Analyse

Secteur minier: La transformation numérique rattrape les entreprises

Par Nadia DREF | Edition N°:5377 Le 23/10/2018 | Partager
Deloitte décortique les principales tendances de 2018
Surmonter les obstacles liés à l’innovation, adopter la numérisation et ouvrir la voie à la main-d’œuvre du futur… Les défis

Transformation numérique, innovation, capital humain… Les entreprises minières devront repenser leur modèle économique pour aller de l’avant. C’est ce qui ressort du 10e rapport annuel de Deloitte sur le secteur minier baptisé «À l’affût des tendances».

Cette étude explore les principales tendances dont devront tenir compte les sociétés minières au fur et à mesure qu’elles accèdent à la mine numérique du futur et prévoient les futurs éléments perturbateurs. «Pour réussir au milieu des cycles d’expansion et de récession historiques du secteur minier et tirer profit des nouvelles opportunités d’affaires, les entreprises doivent repenser le modèle minier classique», affirme Philip Hopwood, leader mondial du secteur minier de Deloitte.

Et d’ajouter: «Les changements en profondeur prennent du temps. Pour améliorer son sort et ouvrir de nouvelles voies pour l’avenir, le secteur minier doit se concentrer sur l’expansion continue des investissements dans l’innovation et la numérisation, inciter la main-d’œuvre du futur à adopter son approche, manifester son engagement à renforcer ses relations avec les gouvernements et les collectivités ou encore s’efforcer de réparer son image publique».

Au cours des 10 dernières années, l’évolution en dents de scie du secteur minier s’est poursuivie. Le prix des produits de base a connu des sommets et des creux historiques. Par ailleurs, les réalités opérationnelles ont irrévocablement changé, en raison de la révolution numérique.
Côtés perspectives, «le secteur continuera probablement à changer rapidement en 2018», analysent les experts de Deloitte.

■ Prévoir les éléments perturbateurs de demain
Pour les entreprises minières, transformer les perturbations en opportunités d’affaires exige une vision à long terme et la capacité d’évaluer comment les tendances dans les marchés émergents peuvent influer sur la demande de produits particuliers. «Il y a 20 ans, il aurait été difficile de croire que le nickel, le lithium, le cobalt et le graphite constitueraient une solution abordable pour l’alimentation des batteries. Mais aujourd’hui, il s’agit de la réalité et d’une occasion de croissance potentielle, particulièrement avec l’émergence des véhicules électriques», soutient Philip Hopwood. «De plus, même si l’exploitation minière des astéroïdes pour des métaux rares semble encore de la science-fiction. Aujourd’hui, ce marché potentiel dans un avenir pas si lointain pourrait être astronomique. Si les sociétés minières veulent devancer les tendances, elles doivent examiner à fond les éléments perturbateurs des marchés émergents», analyse l’expert.

■ La mine numérique du futur
Le rapport de Deloitte révèle d’autres tendances. Pour se démarquer par rapport à la concurrence, les entreprises sont appelées à concrétiser le potentiel du numérique, notamment les données et la capacité de les organiser, les gérer et les traiter. Les sociétés minières doivent placer la pensée numérique au cœur de leur stratégie et de leurs pratiques commerciales si elles veulent transformer le processus décisionnel de l’entreprise. Pour y parvenir, elles doivent avoir une vision claire de la façon dont la mine numérique du futur pourrait transformer les processus miniers fondamentaux, le flux d’information et les processus administratifs de soutien.
Pour Deloitte, les dirigeants du secteur minier sont conscients que l’innovation est fondamentale pour transformer ce secteur. «Cela ne se limite pas à l’innovation technologique. Il faut aussi adopter des méthodes plus novatrices permettant d’établir des communications avec les parties prenantes, repenser l’avenir du travail et déterminer les produits qui seront les plus recherchés à l’avenir. Toutefois, la nécessité de présenter des rendements à court terme, combinée à une culture traditionnellement fondée sur l’aversion au risque et ne favorisant pas la collaboration, nuit aux efforts d’innovation dans ce secteur».

■ Modifier la nature du travail
A mesure que la mine numérique devient une réalité, la nature du travail devrait changer considérablement, tant sur les sites miniers que dans les services administratifs, précise le rapport. Même si l’adoption de solutions numériques, telles que la robotisation des processus, les équipements autonomes et l’intelligence artificielle, permettra d’accroître le rendement dans le secteur minier, elle est aussi susceptible de causer des bouleversements. «Plutôt que d’éliminer des emplois, ces solutions se traduiront probablement par des efforts concertés visant à redéfinir les tâches et à recycler les gens pour qu’ils utilisent la technologie», préconisent les experts.

■ Changer la perception du secteur
Malgré l’importante contribution du secteur minier à l’économie mondiale, la réputation de ce secteur reste quelque peu entachée dans de nombreux pays. Et pour cause, les sociétés minières sont perçues comme des opérateurs qui nuisent à l’environnement, qui ont des impacts négatifs sur les collectivités et qui s’adonnent à des pratiques douteuses à l’étranger.
Pour regagner la confiance des employés, des investisseurs, des collectivités, des gouvernements et du grand public, bien des sociétés minières déploient des efforts comme la prise de positions publiques face à la responsabilité sociale des entreprises, l’adhésion à des normes volontaires de durabilité et l’adoption de résolutions d’actionnaires portant sur de plus grandes obligations d’information sur les changements climatiques.

■ Faire valoir l’impact social  
Pour élargir les possibilités d’emploi locales, accroître les recettes fiscales et répondre aux exigences des collectivités en matière d’amélioration des infrastructures et de protection accrue de l’environnement, de nombreux gouvernements de pays riches en ressources naturelles continuent de mettre de la pression sur le secteur minier. Plutôt que de considérer les relations avec les collectivités et les gouvernements comme des coûts de conformité, les entreprises doivent déterminer comment avoir un impact social concret qui s’adapte aux exigences des différents groupes de parties prenantes.

■ Eau: Dénicher des solutions durables
En matière d’eau, les entreprises sont obligées de trouver des solutions durables à ce problème urgent sachant que l’ONU estime que la rareté de l’eau touche près de 40% de la population mondiale.
Les sociétés minières doivent améliorer leurs méthodes de gestion de cette ressource grâce à des procédés novateurs conçus pour réduire, réutiliser et recycler l’eau dans les régions qui en manquent. De même, les entreprises doivent recueillir et traiter les eaux usées afin d’empêcher des déversements ou la contamination des eaux en aval.

■ Remplacer les réserves
A mesure que les contraintes en matière d’approvisionnement causeront des problèmes dans le secteur, les sociétés minières devront trouver un moyen plus agile de remplacer les réserves. «Un moyen qui leur permettra de se livrer à l’exploration et au développement sans engloutir d’importants capitaux pendant de longues périodes», préconisent les experts de Deloitte.

Changer les attentes des actionnaires

Le rapport de Deloitte préconise de changer l’orientation de l’entreprise pour mieux répondre aux attentes de rendements à court terme des actionnaires qui peut porter préjudice aux sociétés minières à long terme.
Les indicateurs de performance devraient plutôt refléter divers objectifs visant à créer de la valeur pour les multiples parties prenantes, notamment les clients, les employés, les fournisseurs, les collectivités et pas seulement pour les actionnaires, relèvent les experts de Deloitte. Ceci donnerait aux conseils d’administration plus de temps pour se concentrer sur les stratégies à long terme, la planification de la relève et le perfectionnement des leaders. Et ce, en associant la rémunération des cadres à des objectifs d’affaires plus vastes, dont ceux portant sur le statut d’entreprise socialement responsable et les comportements éthiques.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc