Economie

Un dernier duel dans l’affaire du cahier tunisien

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5371 Le 15/10/2018 | Partager
Le Commerce extérieur finalise son enquête
La taxe antidumping baisse de moitié
Les producteurs sont «mécontents»
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Les sociétés plaignantes, Mapaf, Med Paper et Promograph assurent «avoir vendu à perte de 2013 à 2016». Le Commerce extérieur s’est basé sur ces années pour apprécier le dommage causé par le cahier tunisien. Il s’adjuge 89% du volume des importations en 2016

Fin tendue dans une grande bataille commerciale. Si le dumping du cahier tunisien est un fait établi, la grande question est de savoir à quel pourcentage (cf. L’Economiste n°5229 du 14 mars 2018). Les producteurs locaux expriment déjà leur mécontentement.

«Nous sommes très déçus par les marges retenues pour faire face au dumping des exportateurs tunisiens», déclare Jalil Benddane, président de l’Association des fabricants de cahiers marocains. Le département du Commerce extérieur vient de communiquer aux opérateurs locaux les conclusions de son enquête visant le cahier originaire de Tunisie. Ce document n’a pas été définitivement avalisé et n’a pas été par conséquent rendu public.

Au début, les marges antidumping provisoires étaient de 33,7% pour Sitpec et de 51% pour Sotefi. Elles passent à 15,6% pour le premier et à 27,7% pour le second exportateur tunisien, selon le rapport ministériel. Ces marges sont loin de la moyenne des 84% avancés dans la plainte déposée par la branche de production nationale auprès du Commerce extérieur.

Avant d’officialiser leur décision, les enquêteurs devront attendre les réponses des protagonistes. Le document ministériel leur a été envoyé la semaine dernière pour commentaire. Les producteurs locaux disposent de 15 jours en principe pour se prononcer par écrit.

Les fabricants de cahiers peuvent-ils espérer un revirement significatif? «L’avis du Commerce extérieur n’est réexaminé qu’en cas d’erreur manifeste de calcul. En règle générale, le rapport final ne change pas sur le fond ou alors très rarement», précise une source proche du dossier. 

En matière d’antidumping, l’enjeu d’une taxe additionnelle est de contrer la concurrence déloyale. L’un des producteurs, ayant souhaité garder l’anonymat, a l’espoir «d’une hausse de la taxe à au moins 28%». La Tunisie, explique-t-il, a des accords avec des pays asiatiques producteurs de pâte à papier. Ses opérateurs «ne payent aucune taxe douanière» pour importer leur matière première.

«Or nous sommes taxés à la Douane à hauteur de 17,5%», indique Nabil Teber, le DG d’Imprimerie moderne. Il n’est pas plaignant. Ce dossier risque d’avoir des incidences directes sur son usine à Tit Mellil, aux environs de Casablanca. Son confrère de Mapaf, Jalil Benddane, va tenter au nom de la profession de faire valoir l’argument d’une faillite généralisée auprès du Commerce extérieur: «Les opérateurs vont finir par fermer d’ici 3 ans au plus tard, si ces marges antidumping sont maintenues. Deux sociétés agonisent déjà sur les 5 que compte le secteur».

Graphomed et Amiprint «semblent avoir arrêté la production de cahiers au Maroc et 7 producteurs nationaux ont disparu», relève le rapport d’ouverture de l’enquête.

Le cas des emblématiques Somapa et Aiglemaire est cité. Même si la direction de la défense et de la réglementation commerciale ne s’en tient qu’aux pièces du dossier (factures, courriers...) et ses chiffres. Les importations du cahier made in Tunisia sont passées de 6.111 tonnes en 2013 à 7.247 en 2015. En tant qu’exportateurs, Sitpec et Sotefi sont leaders sur le marché marocain. «Il représente environ la moitié de leurs chiffres d’affaires», soutiennent leurs concurrents.

Il est de coutume...

Que reproche-t-on aux Tunisiens? D’exporter leurs marchandises à des prix en-dessous de ceux pratiqués dans leur propre pays. Un fait confirmé par l’enquête lancée le 11 mai 2017. D’où l’enjeu de la taxe coercitive qui va être définitivement instaurée pour réguler le marché. Les fabricants locaux veulent «un juste rééquilibrage» des marges antidumping.

Celles retenues pour l’instant «semblent sous-évaluées au regard du comportement agressif des exportateurs et ne seront pas dissuasives», plaide l’Association des fabricants de cahiers marocains. Elle assure vouloir «utiliser tous les moyens de droit pour assurer les conditions d’une concurrence loyale» sur le marché marocain. Car le président des fabricants pronostique  des artifices commerciaux: «Les Tunisiens vont essayer de jouer sur le grammage du papier et la qualité de la couverture pour contourner la mesure douanière. Leurs cahiers vont ressembler à ceux qu’on produisait dans les années 1990».   

Il est de coutume dans ce genre de dossier que les importateurs et leurs fournisseurs étrangers font alliance pour crier à l’injustice. Début mars 2018, les importateurs ont déclaré que «l’antidumping ne peut être utilisé à des fins protectionnistes». Entretemps, les Tunisiens ont saisi l’OMC. Son Organe de règlement de différends statue dans les affaires de commerce international. Il nous a été impossible de joindre les importateurs pour les sonder sur ce dernier rebondissement.   

Il est de coutume aussi de parler de pression politique et de lobbying, comme cela a été soutenu dans le dossier de l’acier et d’autres. «Il y a eu un lobbying intense. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, a affirmé la volonté du Maroc de défendre son industrie. Même s’il est attaqué à l’OMC. Mais ce n’est pas les marges retenues contre le cahier tunisien qui vont nous protéger», déclare une source sous couvert d’anonymat.

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