Analyse

Tourisme: Le virage du nouveau modèle économique

Par Amin RBOUB | Edition N°:5351 Le 17/09/2018 | Partager
15 ans de déperditions à la loupe
Pilotage: comment relancer la machine

La feuille de route du tourisme fait le buzz de la rentrée. Le rapport, publié en exclusivité par L’Economiste (cf. édition du 3 septembre) continue de faire des vagues. Le diagnostic élaboré par un comité d’experts (Comex), dont le chef de file n’est autre que Amyn Alami, l’un des concepteurs de la Vision 2010, est très critique sur la politique du tourisme. Il s’agit d’une analyse transversale de l’ensemble des composantes et tendances du secteur durant une période de 15 ans (2000-2015).

Pilotage de la stratégie, gouvernance (publique/privée), plan Azur, aérien, offre produit, promotion, capacité, modèle économique, positionnement, investissements, nuitées, recettes, arrivées... L’enjeu consiste à soumettre ce rapport à la tutelle afin de relancer la machine, apporter des réajustements, insuffler une dynamique et imprimer un rythme soutenu pour un nouveau décollage de la destination Maroc.

Pour l’heure, le rapport du Comex est entre les mains du ministre de tutelle (Sajid) pour en valider le diagnostic et les recommandations. Si c’est le cas, un plan d’actions sera enclenché dans les plus brefs délais afin de sauver les meubles.

La priorité des priorités consiste à remettre de l’ordre et rétablir la confiance dans un contexte régional fortement concurrentiel: l’Egypte qui repart, la Tunisie qui accélère, la Turquie qui séduit de plus en plus avec plus de 30 millions de touristes par an, l’Espagne qui monte au 2e rang mondial (82 millions) loin devant les Etats-Unis (75,6 millions), la France (1re destination mondiale) qui parie cette année sur un record historique de 90 millions de touristes!

Modèle économique «désintermédié»

Tout l’enjeu aujourd’hui repose sur «le formatage d’une nouvelle vision stratégique». En clair, il va falloir «réinventer de nouveaux produits» en tenant compte du nouveau contexte mondial marqué par un business model par destination. Un modèle économique «désintermédié» avec un profil de client individuel, de plateformes électroniques, Internet, aérien low cost, courts séjours...

Autrement dit, fini le schéma classique des agences de voyages et des TO avec des vols charters affrétés et des séjours rallongés. La tendance mondiale va plutôt vers le développement des low cost. Un phénomène alimenté par un tourisme plutôt «city break» (court séjour) avec des attentes et des comportements complètement différents.

Ce qui passe par de nouvelles formes d’hébergement alternatif, telles que les plateformes électroniques, voire communautaires payantes de location et de réservations de logements (notamment Airbnb, Booking...).

Là justement, les experts relèvent plusieurs discordances, des incohérences et incompatibilités structurelles, puisque l’ensemble des destinations marocaines ne disposent pas d’une offre aérienne, ni de la clientèle compatible. D’où les multiples contre-performances enregistrées tant en termes d’arrivées que des recettes et des nuitées.

D’ailleurs, en 15 ans, le Maroc a perdu entre 5 et 10 millions de nuitées à cause de ce décalage du modèle économique. Voilà un exemple concret de la défaillance de pilotage et de la veille stratégique à tous les niveaux. Pour rectifier le tir, il va falloir opérer une refonte de fond en comble de l’ensemble des mécanismes de gouvernance. Ce qui passe par un changement de l’architecture qui cimente la représentativité du secteur.

«Cette refonte de la gouvernance (privée et publique) est une question de survie». Côté public, les experts recommandent une refonte intégrale, voire un séisme dans le schéma institutionnel actuel. La solution viendrait aussi de la création d’instances mixtes de pilotage.

 

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