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Fête du Trône/Paris, Abidjan, Al Qods, Abuja, Abu Dhabi… Une année diplomatique bien remplie

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5324 Le 27/07/2018 | Partager
Poursuite et consolidation de la dynamique africaine
Fermeté face aux provocations du Polisario
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Sa Majesté le  Roi au Sommet Union Européenne/Union Africaine tenu en novembre 2017 à Abidjan. C’est à cette occasion que le Maroc et l’Afrique du Sud avaient initié le réchauffement de leurs relations diplomatiques. Rabat avait nommé un ambassadeur à Pretoria. (Ph. MAP)

La vision stratégique du Roi en Afrique a été construite pierre par pierre, et concrétisée tout au long de ses nombreuses visites. C’est dans la galaxie des pays hostiles au Maroc, particulièrement dans l’axe Afrique du Sud-Nigéria-Algérie, que la mayonnaise a pris. L’idée centrale du Souverain est d’accorder la priorité au développement humain et économique, avec la mise en place d’un partenariat win-win pour une Afrique indépendante et qui compte sur elle-même. Les partenaires du Royaume ont constaté le sérieux de l’approche de Rabat, avec la mobilisation des secteurs public et privé pour la réalisation de projets dans différents domaines. Des usines de production d’engrais, des projets de construction de logements sociaux, le partage de l’expérience et du savoir-faire,… les exemples abondent.

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La première visite du président du Nigeria, Muhammadu Buhari au Maroc. Outre le grand projet de gazoduc reliant les deux pays, de nombreux accords ont été signés en présence des deux chefs d’Etat (Ph. MAP)

Même lors du Sommet Union européenne-Union africaine, les responsables ont réalisé que dans la diplomatie royale, l’Afrique était une priorité stratégique. 
SM le Roi a conquis de nouvelles contrées sans aborder ce sujet clivant pour les autres qu’est le Sahara. Cette logique a été expérimentée avec le Nigeria dont le président Muhammadu Buhari était en visite officielle au Maroc en juin dernier. Outre le grand projet de gazoduc reliant les deux pays, de nombreux accords ont été signés en présence des deux chefs d’Etat. De multiples partenariats ont été conclus avec plusieurs pays au point que le Maroc est devenu le premier investisseur en Afrique en 2016.
Le positionnement du Maroc dans le continent ne se limite pas au volet économique. Il s’étend à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Dans ce domaine, le Maroc jouit d’une aura internationale. En tout cas, le champ religieux est également au menu. En plus de la distribution de Corans lors des visites royales, des pays africains bénéficient de la formation des imams à l’Institut Mohammed VI de Rabat.   

  • Maroc-France: Partenariat d’exception
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Le Souverain aux Emirats arabes unis où il a pris part à la cérémonie d’ouverture du «Louvre Abou Dhabi», en présence des dirigeants de la région et d’Emmanuel Macron (accompagné de son épouse Brigitte). Pour le président français, ce « Louvre du désert et de lumière est un pont entre les générations, les cultures de l’Orient et l’Occident» (Ph. MAP)

L’excellence des relations bilatérales est constamment illustrée. Pendant son séjour privé en France, le président Emmanuel Macron a reçu SM le Roi à l’Elysée (10 avril dernier). Les deux chefs d’Etat ont abordé la situation au Moyen-Orient et des questions d’ordre régional et international, avec le constat d’une large convergence de vues. Ils se sont également réjouis de l’excellence des relations bilatérales, avec une volonté commune de les développer dans les domaines politique, économique, sécuritaire et culturel.  La richesse et la densité de ce partenariat d’exception reflètent la dimension stratégique de la relation, basée sur la confiance et le respect mutuel, notait un communiqué publié alors. A cette occasion, le Souverain a réitéré l’invitation faite au président français d’effectuer une visite d’Etat au Maroc. Auparavant, les deux chefs d’Etat ont eu des entretiens lors de la visite d’amitié et de travail du nouveau président français Emmanuel Macron au Maroc en juin 2017. Signalons que SM le Roi avait subi une opération, suivie d’une période de convalescence et d’un séjour privé. 
Par ailleurs, à la mi-décembre 2017, le Roi avait pris part à Paris aux travaux du Sommet international sur le climat, aux cotés d’Emmanuel Macron, Antonio Guterres, SG de l’ONU, du président de la Banque mondiale et de la Première ministre britannique Theresa May.  Pour ce «One planet summet», il était accompagné du prince héritier Moulay Hassan, «un symbole fort de l’implication de la jeunesse pour la cause climatique», avaient noté les médias internationaux.

  • Les manœuvres des séparatistes contrées 

La diplomatie, un domaine réservé du Roi, obéit à des principes fondateurs, comme notamment la coexistence pacifique. Sauf qu’au cours du printemps 2018, cette marque de fabrique du Maroc a été provisoirement suspendue pour passer à autre chose. En effet, après les incursions du Polisario dans la zone tampon du Sahara marocain, la diplomatie s’est montrée intransigeante. Les manœuvres des séparatistes, particulièrement à Bir Lahlou, Tifariti,… ou encore Guergarates, ont été démasquées pour montrer à la communauté internationale qu’elles mettaient en danger le cessez-le feu, laborieusement conclu en 1991. Devant cette fermeté, les puissances mondiales ont pris conscience de l’impact réel de ces agissements et de la détermination du Maroc à recourir à toutes les options pour les stopper. 

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 François Hollande, alors président de la République française, avait reçu SM le Roi pour un déjeuner, quelques semaines avant de céder son fauteuil à Emmanuel Macron. Autour de la table, les anciennes ministres Elisabeth Guigou, Ségolène Royal, Najat Vallaux-Belkacem, Audrey Azoulay, alors ministre de la Culture et actuelle DG de l’Unesco, Jamal Debbouze, Jacques Lang,… Coté marocain, on compte la romancière Leila Slimani (prix Goncourt), Mehdi Qotbi, Tahar Benjelloun,… (Ph. MAP)

  • Neutralité face aux guéguerres arabes

A chaque fois, le Maroc a fait preuve de neutralité dans les conflits qui ne l’engagent pas. Dans la crise du Golfe qui a opposé l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Bahreïn, l’Egypte et d’autres pays arabes à l’Etat du Qatar en juin 2017, le Souverain avait pris de court tout le monde. Fidèle à son indépendance d’esprit, il n’a pas opté pour la solution de facilité qui consistait à s’aligner sur la doctrine politique d’une partie ou d’une autre. Il s’est abstenu de verser dans des déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences. Le Roi a fait preuve de prudence et de vigilance dans une région minée par les conflits et les particularités. Cette attitude diplomatique, applaudie par les chancelleries étrangères, européennes notamment, a confirmé la force tranquille d’un Souverain, jaloux de sa liberté d’analyse pour ne pas tomber dans les pièges de la facilité du jugement. Au summum de la crise et de l’embargo imposé au Qatar en plein Ramadan, le Maroc a décidé d’envoyer, sur instructions de SM le Roi, des avions chargés de produits alimentaires et de médicaments à Doha. Cette initiative, qui avait frappé les esprits, n’a aucun lien avec les aspects politiques de la crise entre l’Etat du Qatar et les autres pays. En fait, une autre lecture est permise. En effet, cette décision intervient en conformité avec les préceptes de l’Islam qui incitent à la solidarité et à l’entraide entre les peuples musulmans au cours du mois sacré de Ramadan. Le Roi Mohammed VI n’est-il pas le commandeur des croyants! En tout cas, depuis le déclenchement de la crise, le Roi a maintenu le contact avec les différentes parties. Cette position, amplifiée par la  «neutralité constructive», pourrait être mise à contribution en vue d’un rôle de médiation pour une réconciliation entre ces pays.
Toujours dans le monde arabe, une sorte de crise silencieuse semble s’installer entre Riyad et Rabat. Ses premiers signaux l’ont été à l’occasion du vote à Moscou pour choisir le pays organisateur de la Coupe du monde de 2026.  Si les autres pays du Golfe et la Jordanie, à l’exception du Qatar, ont décidé de voter en faveur de la candidature américaine, l’Arabie saoudite a fait du zèle, en mobilisant contre le choix du Maroc. Ce «sentiment de crise » est également alimenté par l’annulation du voyage du Roi d’Arabie saoudite à Tanger où il passait souvent ses vacances d’été. 
Le professeur des relations internationales Tajeddine El Hosseini voit les choses autrement. Pour lui, c’est le changement radical dans la prise de décision qui est à l’origine de ce camouflet. La nouvelle génération montante avec Mohammed Ben Salman, -MBS-, est en train de bouleverser la donne. Le changement vis-à-vis du Yémen, l’ouverture silencieuse vers les USA et Israël sont un secret de polichinelle. Driss Lagrini récuse l’idée de crise. Pour ce spécialiste de droit et de relations internationales à l’Université Cadi Ayyad, il n’y a pas de crise entre Rabat et Riyad, vu les positions communes sur plusieurs questions régionales et internationales. Toutefois, il reconnaît que le Maroc n’est plus aussi actif que par le passé dans le monde arabe. Il rappelle que SM le Roi n’a pas participé à plusieurs sommets arabes, «refusant de cautionner des comportements sans effets bénéfiques sur la région».


Aides humanitaires 

L’envoi d’aides humanitaires constitue une doctrine de la diplomatie marocaine. Au cours de cette année, plusieurs opérations ont été organisées à l’initiative de SM le Roi. Le Souverain a supervisé personnellement l’envoi de l’aide humanitaire destinée au peuple palestinien. Cette opération a englobé le déploiement d’un hôpital de campagne des FAR, les couvertures et un lot de médicaments et de produits de première nécessité consommés pendant le Ramadan. L’hôpital de campagne médico-chirurgical comprenait plusieurs modules et des spécialités et comptait un staff de 97 personnes dont 13 médecins et 21 infirmiers. Cette initiative était destinée à la population de Gaza mais aussi celle de Ramallah et El Qods. 
Le 13 juin 2018, le Maroc a fourni une aide spéciale à la Guinée-Bissau. Composée d’un important lot de produits alimentaires de première nécessité, cette aide a été remise au président José Mario Vaz. Cette action de solidarité pour les populations pendant le mois de Ramadan vise à renforcer les relations entre les deux pays, boostées par la visite royale effectuée en mai 2015.
Quelques mois plus tôt, le Roi avait ordonné l’envoi d’aides à Madagascar, frappé par un cyclone. Une trentaine de tonnes de tentes, de couvertures et de produits alimentaires ont été acheminés par deux avions des FAR. 

 


Tension latente avec Washington 

LES relations avec Washington ne sont pas au beau fixe. Plus d’un an et demi après son installation à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a toujours pas nommé son ambassadeur au Maroc. Il faut dire que Rabat entretenait des relations privilégiées avec son ex-concurrente Hilary Clinton. Les choix diplomatiques incompris par le monde arabe, ni par plusieurs alliés des Etats-Unis ont également refroidi cette relation. SM le Roi, en sa qualité de président du Comité Al-Qods, a adressé début décembre 2017 une lettre au président des Etats-Unis, suite à l’annonce du transfert (aujourd’hui effectif) de l’ambassade américaine à Jérusalem. Il s’agissait d’une mise en garde contre les conséquences négatives sur les perspectives de paix, après le transfert de l’ambassade américaine dans la ville sainte. Le président Donald Trump a fini par sortir de son silence, à travers une lettre où il reconnaît au Souverain  son leadership  au sein de la Ligue des Etats arabes et de l’Organisation de la coopération islamique.o

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