Economie

Modèle de développement: Le lent et difficile consensus

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5376 Le 22/10/2018 | Partager
L’obligation de prioriser quand les moyens sont limités, selon Jouahri
Le portage politique, un impératif pour le succès de ce chantier
Il ne pourra se réaliser sans un secteur privé fort, engagé et responsable
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Pour Fouzi Lakjaâ, président de l’AMIF à l’origine du colloque, il n’y a pas de modèle de développement prêt à l’emploi. Chaque pays doit élaborer le sien, en fixant le cap et les grands choix de société (Ph. Bziouat)

«Lorsque je lis les programmes de tous les gouvernements, je suis ahuri. C’est ce que j’appelle le registre de la dette publique: on fera ceci, on fera cela,…». Cette sortie de Abdellatif Jouahri a fait réagir Mustapha Ramid, qui représentait le chef du gouvernement au colloque international sur la reconsidération du modèle de développement organisé par l’AMIF, présidée par Fouzi Lakjaâ.

Le ministre d’Etat a demandé la parole pour rappeler que le gouvernement n’avait pas l’intention de revoir les équilibres macro-économiques, ce qui pourrait causer la perte de la souveraineté de la décision financière. Mais le wali de Bank Al-Maghrib l’a rassuré qu’il ne visait pas le gouvernement actuel.

En fait, il voulait sensibiliser l’assistance composée de ministres et de hauts fonctionnaires sur les dangers des conditionnalités appliquées par les institutions internationales à certains pays comme la Grèce qui a dû réduire le montant des pensions de retraite, a-t-il rappelé.  Le Maroc a vécu l’ajustement structurel dont le «coût social a été terrible».

Pour lui, «quand les moyens sont limités, il est impératif de prioriser. C’est bien de mettre en œuvre les filets sociaux mais la classe moyenne en veut également». Qu’importe, au cours de ses interventions, provoquées par Noureddine Bensouda, patron de la TGR qui assurait la modération, Abdellatif Jouahri a été, à plusieurs reprises, applaudi par l’assistance. D’ailleurs, le lendemain, Nabil Benabdallah, à la tribune, ne s’est pas empêché de qualifier le vif échange entre Ramid et Jouahri de «signe de bonne santé. Nous avons besoin de cela», a-t-il lancé.

L’Etat stratège doit céder des espaces

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Après un vif échange en salle, le wali de BAM, Abdellatif Jouahri, et Mustapha Ramid mettent de côté leur différend le temps d'une pause (Ph. Bziouat)

L’autre intervention attendue a été celle de Salaheddine Mezouar, président de la CGEM, qui a considéré que «le modèle de dévelopement ne pourra se faire sans un secteur privé fort, engagé et responsable. C’est le second pilier pour que l’économie et la société fonctionnent en harmonie». Sur le rôle et la mission de l’Etat, des clarifications étaient nécessaires. L’Etat stratège doit céder des espaces, «nous sommes arrivés à des situations où nous avons besoin d’oxygène», dit-il.

Pour lui, les filets sociaux font partie du rôle de l’Etat et ne peuvent constituer un enjeu politique. Et de s’enflammer: «Il y en a marre de l’assistanat. Nous attendons que l’Etat fasse tout. Nous voulons opérer des ruptures. Nous sommes champions dans l’analyse. Il faut le devenir aussi dans la mise en œuvre», a souligné l’ancien ministre et ex-président du RNI.

Les politiques s’en mêlent

En tout cas, Fouzi Lakjaâ a réussi le tour de force de réunir des dirigeants politiques pour discuter du modèle de développement. Une initiative considérée comme une première dont le président de l’Association des membres de l’inspection générale des finances (AMIF) est à l’origine.

D’emblée, Nizar Baraka a placé la barre haute. Pour le secrétaire général de l’Istiqlal, après une année du discours royal invitant à la réflexion autour du thème, les citoyens attendent toujours. Pourtant, le sujet doit faire l’objet d’un débat national afin d’éviter qu’il ne soit une affaire d’experts ou l’apanage exclusif de la majorité ou de la droite. L’idée est que les Marocains se l’approprirent, a souligné le président du CESE.

Pour cela, «un consensus sur les grands choix avec la fixation d’un cap et d’une vision politique intégrée seront nécessaires. A partir de ce cadre général, la compétition entre les partis s’ouvre pour que chacun confectionne son programme», a noté l’ancien ministre des Finances.

Toutefois, Nizar Baraka s’est abstenu de révéler le contenu du document de l’Istiqlal qui sera soumis pour validation au Conseil national du 27 octobre prochain. Il a saisi cette opportunité pour lancer un appel aux élites politiques et économiques afin de s’impliquer au lieu de se contenter de critiquer, parfois de dénigrer.

L’impératif de rétablir la confiance des citoyens est une affaire de tout le monde. Nabil Benabdallah est dans le même état d’esprit. Le secrétaire général du PPS, qui a déjà travaillé sur le modèle de développement, reconnaît l’existence de faiblesses dans le discours politique qui ne suscite plus d’espoir.

«Les Marocains doivent se sentir concernés»

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«Nous attendons que l’Etat fasse tout», a martelé Salaheddine Mezouar. Pour lui, des ruptures doivent être opérées. «Nous sommes champions dans l’analyse. Nous devons le devenir aussi dans la mise en œuvre» (Ph. Bziouat)

Du coup, pour réussir le modèle de développement, le portage politique est vital. Ce qui suppose que les citoyens croient dans le discours des partis. C’est pour cela que la réhabilitation de la classe politique est urgente», indique l’ancien ministre. Il a été relayé par Samir Belfkih, qui a remplacé au pied levé le secrétaire général du PAM, Hakim Benchamach, qui s’est absenté pour des raisons de santé, a donné un exemple significatif pour tester la confiance.

Un enseignant dans le secteur public choisit d’inscrire son enfant dans une école privée ou de la mission étrangère. Pourtant, il s’agit d’un acteur principal du système d’enseignement. Il faut clarifier cette absence de confiance, dit-il. Pour lui, «dans la société, les enjeux sont importants et les Marocains doivent se sentir concernés. Car, note-t-il, sans engagement sociétal pour rejoindre les pays émergents, on fera du surplace.

Il ne s’agit pas d’un match amical mais d’une situation où chacun doit prendre conscience qu’il a une valeur ajoutée à mettre dans la bataille». Quant au PJD, il était représenté par Driss El Azami, président du Conseil national du parti. Pour cet ancien ministre du Budget, la Constitution de 2011 a consacré les principes du choix démocratique, de la libre entreprise, de la libre initiative et de la concurrence loyale visant à faciliter l'accès des jeunes à l'emploi.

«La voie de confiance» du RNI

Aziz Akhannouch, président du RNI, retenu à Marrakech, a dépêché Mbarka Bouaida pour livrer la vision du parti sur cette thématique d’actualité. Pour la secrétaire d’Etat, le Maroc a franchi des pas et réalisé des acquis qu’il est impératif de conserver. «La voie de confiance» est le point de départ de ce chantier. Cette plateforme du RNI a été élaborée sur la base d’une démarche participative, avec l’implication des citoyens et des militants. Pour elle, le succès de tout modèle de développement est tributaire de l'intérêt qu'il portera aux chantiers prioritaires des Marocains, que sont l'emploi, la santé et l'éducation.

«Clean ou pas»

Abdellatif Jouahri a voulu sensibiliser l’assistance sur l’importance de la bonne gouvernance. Selon lui, sur le plan international, «la moralisation de la vie publique et la lutte contre la corruption ne sont plus des sujets tabous». A ce titre, il a été on ne peut plus direct: «Au niveau de la perception, il n’y a pas de progressiste de droite ou de gauche. Vous êtes clean ou vous ne l’êtes pas». Il enfonce le clou en affirmant que «la vox populi est comme l’école qui connaît le bon et le mauvais élève».

 

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