Culture

Faouzi Skali: «Le soufisme a une portée pédagogique et instructive»

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5372 Le 16/10/2018 | Partager
Faouzi Skali propose une éducation esthétique, émotionnelle et spirituelle
Il milite pour la création d’un fonds documentaire du patrimoine soufi
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Pour Faouzi Skali, président du Festival de Fès de la culture soufie et antropologue, «il faut renouer avec l’extraordinaire richesse et profondeur du patrimoine soufi et nous en nourrir afin de lancer une nouvelle dynamique de pensée et de créativité» (Ph. YSA)

- L’Economiste: La 11e édition du festival met à l'honneur «la présence du soufisme». Pourquoi ce retour vers les fondamentaux du soufisme?

- Faouzi Skali: Notre Souverain a régulièrement souligné l'importance de ce patrimoine culturel du soufisme pour notre pays et pour la culture de l'Islam en général. Il est l'un des plus importants au monde par sa diversité littéraire, poétique, artistique et philosophique et en même temps, nous n'avons que peu conscience de cette réalité et de cette «présence». Ce patrimoine traverse toutes les cultures depuis des siècles. Un tel festival participe à rendre tangible et intelligible cette présence. Le soufisme et les œuvres qu’il a produites font l'objet de recherche dans divers instituts et universités à travers le monde. L'objectif du festival est de faire en sorte que cette culture redevienne à nouveau une référence commune, de partage de valeurs et d’une certaine vision de la vie et des relations sociales. Qu'elle prenne une forme qui convienne à notre époque de ce qui a constitué le logiciel culturel propre à notre civilisation marocaine.

- Comment renouer avec la sagesse et les enseignements des maîtres soufis? Et peut-on transmettre ces enseignements et ces expériences aux jeunes générations?
- Les œuvres des grands maîtres du soufisme ne sont pas accessibles au même degré. Certaines, comme celles d'Ibn Sabiin ou Ibn Arabi, nécessitent un degré de connaissance et une expérience personnelle approfondie qui restent très rares. Mais comme pour les œuvres de Platon ou d'autres philosophes de l’antiquité, il est possible d’en faire sur certains points des résumés simplifiés qui peuvent être utiles. Mais il y a beaucoup d’autres œuvres en prose ou poétiques qui ont une portée pédagogique et instructive et qu'il serait pertinent et édifiant d’introduire dans le cursus scolaire. L’un des meilleurs moyens d’initiation dès le plus jeune âge est l'apprentissage de la poésie soufie chantée ou le samaa. C'est à la fois une éducation esthétique, émotionnelle et spirituelle.

- Quel est le rôle des zawiyas et comment les redynamiser?
- Le soufisme avant d'être une culture est d'abord une expérience spirituelle personnelle qui s'accomplit au cœur  d'une zawiya. Au Maroc, c'est une tradition historique d'encourager les zawiyas qui ont constitué avec le temps cet extraordinaire maillage culturel. Il faut lire les ouvrages de Jacques Berque pour comprendre comment cela s'exprime jusque dans le moindre village amazigh du Haut Atlas. Il y a eu ensuite une certaine rupture culturelle avec ce monde que l'on a considéré à tort comme dépassé et archaïque. Nous sommes aujourd'hui dans une autre «épistème», comme diraient les philosophes, qui nous permet de renouer avec l'extraordinaire richesse et profondeur de ce patrimoine et de nous nourrir de celui-ci pour nous ouvrir à une nouvelle dynamique de pensée et de créativité. La culture du soufisme nous donne des clés pour apporter à notre époque ce qui lui manque d'essentiel: une dimension de sagesse et de spiritualité.o

Propos recueillis par Youness SAAD ALAMI

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