Economie

Chaînes de valeur régionales africaines: Quel rôle pour la R&D et l’enseignement supérieur marocain?

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5271 Le 14/05/2018 | Partager
L’urgence de développer les synergies
Briser les barrières culturelles et les frontières via le digital
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Réunis dans le cadre d’une journée d’étude à l’ISCAE, plusieurs intervenants ont planché sur la contribution de l’enseignement supérieur Marocain au développement des chaînes de valeur régionales africaines (Ph. ISCAE)

L’enseignement supérieur et la recherche sont des chaînes de valeur sur lesquelles il faudrait capitaliser pour former les talents, les managers et ainsi valoriser le capital humain sur le continent.

La contribution de l’enseignement supérieur marocain dans le développement des chaînes de valeur régionales africaines se traduit par la volonté affichée des autorités marocaines de faire du Royaume un hub de formation pour l’Afrique francophone. Le Maroc attire un nombre important d’étudiants subsahariens.

Le ministère de l’enseignement supérieur estime entre 18.000 et 20.000 le nombre d’inscriptions dans les établissements publics et privés. La destination arrive en deuxième position chez les étudiants nigériens, guinéens ou congolais et en troisième pour les Ivoiriens ou Sénégalais.

Le continent africain est le premier pourvoyeur d’étudiants internationaux par habitant, avec plus de 420.000 inscriptions à l’international. Soit environ trois fois plus que la moyenne mondiale. Ces chiffres démontrent que la jeunesse africaine est demandeuse de formation. Selon les statistiques de l’Unesco, 1 jeune Sénégalais sur 7 ou encore 1 Mauritanien sur 4 s’inscrit dans le supérieur à l’étranger.

Dans ce sens, les partenariats de recherche entreprise/université ou établissements d’enseignement supérieur sont des schémas de collaboration à développer. Parmi les retombées de ce type de partenariats, on peut noter la réduction potentielle des coûts de projets d’innovation, l’accès pour les grandes entreprises à un gisement important de nouvelles idées et projets innovants, ou encore l’accès à des technologies co-développées par les universités. Ce modèle collaboratif favorise le partage de savoir-faire.

Une fois formé, il faudrait aussi pouvoir retenir le capital humain sur le continent. Le secteur IT au Maroc perd 50 ingénieurs par mois, selon la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI). Par an, ce ne sont pas moins de 600 ingénieurs informaticiens qui partent tenter une carrière en Europe ou aux Etats-Unis.

Cette saignée est symptomatique d’un malaise sur le marché du travail. Bon nombre d’employés ne sont pas satisfaits de leur rémunération. Sortir de leur zone de confort et aller travailler sur le continent aideraient les jeunes diplômés marocains à mieux connaître le continent, ne pas en avoir peur et élargir leur éventail de perceptions.

Le faible niveau d’industrialisation des économies africaines et le manque de complémentarité des industries locales expliquent en partie la faiblesse des échanges inter-industries et interrégionaux sur le continent. Le niveau des échanges entre pays africains ne dépasse pas les 12%. Plusieurs pays se livrent une concurrence sur les mêmes produits d’exportation, ainsi que sur l’attraction des IDE.

Plusieurs pistes de solution ont été présentées pour changer la donne, lors de la journée d’étude. A commencer par le digital, qui permettra de briser les barrières culturelles, les frontières et faciliter l’émergence d’une culture transverse. Les pays africains devraient capitaliser sur la forte pénétration du mobile pour intégrer davantage leurs économies et renforcer la connectivité des entreprises, PME et entrepreneurs. La construction d’une supplychain continentale est urgente, pour développer les synergies.

Du côté marocain, l’engouement pour les marchés d’Afrique subsaharienne ne faiblit pas. Les entreprises marocaines gagneraient à s’y positionner par le moyen de l’export. «On a encore mal compris que s’exporter, c’est d’abord respecter l’autre.

Il ne faut donc pas entreprendre une telle démarche tout seul. Il y a des professionnels sur place, avec lesquels des synergies peuvent être développées pour réussir un tel projet», soutient Lofti Belmahi, DGA responsable de la stratégie et développement Afrique chez Lesieur-Cristal.

La prise en compte de la géopolitique et la culture d’entreprise orientée client sont des éléments clés à intégrer pour pénétrer les marchés subsahariens. La présence de la Chine sur ces marchés est à intégrer. L’Etat chinois propose des solutions innovantes, pratiquement clés en main (du financement de projet à la commercialisation).

L’expérience Dolidol à l’export

Pour le groupe Palm Industries, l’exportation vers les pays subsahariens a été un relais de croissance énorme, dans la mesure où la démarche a permis d’atténuer les risques auxquels s’exposait le groupe avec la perte de leadership sur le marché marocain de la literie.
En effet, la concurrence sur le marché marocain l’a amené à réduire ses marges. Ses marchés à l’export lui ont permis de renforcer sa place de leader de son secteur d’activité. La décision d’ouvrir une usine en Côte d’Ivoire s’est imposée vu les contraintes logistiques inhérentes à ses produits (matelas). «Après deux années d’activité, nous sommes numéro 1 sur le marché ivoirien», revendique Jalil Skali, DG pôle industriel du groupe Palm Industries. Le groupe, à travers sa filiale Dolidol, a dû adapter son système de production sur le marché ivoirien.

 

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