Régions

Tourisme religieux: Fès veut séduire plus de pèlerins tijanes

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5340 Le 30/08/2018 | Partager
Fondation des oulémas africains, Sidi Ahmed Tijani, Al Quaraouiyine… des atouts de taille
Sénégal, Mali, Guinée…un marché à grand potentiel, mais peu d’offres adaptées
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Les Tijanes dépensent entre 1.000 et 1.500 euros chacun. Ils considèrent leur voyage à Fès comme un pèlerinage sacré (Ph. YSA)

Dimanche dernier, et malgré un thermomètre frôlant les 43°C, plus de 200 pèlerins tijanes se sont rendus au mausolée Sidi Ahmed Tijani à Fès pour la prière d’Addohr. Ces visiteurs, habitués aux températures caniculaires, de plus en plus nombreux à visiter la capitale spirituelle durant cette période de l’année, ravivent le tourisme dans la médina en  basse saison. Le tourisme religieux, et particulièrement à la cité millénaire, est promu à l’occasion des tournées royales en Afrique.

L’impulsion royale pour «la capitale académique et spirituelle» s’est également traduite par le plan de restauration de 27 monuments historiques (2013-2017), ainsi que par le programme complémentaire de valorisation de la médina (2018-2023). Tout le défi est de pouvoir rendre à la médina de Fès son lustre d’antan. L’Economiste revient sur les principaux axes de la vision royale.

■ Une fondation des oulémas africains

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En juin 2016, le Roi recevait les membres de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains au sein de la mosquée Al Quaraouiyine. La Fondation se veut promotrice «de la paix, de la stabilité et d’œuvres utiles portées par les valeurs de la religion». Pour autant que celle-ci soit comprise, et que sa pratique soit prémunie de l’ignorance, de la déviation et de l’extrémisme. Le modèle marocain, prônant un Islam moderne, tolérant et de paix,  séduit en Europe, où plusieurs pays réclament l’accompagnement du Royaume, mais aussi en Afrique. Pour notre continent, le modèle inspire, entre autres, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Et c’est dans cette vision de communion et de partage que le Souverain a présidé, le 14 juin à Fès, la cérémonie d’installation du Conseil supérieur de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains.

■ Reprogrammer des packages pour faire décoller la destination

Positionner Fès sur l’échiquier des agences de voyages du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire, Guinée…est une priorité. Pour les professionnels du secteur, le tourisme religieux présente une belle opportunité, quand RAM apporte son appui. Rappelons que des packages étaient proposés à des prix très attractifs (5.000 DH) à partir des villes africaines. Ils comprenaient le logement sur 4 nuits et le transport aérien.
Aujourd’hui, ces packages sont vivement sollicités. Pour avoir déjà enclenché la dynamique du marché européen grâce aux dessertes assurées par Air Arabia, Abderrafih Zouitene, ex-patron de l’ONMT, souligne que «le marché africain représente un gisement encore non exploité. Il pourrait permettre un réel décollage de la capitale spirituelle et académique». Toutefois, pour conquérir les touristes tijanes, il faut créer des lignes directes avec les principales capitales africaines… à commencer par Dakar (Sénégal).
 Son prix ne devrait pas dépasser les 2.000 DH pour un aller-retour. «Il faut faire sauter les verrous de l’aérien pour assurer le développement du tourisme dans la région. Il faudra donc mettre en place des vols low-cost qui pourraient tripler le nombre des arrivées du marché africain pour atteindre 3 millions de touristes à l’horizon 2020», conclut Driss Faceh, président d’honneur du CRT.

■ 1 milliard de DH pour la médina

La capitale idrisside a mis en avant sa médina et ses monuments pour près d’un milliard de DH d’investissement. Il s’agit d’un univers incomparable de vie, d’histoire, de beauté, d’émerveillement… A chaque ruelle une découverte surprenante, entre les boutiques de coin de rue, les ateliers des artisans, les foundouks et les médersas. La médina de Fès est dotée d’un des plus importants centres spirituels, la confrérie Tijania, un haut lieu de pèlerinage pour l’ensemble de la communauté répartie dans de nombreux pays africains, soit plus de 350 millions de fidèles. En effet, le fondateur de la tariqa, Sidi Ahmed Tijani, repose depuis 1815, année de sa mort, à Fès. Chaque année, la zaouia qui abrite le mausolée attire des milliers de pèlerins. C’est en quelque sorte «la Mecque des Tijanes». Aussi, une nouvelle forme de tourisme, échappant aux nomenclatures habituelles, est en train de se développer dans la ville.

■ Des accords pour doper la niche spirituelle

Le tourisme religieux ou spirituel, par l’infrastructure commerciale qu’il suppose, fait partie intégrante de l’industrie touristique. Depuis 2016, l’Office national marocain du tourisme (ONMT) est engagé dans la promotion du marché africain à travers plusieurs accords, dont le mémorandum d’entente signé avec la communauté tidiane du Sénégal (CTS). En vertu de cet accord, l’ONMT doit organiser des éductours en faveur des agences de voyages spécialisées dans le tourisme religieux, aider à développer des packages accessibles à un large public au Sénégal et à l’étranger, et initier des événements à caractère religieux au Sénégal et au Maroc. Pour sa part, la CTS assure le relais auprès de la communauté tijane au Sénégal en particulier, et en Afrique en général. Le lancement de la ligne Dakar-Fès devrait booster le nouveau terminal de l’aéroport Fès-Saïss, dont les travaux ont nécessité plus de 500 millions de DH. Cette plateforme permettra de tripler la capacité d’accueil pour atteindre 5 millions de passagers par an.

■ Logement chez l’habitant, une forme de développement humain

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Les pèlerins tijanes résident tous en médina, dans une cinquantaine de maisons répertoriées. Un label qualité, «ziyarates Fès», a été pensé dans ses moindres détails: mise à niveau des demeures retenues, équipement des chambres, formation des familles d’accueil et mise en place d’une organisation de gestion. Le projet est aussi l’occasion de faire connaître des pratiques sociales inaccessibles aux visiteurs étrangers (hospitalité, sorties au hammam, repas conviviaux…). C’est l’Union des associations et amicales des quartiers de la médina qui se charge de gérer les réservations.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

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