Analyse

Industrie du papier: Les producteurs pénalisés par le dumping tunisien

Par Nadia DREF | Edition N°:5321 Le 24/07/2018 | Partager
Ils appellent à la préservation de l’impartialité de la procédure face aux pressions politiques
L’import du cahier tunisien représente près de 90% des échanges
La tutelle devra statuer sur ce différend en octobre prochain
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Selon les producteurs, les prix des cahiers sur le marché tunisien sont fixés par le gouvernement et ne peuvent donc servir de référence pour le calcul de la valeur normale. «Toute position contraire serait jugée illégale au regard des règles antidumping OMC et marocaines», souligne l’association professionnelle (Ph. L’Economiste)

«Les Tunisiens sont en train de politiser une mesure commerciale». C’est en ces termes forts que s’est exprimé récemment le président de l’Association des fabricants de cahier au Maroc, Jalil Benddane. Une réaction suite à la plainte déposée auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par les exportateurs tunisiens. Le ministère de l’Industrie se dit favorable à la demande. La tutelle s’est donnée jusqu’à octobre prochain pour trancher sur l’enquête antidumping relative aux cahiers originaires de la Tunisie. Les producteurs restent confiants et accusent les concurrents de vouloir entraver le bon déroulement de l’enquête. 
«Les producteurs de cahiers scolaires réitèrent leur appel à ce que les débats relatifs à cette procédure administrative soient circonscrits aux seuls aspects techniques du dossier et que l’impartialité de la procédure soit préservée face aux pressions politiques que tente d’exercer la Tunisie», précise l’association. Les professionnels avancent leurs arguments: «les importations tunisiennes de cahiers s’accaparent près de 90% des importations totales. Ce qui entrave tout développement des autres importations, même de proximité géographique». Et d’ajouter: «Il est également consternant de réaliser que le marché représente plus de 80% du volume global des exportations tunisiennes de cahiers dans le monde. Le Maroc doit-il contribuer à l’économie tunisienne en permettant que des comportements déloyaux continuent de s’exercer sur son territoire ou au contraire adopter une position ferme contre tout exportateur qui fera de sorte à causer préjudice au tissu industriel marocain». En attendant, la position marocaine est claire. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a décidé d’imposer un droit de douane provisoire à l’encontre des importations de cahiers tunisiens en attendant la clôture de l’enquête anti-dumping. Trois importateurs sont taxés, à savoir Sotefi (51,06%), Sitpec (33,77%) ainsi que tout autre exportateur (51,06%). 
La tutelle a pris cette décision après avoir constaté un accroissement des importations en dumping de cahiers originaires de Tunisie, en termes de volume et de part de marché. D’autant plus que cela coïncide avec la détérioration de la situation de l’industrie locale de papier. Notons que les exportateurs tunisiens ne souffriront pas trop de cette mesure cette année. Ils ont déjà exporté vers le Maroc 5.000 tonnes sur un volume annuel de 7.500 tonnes. «Ce sont surtout les producteurs locaux qui pâtiront de cette concurrence déloyale», commente Jalil Benddane.

Ce que reproche la Tunisie au Maroc!

Dans sa plaidoirie auprès de l’OMC, la Tunisie remet en cause la procédure adoptée par le Maroc. «La demande ne contient pas d’éléments de preuve suffisants de l’existence d’un dumping, d’un dommage et d’un lien de causalité car l’autorité d’enquête n’a pas procédé à un examen satisfaisant de l’exactitude et de l’adéquation des éléments contenus dans la demande», affirme la partie tunisienne. Et d’ajouter : «la détermination de l’existence d’un dumping et d’un dommage en résultant n’était pas fondée sur des éléments de preuve pertinents et positifs justifiant l’imposition de la mesure provisoire au moment de son adoption». 
Les exportateurs tunisiens reprochent à l’autorité chargée de l’enquête de n’avoir pas tenu compte, en particulier, de toutes les caractéristiques physiques affectant la comparabilité des prix. Selon eux, la tutelle a comparé la valeur normale et le prix à l’exportation établis pour des périodes différentes. 
«La Tunisie espère que le Maroc répondra en temps opportun à la présente demande. Elle est prête à examiner avec le Royaume des dates mutuellement acceptables pour engager les consultations», précise le rapport déposé auprès de l’OMC. 

 

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