Analyse

La Berd appelle à une accélération des réformes

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5271 Le 14/05/2018 | Partager
Décentralisation fiscale, régionalisation… parmi les plus prioritaires pour la banque
L’institution recommande d’avancer sur l’amélioration de l’environnement des entreprises
Pas de grandes fluctuations attendues sur le dirham en cas de flexibilité totale
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Rafik Selim, économiste pour la région sud et est de la Méditerranée de la Berd: «Les réformes de l’environnement des entreprises devraient continuer à améliorer l’accès au financement pour les PME, améliorer les procédures de faillite, mettre en œuvre la stratégie nationale de lutte contre la corruption et nommer les membres du Conseil de la concurrence» (Ph. R.S.)

- L’Economiste: Vous aviez prévu, il n’y a pas si longtemps, une croissance de 3,5% pour le Maroc en 2018. Pourquoi aujourd’hui, la Berd revoit à la baisse ce taux?

- Rafik Selim: En 2017, nous avons révisé la croissance à la baisse car l’économie restait largement dépendante de l’agriculture, tandis que l’activité non agricole restait faible et ne progressait que de 2,7%, avec une croissance modeste dans les secteurs traditionnels tels que les mines et les carrières. En 2018 et 2019, nous avons également révisé la croissance à 3% en raison de l’effet de base négatif découlant des conditions météorologiques favorables de l’agriculture en 2017.

- Quels sont, selon vous, les facteurs susceptibles d’améliorer la croissance de l’économie marocaine au cours des deux prochaines années?
- Il est important dans un premier temps de poursuivre la mise en œuvre des réformes pour améliorer l’environnement des affaires et stimuler la productivité. Il faudra ensuite diversifier l’économie loin de l’agriculture.
La poursuite de la reprise des arrivées de touristes et l’augmentation de l’investissement direct étranger sont aussi susceptibles d’améliorer la croissance. La reprise attendue de la zone euro, le rebond dans les services et la production et la croissance plus forte des exportations, notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique, également.

- Vous parlez de mise en œuvre des réformes. Quelles sont pour vous les plus prioritaires?
- Le Maroc doit poursuivre ses réformes en faveur d’un taux de change plus flexible et d’un ciblage de l’inflation. En outre, il est important de faire progresser la décentralisation fiscale et la régionalisation, ainsi que la réforme de la fonction publique. Pour les entreprises publiques, la loi visant à renforcer le contrôle et la gouvernance doit être adoptée et mise en œuvre. Enfin, les réformes de l’environnement des entreprises devraient continuer à améliorer l’accès au financement pour les PME, améliorer les procédures de faillite, mettre en œuvre la stratégie nationale de lutte contre la corruption et nommer les membres du Conseil de la concurrence.

- L’ouverture de la monnaie marocaine à un régime plus flexible est donc une bonne chose. Peut-elle être un booster pour la compétitivité des entreprises marocaines?
- Nous nous félicitons de cette étape tant attendue que nécessaire et nous encourageons à continuer de progresser vers un régime plus flexible. Nous estimons que la devise marocaine est globalement conforme aux fondamentaux et n’attendons pas de grandes fluctuations. Nous pensons que plus de flexibilité conduira à une plus grande compétitivité et soutiendra l’économie marocaine. Le Maroc est bien placé pour bénéficier de la dynamique de compétitivité grâce à sa stratégie industrielle de développement de secteurs à forte valeur ajoutée, tels que l’automobile et l’aéronautique, et l’attraction de nouveaux touristes.

- Pourrait-on craindre une forte dépréciation de la monnaie en cas de flottement total?
- Nous ne pensons pas qu’une plus grande flexibilité entraînera des fluctuations importantes, mais améliorera en même temps la compétitivité, augmentera la confiance et la certitude et soutiendra l’équilibre extérieur.

- Qu’est-ce qui conduirait à une nouvelle révision à la baisse de la croissance du Maroc?
- Tout retard dans la mise en œuvre des réformes, une baisse possible des prix des phosphates, du blé et des légumes ou encore si la croissance faiblit chez les partenaires commerciaux. La dépendance continue vis-à-vis de l’agriculture et la vulnérabilité de l’activité agricole aux conditions météorologiques et à l’évolution des prix sont autant de facteurs qui pourraient dégrader la prévision.

Réduire la dépendance aux importations énergétiques

La hausse du prix du baril constitue une menace pour l’économie. Elle engendrerait, selon Rafik Selim, économiste pour la région sud et est de la Méditerranée pour la Berd, pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc, des pressions inflationnistes. «En tant que tel, le Maroc doit réduire sa dépendance vis-à-vis des importations d’énergie et préserver tout gain de la baisse des prix du pétrole».

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

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