histoire et de mémoire, mais aussi chargé d’émotion et du cœur. «Nous sommes devenus une famille», rétorque Souad El Hakim, l’experte libanaise d’Ibn Arabi qui accompagne l’événement depuis sa création. Cette famille continue d’exister et de procréer d’autres vocations. En effet, la force de frappe du FFCS est d’abord la raison dans le cœur. «Et le cœur a sa raison que la raison ignore», souligne Hafidi. Ce journaliste, professeur des universités et chargé de mission au cabinet d’Ahmed Taoufiq, «n’est pas un spécialiste du soufisme, mais l’observe et l’accompagne par un compagnonnage avec Faouzi Skali». Pour lui, «la question du soufisme peut être aujourd’hui posée de deux manières: soit sur le plan théologique religieux pour les savants, les connaisseurs et ceux qui travaillent sur les textes. De ce point de vue-là, le soufisme n’est pas un esprit d’état mais plutôt un état d’esprit». C’est une façon d’être, de vouloir aimer, de désirer, de sentir et de vivre. Ainsi, l’on parle du lien qu’entretient la pensée avec le soufisme. C’est une sorte de boussole qui sera reprise, transformée, repensée et réinventée par des penseurs comme Averroès et sa fameuse querelle avec Al Ghazali autour de raison et émotion du cœur. La deuxième manière avec laquelle le soufisme est abordé, par les penseurs, est objective. «Mais il n’est en aucun cas le paravent et l’antidote politique de l’extrémisme religieux… Le soufisme n’est pas une politique. C’est une poétique, une manière d’être et d’avoir. Il faut qu’il reste dans ce magistère moral et éthique qui permet de corriger, donc de transcender», estime Abderrahim Hafidi.
 
■ Servir la valorisation de l’humain
Les participants au forum du festival félicitent «l’attachement des Marocains à l’Islam soufi qui les prémunit du radicalisme religieux et de la violence». Sous la conduite du Roi, Commandeur des croyants, le Maroc encourager un développement civilisationnel. «Lequel vise à servir la valorisation de l’humain», estime Faouzi Skali. Dans ce contexte, il faut agir de sorte que le soufisme puisse nourrir notre quotidien, irriguer notre société, nos différentes activités, y compris politiques. «Car, à ce stade de l’analyse, il y a lieu de le souligner avec force, il faut spiritualiser le politique et non pas politiser la spiritualité», comme l’indiquait Bariza Khiyari, une habituée du FFCS. Cette différence d’approche laisse entrevoir ce que le soufisme peut apporter aujourd’hui en termes de valeurs et d’éthique à la gestion de la chose publique et, partant, à notre société pour que celle-ci puisse appréhender et valoriser la richesse immatérielle dont elle est en principe dépositaire, comme l’a souligné le Souverain, afin de donner au processus de développement le souffle et le sens requis. Un développement qui se fait en intégrant toutes les communautés et en s’inspirant du vive-ensemble de l’Andalousie.
 
■ Une politique de civilisation… pour sauver la planète
Les intervenants ont appelé à sauver notre foi, sauver notre monde par le partage, l’amour, et l’universalité verticale, grâce au lien qu’entretient l’être avec son Seigneur, mais aussi horizontale. Pour le diplomate Taoufiq Boudchiche, «l’horizontalité appelle à faire le lien entre soufisme et poésie, art… et développement humain». L’essentiel est de mettre de manière globale et transversale l’être humain (être biologique, être social et être spirituel) au centre du développement. Ainsi, à l’approche de lutte contre la pauvreté s’est associée une approche environnementale, éducative et sociale qui vise l’éradication de la pauvreté et des inégalités à l’horizon 2030. Par ailleurs, l’approche par l’écologie a également évolué. De la simple lutte contre la pollution, l’évolution a amené vers l’approche entropique visant à limiter les dégâts des catastrophes naturelles. Par son action polluante, l’humain devient une force géologique (érosion). D’où un rappel à l’ordre et surtout à la nature. Car, l’être humain fait partie de la planète et doit œuvrer pour sa sauvegarde. «Outre le développement de la conscience de l’être, le soufisme permet une métaphysique de l’être en le faisant dépasser son matérialisme, même religieux, et amener vers un équilibre entre la raison et la supra-raison, en trouvant un juste milieu pour cette tension intellectuelle», souligne Boudchiche. En tout cas, face à la résurgence de la religiosité, vécue comme réponse aux crises sociales, économiques et identitaire, l’équilibre spirituel est vivement recherché. Celui-ci pourrait se traduire par la revitalisation du patrimoine culturel, cultuel et sacré au service d’une éducation favorisant la cohésion nationale. Une nouvelle vision, de nouvelles approches socio-humaines permanentes de valeurs renouvelables et spirituelles, et de nouvelles relations de l’homme avec la nature, s’imposent.

 

 

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