Analyse

Investissement: Où est passé le secteur privé?

Par Franck FAGNON | Edition N°:5329 Le 06/08/2018 | Partager
Les opérateurs manquent de visibilité et la lenteur des réformes n'aide pas
La difficulté des entreprises à s'adapter aux changements économiques reste un facteur de blocage
Les délais de paiement trop longs freinent l'investissement
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La hausse de l'investissement a sensiblement ralenti à 4% en 2017. Sa contribution à la croissance a diminué de 2 points à 1,3%. L'effort est essentiellement public. L'absence du secteur privé de cette dynamique a de lourdes conséquences sur l'emploi notamment

Le travail du gouvernement sur l'amélioration de la confiance des chefs d'entreprise ne donne pas jusque-là de résultats encourageants puisque les alertes sur l'atonie de l'investissement privé se multiplient. Bank Al-Maghrib et la Cour des comptes ont à nouveau manifesté leurs inquiétudes sur une situation qui bride la croissance.

Pourtant, en moyenne, 34% du PIB sont consacrés à l'investissement depuis dix ans. Peu de pays peuvent justifier d'un tel effort sur une période longue. En revanche, le Maroc est loin de figurer dans le haut du tableau en termes de rendement en croissance de l'investissement. L'explication se trouve en partie dans la faiblesse de l'investissement productif.

«L'investissement privé reste faible malgré les incitations accordées et l'effort de la dépense publique censée lui servir de levier. Par manque de visibilité, les opérateurs économiques sont attentistes, réduisant les chances d'une reprise rapide de la croissance», avertit la banque centrale dans son rapport annuel.

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En moyenne, 34% du PIB sont consacrés à l'investissement depuis dix ans. Peu de pays peuvent justifier d'un tel effort sur une période longue. Cependant, le Maroc est loin de figurer dans le haut du tableau en termes de rendement en croissance de l'investissement. Cela s'explique en partie par la faiblesse de l'investissement productif

L'aménagement de la grille de l'impôt sur les sociétés censé redonner un peu de marge de manœuvre aux entreprises et d'autres incitations fiscales ces dernières années n'ont pas fait évoluer la position des opérateurs.

L'affaiblissement du poids de l'investissement privé s'est accompagné d'un ralentissement de l'activité économique. La croissance non agricole est passée de 4,7% en moyenne annuelle sur la période 2000-2008 à 3% entre 2009 et 2017.

La comparaison entre les deux périodes doit être tout de même atténuée par les effets de la crise financière de 2008 et du ralentissement des économies européennes et ses incidences sur le Maroc notamment. La baisse de la demande en provenance de cette zone a pesé sur les carnets de commandes des entreprises.

Au-delà du ralentissement de l'activité chez les partenaires, plusieurs sujets parmi lesquels les délais de paiement minent l'environnement des affaires et empêchent les chefs d'entreprise de se projeter sur un horizon long. Les grandes entreprises paient en moyenne à 113 jours et les PME à 96 jours.

Ces moyennes masquent des niveaux très critiques dans certains secteurs comme le BTP ou encore les services aux entreprises. Le crédit interentreprises culmine à 387 milliards de DH et rivalise avec les prêts bancaires aux entreprises non financières. Sa réduction devrait offrir un peu plus de flexibilité à plusieurs entreprises.

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L'affaiblissement du poids de l'investissement privé s'est accompagné d'un ralentissement de l'activité économique. La croissance non agricole est passée de 4,7% en moyenne annuelle sur la période 2000-2008 à 3% entre 2009 et 2017. La comparaison entre les deux périodes doit être atténuée par les effets de la crise financière de 2008 et du ralentissement dans la zone euro sur l'économie marocaine

A l'évidence, il faudra trouver des solutions plus intelligentes pour mieux protéger les petites et moyennes entreprises et pour décourager les mauvaises pratiques. Par ailleurs, l'amélioration de l'efficacité des procédures administratives, entre autres, devrait réduire les obstacles pour les entreprises.

La panne de l'investissement privé n'est pas seulement liée à la conjoncture, mais elle a également des sources plus profondes. La lenteur des réformes de structures complique le passage à un nouveau palier de développement.  La capacité des entreprises à s'adapter aux changements économiques est  limitée. En outre, nombre de sociétés n'ont pas suffisamment anticipé les conséquences liées à l'ouverture de leur secteur ou ont du mal à s'y adapter et se retrouvent en difficulté face à la concurrence étrangère. Ce sont aussi des sujets qui voilent l'horizon pour certains opérateurs et brident leur investissement.

L'accès au financement, lui, est un problème récurrent. Après la réunion tripartite BAM-CGEM-GPBM en 2016, les entreprises ont obtenu la possibilité d'accéder à leur notation et les motifs de refus du crédit pour améliorer leur dossier. Ni ces évolutions, ni la baisse des taux d'intérêt n'ont eu un réel effet sur la demande des entreprises. Comme le dit le proverbe: «On ne saurait faire boire un âne s'il n'a pas soif».

L'enjeu aujourd'hui est de susciter la soif. Une nouvelle rencontre entre la banque centrale, le patronat et le GPBM est prévue à la rentrée. «Nous allons voir ce que nous pouvons encore faire pour encourager la demande», avait indiqué le wali de Bank Al-Maghrib à l'issue de la réunion du conseil de politique monétaire de juin dernier.

 

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