Reportage

A Merzouga, ces ex-nomades convertis aux activités touristiques

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5361 Le 01/10/2018 | Partager
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Dunes Merzouga, au loin le quartier Hassi labied où se sont installés les nomades dans les années 1960 (Ph. JM)

Dans les années 1960, une cinquantaine de familles nomades quittent les fiefs du désert pour se sédentariser au village de Merzouga. Leurs enfants fréquentent l’école, se lancent dans le tourisme du désert, fondent des hôtels.

Il s’appelle Mohamed Bourchouk, il a 43 ans, il est né à Merzouga. Il est issu d’une famille de nomades de père en fils, et il connaît le désert du sud-est marocain jusqu’aux recoins les plus reculés. Mohamed a eu, en plus, la chance de faire des études supérieures à l’université de Meknès.

Suffisamment d’atouts pour revenir à sa terre natale, pour fonder un établissement hôtelier et se consacrer aux activités touristiques liées au désert. Mais tout a un commencement et cela remonte, comme il nous le raconte, aux années 1960.

Comme des centaines de familles nomades qui sillonnaient le désert à la recherche de cours d’eau et des pâturages pour leur bétail, les Bouchrouk prirent la décision de se fixer pour de bon à Merzouga, un tout petit village à l’époque à la porte du vaste désert. Nous sommes en 1962.

«Cette décision n’était pas facile pour mes parents et pour tous les autres nomades, habitués à la liberté et aux grands espaces, mais il le fallait ne serait-ce que pour avoir une école à portée de main pour leurs enfants», nous confie Mohamed.

Merzouga, et précisément Hassi Labied (à ne pas confondre avec Hassi Beïda, le village situé à la frontière entre le Maroc et l’Algérie), était riche en cours d’eau et en palmiers, et la pluie, même peu fréquente, permettait d’abondants pâturages, en tout cas plus verdoyants que dans les fiefs du désert.

«Il n’y avait à cette époque que du sable, quelques palmiers çà et là, et rien d’autre, que du vent…»

La même année, cinquante autres foyers se sont sédentarisés sur cette même terre, propriété de quelques familles originaires de Rissani, la ville la plus proche de Merzouga. «Il n’y avait à cette époque que du sable, quelques palmiers çà et là, et rien d’autre, que du vent…», reprend notre interlocuteur.

En un demi-siècle et des poussières, cette terre s’est transformée en un véritable site touristique, avec ses boutiques, cafés-restaurants, ses gîtes, ses hôtels et ses maisons d’hôtes. Sur le sable, entre Erfoud et Rissani, s’est construite une route goudronnée, empruntée quotidiennement aujourd’hui par des campings cars et des 4x4 transportant une foule de touristes venant du monde entier se repaître des espaces désertiques et de leur douce musique.

Au diable la civilisation urbanistique et son stress, se disent-ils en voyant devant eux l’immensité du Sahara. Le père des Bouchrouk, après l’acquisition d’un morceau de terrain à Hassi Labied, y construit une petite maison, et envoie ses enfants à l’école. Comme quoi, la sédentarisation n’a pas que des désavantages. Le fils, Mohamed, en profite.

Après l’école primaire du village, il est allé à Rissani fréquenter le collège et le lycée, puis après, il est parti à Meknès faire des études supérieures, couronnées d’une licence en histoire-géo en 2000.

La même année, sur le terrain où les ex-nomades avaient érigé une maison familiale, Lahsen, l’aîné de la fratrie, finit la construction d’une auberge qu’il appelle «Sahara Merzouga». Le choix du lieu est bien réfléchi, quelques films à la réputation mondiale y ont été filmés, dont «Marrakech express» (1988), et la série «Le secret du Sahara» sortie en 1988.

Sans oublier le fameux Paris-Dakar qui traversait le village, et le célèbre Raid 4L Trophy, un défilé de 1200 voitures transportant des étudiants de France et d’Europe, qui s’arrête chaque année au village, installe son bivouac, l’animation à Merzouga est alors à son comble. Tout cela a contribué au rayonnement de la région, et par ricochet, à celui de quelques établissements hôteliers fondés par ces familles sédentarisées aux années 1960.

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 L’entrée de l’auberge Sahara Merzouga fondée par les enfants d’ex-nomades (Ph. JM)

Bain de sable en été

Petit établissement après son ouverture en 2000, celui des Bouchrouk compte actuellement parmi les plus réputés de Merzouga: 16 chambres doubles et triples, une piscine, un bivouac installé sur les dunes, un camping, et plusieurs dromadaires pour les excursions au milieu du désert.

Le coût de l’investissement? Impossible d’arracher une information précise à ce propos à notre interlocuteur. «Tout ce que je peux vous dire est que nous avons compté sur nos propres moyens et avons agrandi notre auberge en fonction de cela, sans jamais contracter le moindre crédit bancaire.

Notre fierté est qu’il n’y a plus de chômeurs dans notre famille, nous comptons 6 salariés à plein temps, sans parler des saisonniers recrutés pendant les fortes demandes ou pour les randonnées chamelières», se contente de révéler Mohamed.

Les 50 autres familles sédentarisées en même temps que les Bouchrouk ont acquis, chacune, une parcelle de terrain à Hassi Labied, et une dizaine parmi elles se sont lancées à leur tour dans des projets touristiques.

«Le tourisme est notre ressource économique première dans la région, grâce à la manne de ce vaste désert.L’affluence est grande même en été, grâce aux bains de sable», se réjouit Mohamed. Fort ancienne, cette thérapie séduit de plus en plus de touristes, qui trouvent un remède au rhumatisme chronique qui ronge leur corps.

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L’une des dizaines d’auberges qui ouvrent leurs portes depuis les années 2000 à Merzouga (Ph. JM)

Répétée pendant plusieurs jours, elle est réputée renforcer en plus le système immunitaire. Quelle différence entre le Merzouga des débuts des années 2000 et celui de 2018? Le réseau d’eau et d’électricité est généralisé à tous les foyers, celui d’internet de même, l’eau potable coule dans les robinets...

A part l’ancienne route goudronnée reliant Rissani à Merzouga longue de plus de 30km, qui date déjà des années 2000, une nouvelle de 21km relie désormais directement Merzouga à Taouz, petit village touristique aussi. Dans le désert de Merzouga, des nomades se comptent désormais sur les bouts des doigts, à l’inverse de celui des Chgagas près de M’hamed El Ghizlane (qu’on peut atteindre via Zagora), où cette population reste attachée encore au mode de vie de ses ancêtres.

Dans le premier cas, le tourisme se serait industrialisé du fait du pullulement des auberges (l’on en compte une centaine), de la forte demande touristique, et du développement du sport mécanique (quads). Avec toutes les conséquences écologiques qui en découlent, aggravées par la surutilisation des ressources d’eau et le non-respect des règles d’épuration des eaux usées.

L’accueil de la population et des aubergistes reste néanmoins courtois. Les Merzouguis seraient-ils devenus des arnaqueurs comme leurs homologues marrakchis? Mohamed Bouchrouk balaie d’un revers de la main cette assertion. «S’il y a de l’arnaque, ça ne vient jamais des vrais Merzouguis, mais de ces étrangers qui viennent investir ici en tourisme, l’homme du désert est resté fidèle à lui-même», assène notre aubergiste.

Où loger

Ces dernières années, le village Merzouga et la région disposent d’une offre abondante en hôtels, auberges et maisons d’hôtes, avec des prix attractifs.
-Auberge La Source : comme d’autres auberges, cet établissement est situé en face des dunes d’Erg Chebbi, dans le quartier de Hassi Labied, qui connaît depuis une dizaine d’années la multiplication d’établissements hôteliers. Des promenades à dos de chameaux et des bains de sable y sont proposés.
Prix chambre double: 550 DH, petit déjeuner compris.
-Auberge Sahara: fondée par les Bouchrouk, une famille d’ex-nomades installée à Haasi Labied depuis les années 1960, cette auberge est construire au début des années 2000. Un bivouac est mis à la disposition des clients souhaitant passer une ou deux nuits sur les dunes.
Prix : chambre double avec petit déjeuner, 500 DH.

                                                                                 

Les Khattarates, ce système ancestral d’irrigation

Malgré le réseau de distribution d’eau opérationnel dès le début des années 2000, la population de Merzouga et sa région continue de compter sur l’eau des puits pour l’irrigation de ses plantations de légumes et d’aliments pour le bétail, d’autant que cette eau jaillit à moins de 10 mètres de creusement.

Les villageois de Merzouga ont maîtrisé à la perfection, par l’expérience qu’ils ont acquise en la matière, l’art de creuser des Seguias qui canalisent l’eau des puits jusqu’à leurs cultures. La technique la plus ingénieuse est la construction de khattarate. Il s’agit d’un tunnel qu’on creuse sous terre (il peut atteindre jusqu’à plusieurs kilomètres de longueur) qui relie les puits creusés.

Cette technique est réputée la meilleure pour former une source dont le débit est fonction de la longueur du tunnel creusé, du nombre de puits et de l’importance des nappes souterraines. Entre Erfoud et Merzouga, il en existe plusieurs, mais il est difficile de savoir le nombre de celles qui sont encore en service.

 

 

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