Economie

Agrumes: Les producteurs ont la gueule de bois

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5370 Le 12/10/2018 | Partager
Le décrochage à l’export est net: 50 points en 22 ans
La récolte estimée à 2,7 millions de tonnes absorbée pour les 2/3 par le marché local
Les marges ont fondu, s’inquiète la profession
agrumes_export_070.jpg

Le contrat programme signé en 2008 expire cette campagne. Les objectifs de production ont été quasiment atteints mais celui de l’export est réalisé à moitié: 677.000 tonnes en 2017-2018 contre 1,3 million de tonnes ciblées

Les producteurs d’agrumes s’inquiètent de l’avenir de leur filière ! Ils relèvent, avec appréhension la baisse tendancielle de la rentabilité de leurs vergers. En cause, la stagnation, voire le recul de l’export par rapport à la production globale d’une part et la montée en puissance du marché local avec des prix jugés très faibles d’autre part.

Ce marché absorbe désormais les 2/3 de la production.  Avec à la clé l’importation d’importants volumes de concentré d’agrumes et autres jus. D’où la thématique retenue par la profession pour sa dernière assemblée générale: améliorer la rentabilité et la compétitivité du secteur.

Pour l’Association des producteurs du Maroc (Aspam), la rentabilité devrait résulter de l’augmentation des volumes exportés. Or si l’Etat et les producteurs ont pleinement joué le jeu (soutien aux plantations, développement des superficies et de la production), «les exportateurs restent sur les sentiers battus: pas d’efforts d’ouverture de nouveaux marchés et de consolidation des positions acquises», est-il relevé par de nombreux producteurs.

Dans le détail, les propositions des agrumiculteurs se déclinent en ces termes: organiser l’exportation, éviter la concurrence maroco-marocaine, résoudre les problèmes de logistique et du transport maritime… A l’extérieur, il y a urgence d’implanter des plateformes de distribution dans des pays européens pour répondre à la demande dans les délais requis. Surtout, pour les grandes surfaces.

C’est d’ailleurs, le mode opératoire de la concurrence, notamment l’Espagne et la Turquie. Il faut également créer des consortiums d’exportation, chercher de nouveaux marchés et lancer des campagnes de promotion. Ces pistes avaient d’ailleurs fait l’objet de consensus interprofessionnel lors du séminaire organisé par l’Aspam à Agadir en février 2018.

Depuis, les producteurs ont assumé la poursuite du déploiement des engagements pris dans le cadre du contrat programme. Alors que ce dernier arrive, cette campagne, à expiration, ils constatent le peu de progrès réalisé en ce qui concerne la distribution.    
La convention signée avec l’Etat (2008-2018) se fixait pour objectif d’atteindre une superficie globale de 105.000 hectares contre 83.000 en 2008  et une production de 2,9 millions de tonnes à l’horizon 2018 avec 1,3 million de tonnes à l’export. Ces prévisions sont presque réalisées pour ce qui est de la production et dépassées pour les superficies: 126.000 ha.

export_agrumes_070.jpg

La reconquête des parts de marché de l’UE tarde à se réaliser. Après une reprise de 3 points en 2016-2017, l’origine Maroc y a accusé un recul du même niveau 

Pour cette année, la production atteindrait les 2,7 millions de tonnes. «Seulement, l’export  devrait porter, tout au plus, sur 670.000 tonnes», estime l’Association des producteurs. Ce qui limite la part exportable à près de 25% de la production globale. «C’est un grand retour en arrière», tempête  un vétéran producteur du Souss.

Pour rappel, le record de la dernière campagne d’exportation (677.000 tonnes,  a été battu, il y a 22 ans. C’était lors de la saison 1985-1986 avec 750.000 tonnes exportées. Auparavant et bien après, la moyenne se situait entre 650.000 et 700.000 tonnes. Ceci, avec une production de l’ordre de 1,2 million de tonnes. De même, le pays se prévalait d’un volume de 50.000 tonnes de concentré d’agrumes dont l’essentiel était destiné à l’exportation. Aujourd’hui, la donne a été complètement inversée: le pays est devenu importateur net de jus et concentré.

Il y a aussi la problématique des marchés de gros qui perçoivent une taxe de 6,5%, sans contrepartie en services d’entreposage sous froid, espaces de triage et conditionnement. Sur les 2,7 millions de tonnes de production prévue, environ 1,9 million seront écoulées sur le marché local dont 50.000 tonnes seront absorbées par les usines et transformées en jus, concentré, écorces séchées.

Il y a également les huiles essentielles utilisées dans les produits cosmétiques et pharmaceutiques. Et là aussi la capacité installée est insuffisante et pas compétitive.

S’ajoute le problème du prix de vente sur le plan national qui ne satisfait ni le producteur ni le consommateur à cause de la multiplicité des intermédiaires qui font flamber les prix alors que le producteur ne touche qu’une moyenne de 1,5 DH/kg. «Avec de tels problèmes, il n’est pas facile d’assurer des débouchés permanents», se désole le secrétaire général de l’Aspam.

Cartographie du secteur

  • Superficie: 126.000 ha
  • 2% de la superficie cultivable totale
  • 18% des surfaces plantées en espèces fruitières
  •  Production: 2,7 millions de tonnes en 2018-2019
  •  Export: 650.000 à 700.000 tonnes prévues en 2018-2019
  • Transformation: 2,5% de la production et import de 80.000 tonnes d’agrumes sous forme de concentré et de jus surgelés
  • Emploi: 150.000 dont 100.000 dans les vergers
  • Source de revenu principal pour 8.000 familles de producteurs.

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc