Enquête

Affaire des événements d’Al Hoceïma: Dans la peau d’un chroniqueur judiciaire

Par L'Economiste | Edition N°:5285 Le 01/06/2018 | Partager
Une architecture judiciaire aux allures soviétiques
Une quinzaine d’accusés en grève de la faim
Des figures de la gauche au procès

Dès l’entrée des bâtiments, les a priori d’un visiteur novice sont mis à mal. L’on pouvait s’attendre à une Cour d’appel, celle de Casablanca, noire de monde. Avec aussi un contrôle de sécurité beaucoup plus strict. Or l’ambiance était tout autre: le tribunal semblait plutôt vide en ce mardi 29 mai après-midi. Faiçal Faquihi, chroniqueur judiciaire, nous accompagne.

Le reporter de L’Economiste est là pour couvrir le procès des événements d’Al Hoceïma où 54 personnes sont notamment accusées d’atteinte à la sécurité intérieure.

Nous entrons vers midi dans la salle n°7. C’était l’heure prévue pour le démarrage de l’audience. Il va falloir encore attendre: un chroniqueur judiciaire doit à la fois avoir le sens de l’observation et une patience à toute épreuve. 

L’enceinte compte quelques policiers et des assistants qui testaient les différents micros, déposaient les dossiers... Une jeune sympathisante du Hirak discute avec une représentante du Conseil national des droits de l’homme, observateur de ce procès. 

Cela vous marque de mettre ses pieds, à 20 ans, pour la première fois dans une salle d’audience. L’occasion rêvée de contempler l’architecture. Une salle au format cubique avec des murs aux hauteurs imposantes. Le gris du béton armé occupe une place centrale dans cet espace. Malgré le soleil printanier, les volets sont fermés et les ampoules néon allumées.

Le reporter de L’Economiste attire notre attention sur un autre détail. «Il n’y a pas de réseau télécom dans la salle par mesure de sécurité», nous murmure-t-il. Le tout vous donne un sentiment d’étouffement comme confiné dans une grande cellule.

Faiçal Faquihi partage une réflexion sur «la portée symbolique» d’un édifice et dont l’architecture n’est jamais anodine: «Le bâtiment reflète la conception de la justice dans les années 1980. Il a été ainsi construit durant les Années de plomb».

Les fenêtres de la salle d’audience sont exagérément surélevées. Elles donnent le sentiment que ce lieu tourne son dos au monde extérieur. Le visiteur doit aussi composer avec des bancs en bois. Un grand compartiment blanc et opaque sort du lot. C’est le box des accusés qui a d’ailleurs suscité de nombreuses critiques par la défense (cf. L’Economiste n°5215 du 22 février 2018).

La salle d’audience se remplit progressivement. De nombreux sympathisants sont venus apporter leur soutien aux accusés. Ils lèvent leurs doigts en forme de «V» comme signe de victoire. Sont présents aussi quelques journalistes et surtout, des personnalités politiques.  Nabila Mounib, SG du Parti Socialiste Unifié, entre dans la salle accompagnée du parlementaire de la Fédération gauche démocratique, Omar Balafrej.

Les avocats de la défense et de la partie civile s’installent aux premiers bancs.

A 13h, le président, Lahcen Torchi, et ses deux assesseurs entrent au prétoire. L’assistance se lève par égard à l’institution judiciaire. «Au nom de Sa Majesté le Roi et conformément à la loi, nous déclarons l’audience ouverte», énonce la présidence.

Le magistrat s’excuse de son retard et appelle ensuite les 54 accusés pour s’assurer de leur présence. La défense réclame la parole pour attirer l’attention de la cour sur «une situation très grave». Une quinzaine d’accusés sont en grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention, notamment Nasser Zefzafi.

«Leur grève qui risque de compromettre leur état de santé, leur droit à la défense et par ricochet le bon déroulement du procès», déclare le bâtonnier Abderrahim Jamai. Le procureur du Roi, Hakim El Ouardie, se montre compatissant en assurant «avoir tenté une médiation entre les détenus et le directeur de la prison de Oukacha à Casablanca». Jusque-là très codifiée et solennelle, la séance laisse brusquement place à une montée de ton générale.

Réda GHAFFOULI

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