International

Maroc-Espagne: Le passage à vide

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5363 Le 03/10/2018 | Partager
Madrid préoccupée par les affaires intérieures
Les deux pays divisés sur la question de la migration
Rabat rejette la création de centres de détention sur son territoire

Le Maroc et l’Espagne semblent se tourner le dos. Un passage à vide que les deux voisins finiront par dépasser sous la pression de la géographie et des intérêts communs. Si Rabat s’intéresse à l’Afrique, Madrid est, par contre, préoccupée par ses affaires intérieures. «Le changement de gouvernement, qui a basculé de la droite vers la gauche, plonge l’Espagne dans une concentration  sur ce qui se passe en interne.

Le gouvernement de Pedro Sanchez est fragilisé par les scandales. Le limogeage de deux ministres sera probablement suivi par deux autres. Tout cela affaiblit l’efficacité de cet exécutif de gauche, souligne Mohamed Amrani Boukhobza, professeur des relations internationales à l’Université Abdelmalek Saâdi de Tanger. D’autant qu’il ne bénéficie pas d’une majorité politique forte pour résister jusqu’au bout de son mandat. En face, le Parti populaire est aux aguets.  Il est déterminé à récupérer le pouvoir si demain des élections anticipées sont organisées.

En outre, la tradition veut que le premier voyage à l’étranger du chef de gouvernement espagnol nouvellement nommé s’effectue au Maroc. Or, cette fois-ci, cette coutume diplomatique, longtemps entretenue, est rompue. Rappelons que Pedro Sanchez est chef de gouvernement espagnol depuis juin dernier mais n’a toujours pas réussi à caler ce déplacement à Rabat.

En effet, ce voyage a été reporté plusieurs fois. Officiellement, la raison invoquée est liée à l’agenda royal et à un désaccord sur le programme de la visite. Les marocains et les espagnols ne sont pas arrivés à un consensus sur les priorités à traiter.

D’autres sujets historiques qui fâchent

D’autres sujets historiques fâchent comme les enclaves de Ceuta et Melilla. Sur ce dernier préside, les autorités ont serré les vis au sujet des échanges commerciaux. Une situation qui déplaît à Madrid.  Comme les visites de responsables espagnols dans les deux enclaves ne sont pas très bien vues par les marocains.

Toutefois, la coopération en matière sécuritaire est totale. Elle a été qualifiée à plusieurs reprises «d’exemplaire» surtout sur le dossier de la lutte contre le terrorisme. L’entraide entre les deux pays continue sur la bonne voie. Ce n’est pas le cas d’autres grands sujets qui divisent les deux capitales, comme la vision de la gestion de l’émigration. L’Europe, confrontée à ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, essaie d’élaborer une vision commune.

Sauf que dans le schéma esquissé, elle essaie d’exporter les flux migratoires à l’extérieur de l’espace européen. Le projet de création de centres de rétention des émigrés au Maroc et en Libye est avancé, notamment par l’Italie. Cette idée est catégoriquement rejetée par Rabat. Pourtant, les sujets de la migration devaient être un dossier traité en commun.

D’autant que le Maroc a été souvent donné en exemple dans la coopération et la lutte contre l’émigration clandestine, indique le professeur Mohamed Amrani Boukhobza. Par ailleurs, le Maroc n’est plus considéré uniquement comme un pays de transit mais un pays d’accueil. Il s’est doté d’une politique d’émigration, mise en œuvre depuis 2013, sur instruction royale.

Deux grandes vagues de régularisation ont profité aux étrangers clandestins dont une grande partie sont des subsahariens. L’Europe ne pouvait ignorer ces données et décider que le Maroc abrite des centres de détention des migrants refoulés. D’autant plus que vis-à-vis de l’Union européenne, le Maroc n’a pas profité de sa politique migratoire. Le seul pays qui en a tiré les bénéfices demeure l’Espagne, considéré comme la frontière extérieure de l’Europe.

L’autre dossier qui envenime les relations bilatérales réside dans la confusion de la position espagnole sur l’affaire du Sahara marocain. Il faut reconnaître que sur cette question, les partis de gauche n’ont pas fait preuve de positions très claires à l’instar des formations de droite.

En effet, les relations bilatérales ont été prospères avec des chefs de gouvernement comme Mariano Rajoy ou José Maria Aznar (exception faite de l’épisode de l’Ilôt Leila ou Pérejil). Au niveau des Nations Unies, si la France est en faveur du Maroc, l’Espagne en revanche tergiverse.

Ce pays est confronté à sa société civile, favorable aux thèses des séparatistes du polisario. Des associations sont mobilisées pour faire la promotion de la «cause» des séparatistes dans les meetings internationaux.

Position tranchée

Rabat n’a jamais cherché à surfer sur la vague du référendum de l’indépendance de la région de la Catalogne de l’année dernière. En effet, le référendum du 1er octobre 2017  s’était soldé par 90 % en faveur de l’indépendance du pouvoir central de Madrid. Le taux de participation avait atteint 47%. Cependant, ce référendum a été déclaré illégal par la justice espagnole. Près d’un mois plus tard, le Parlement autonome avait approuvé une déclaration unilatérale d’indépendance qui avait provoqué la mise sous tutelle de Madrid de la région autonome, une intervention levée depuis. Ces rebondissements intérieurs à l’Espagne n’ont pas impacté la position du Maroc vis-à-vis de son voisin. Rabat a continué à mener une politique de fermeté sur l’avenir de cette région autonome. Elle n’a jamais évoqué son indépendance. D’ailleurs, avant le lancement du processus de référendum, les autorités marocaines n’ont pas accepté la visite du président de la Catalogne pour la simple raison qu’il n’avait pas respecté la procédure diplomatique. Pour Rabat, ce déplacement devait s’effectuer à travers le gouvernement central espagnol.

 

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